14 Feb

10 manières de nous représenter nous-mêmes

Changeons ce qu’être arabe aujourd’hui veut dire

Written By Maàn Jalal

Au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, les arabes n’ont pas bonne réputaion en ce moment, surtout si l’on en croit les médias. Quelle que soit la perspective selon laquelle on nous observe, chacun des espaces dans lesquels nous vivons, la vue est toujours biaisée, déformée, ignorante ou complètement fausse. Terroristes, victimes, hypocrites, réfugiés, sexistes, violents, incultes, extrémistes, la liste est longue et impressionnante.

 

Si vous pensez que ces représentations et hypothèses ne vous concernent pas, vous devez alors sortir de la ‘matrice’. Faites face à la réalité, avalez la pilule rouge les amis !

 

C’est facile de blâmer les médias traditionnels. C’est facile parce que c’est vrai. C’est aussi facile de blâmer les gens qui reproduisent à l’infini ces stéréotypes, facile parce que logique. Ce qui n’est pas facile en revanche, et que pourtant nous devrions faire, c’est de commencer à nous examiner de manière critique, à la fois individuellement et collectivement.

 

Un portrait différent, positif, diversifié et plus conforme à ce que nous sommes ne va pas surgir comme par magie. Nous devons nous emparer de ce qu’on dit de nous et changer la manière dont on nous représente, ce qui nous aiderait beaucoup. Comment y parvenir ?

 

Voici 10 façons de faire ou d’être qui vous aideront à vous affirmer de manière positive.

 

Informons-nous

 

C’est important d’être à jour sur l’actualité du Moyen-Orient. Mais ça l’est tout autant de connaître notre histoire. Regardez des documentaires, lisez des articles et des romans, interrogez vos grands-parents sur notre histoire. Comment et pourquoi le Moyen-Orient a-t-il été divisé après la Première Guerre mondiale ? Qui était Gertrude Bell ? Pourquoi Gamal Abdel Nasser a-t-il joué un rôle déterminant dans l’histoire arabe ? Pourquoi devrions-nous connaître les travaux d’Edward Said et de Jack Shaheen ? Être informé à propos de votre pays et de toute la région vous donne une base pour comprendre ce qui se passe maintenant et vous aide à informer les autres quand ils tentent d’analyser ce que sont les arabes et le Moyen-Orient.

 

Exprimons-nous

 

Parlez. Dites quelque chose. Faites entendre votre voix de la manière et sur la plate-forme qui vous conviennent le mieux. Quand vous lisez, que vous entendez ou assistez à une injustice qui propage des stéréotypes arabes négatifs, vous n’avez pas à vous taire. Que la personne qui médit de nous soit malveillante ou ignorante, nous devons nous adresser à elle, nous devons écrire, tweeter, demander, en parler aux autres. Il ne s’agit pas d’essayer de changer ce que pense une personne au travers d’une simple conversation, non. Il s’agit de tenter de changer le contexte dans lequel on a enfermé le problème et de réorienter la conversation, en combattant l’ignorance et en favorisant la compréhension.

 

Soyons intelligents

 

S’exprimer sur les questions qui concernent les arabes est certes impératif, mais ça l’est tout autant de bien choisir vos batailles. En général, les gens intelligents ne discutent pas avec les gens plus naïfs parce qu’ils savent que c’est une perte de temps. Convaincre une personne plutôt intelligente que ce qu’elle pense est erroné ou offensant est certes difficile, mais l’emporter sur une personne niaise dans une discussion, c’est impossible. Quand vous êtes à une soirée et que quelqu’un qui a trop bu se rend ridicule, vous restez à l’écart… Mais quand vous vous faites aspirer dans le trou noir, c’est-à-dire la section des commentaires, où nous nous sommes tous fait avoir, et que vous êtes atterrés par l’ignorance et le racisme ambiants, ne vous engagez pas. Ça ne sert à rien de se battre avec des étrangers en ligne. C’est George Bernard Shaw, le grand écrivain irlandais, qui a dit : “J’ai appris il y a longtemps, jamais se battre avec un cochon. Tu te salis, et de plus, le cochon lui aime ça”.

 

Soyons tolérants

 

Ça, c’est difficile ! La meilleure façon d’entamer des discussions constructives qui nous poussent à avancer, c’est d’être tolérant face à l’ignorance constante que nous découvrons sur le web ou que nous entendons autour de nous. Est-ce que ton père t’a forcé à porter le hijab ? Que penses-tu de Daech ? Ha, vous possédez des puits de pétrole ! On perd facilement son sang-froid quand on entend de telles idioties. Hurler de rage peut être tentant, voire même satisfaisant, surtout quand on vous pose les mêmes questions encore et encore, mais cela n’aidera pas à résoudre les grands problèmes. Et donc, on reste calme.

 

Soyons unis

 

La pire chose que nous puissions faire en tant qu’arabes est de nous dénigrer les uns les autres. Nos pays, nos croyances, notre religion, nos sectes… Nous discréditer les uns les autres et répandre des préjugés sur les autres arabes ne nous viendra jamais en aide. Il nous appartient, sur ce point, de nous comprendre autant que possible les uns les autres et d’admettre que, pour le reste du monde, nous sommes tous des arabes, en bloc. Si nous essayons constamment de prouver que certains de nous, arabes, sont meilleurs que les autres, ou que notre pratique religieuse est plus conforme, nous ne faisons que nous nuire gravement, et les autres, les non-arabes, croiront encore plus que nous sommes stupides.

 

Soyons fiers

 

Il y a tellement de raisons d’avoir honte d’être arabe ces jours-ci. Certaines de ces raisons sont justifiées, alors que d’autres ne sont que le résultat d’un battage médiatique. Surtout, n’y croyez pas. Il y a, en ce moment même, des arabes extraordinaires, qui font des choses exceptionnelles pour aider à changer le monde. Plus encore, malgré tout le mal qu’on peut dire de nous, notre histoire est pleine de réalisations plutôt sympa : des innovations en médecine, en mathématiques et sur le plan linguistique, la brosse à dents, la guitare, les lunettes, le café, les hôpitaux… Les arabes ont inventé beaucoup de choses dont le monde moderne ne peut se passer. Et puis… c’est nous qui avons révélé au monde le houmous, et ça…

 

Soyons humbles

 

Être fier, c’est bien. Mais l’être trop, ça rend aveugle. Je suis sûr que, tout comme moi, vous en avez des témoignages de première main. La plupart d’entre nous ont été nourris d’histoires à propos des choses incroyables que nos parents, nos grands-parents, nos tribus, nos villes, notre pays, nos ancêtres ont réalisées. Parfois, nous sommes tellement dans le patriotismes que cela vaudrait le coup de prendre une minute pour y réfléchir : au fait, pourquoi suis-je si fier d’être né ici ? Être humble, c’est acquérir une sorte de super-pouvoir qui nous confère le don de la maîtrise de soi et nous permet de nous regarder, nous et notre culture, tels qu’en nous-mêmes. Ainsi il nous sera possible de voir quels sont les vrais problèmes et de trouver éventuellement une façon de les résoudre.

 

Soyons curieux

 

Voilà ce dont, à mon avis, nous avons le plus besoin pour évoluer : se poser des questions, encore et toujours. Lorsque nous sommes confrontés à des déclarations intempestives présentées comme des faits sur notre ethnie, notre histoire et notre culture, posons autant de questions que nous le pouvons. Et puis trouvons-en d’autres. Renseignons-nous sur les raisons pour lesquelles telle personne penserait et formulerait de telles hypothèses sur le problème dont il est question. Mais nous avons aussi besoin de nous poser des questions, de nous interroger sur la façon dont nous, arabes, faisons les choses. Le respect est ancré dans notre culture et l’un de ses marqueurs, c’est justement de ne pas poser de questions sur la raison pour laquelle nous respectons certaines traditions ou normes sociales. Ne pas interroger notre société et ne pas être capable ensuite de dire à l’Occident que nous agissons tout simplement à notre manière, cela nous freine, à la fois dans le développement de notre culture et dans nos évolutions individuelles.

 

Soyons ouverts

 

Inutile de le nier, les arabes, comme beaucoup d’autres peuples, quand ils émigrent dans les pays occidentaux, ou même lorsqu’ils partent en vacances, ont l’habitude de rester ensemble. Cela fait sens à bien des égards. Mais vous devez également vous aventurer hors de votre zone de confort et tenter l’expérience de l’autre. Parfois, en nous frottant à une autre culture, nous réaffirmons la nôtre, tout en étant capables de réfuter les idées préconçues que d’autres cultures pourraient avoir sur nous.

 

Soyons solidaires

 

C’est l’évidence même : nous devons soutenir, promouvoir et célébrer les arabes qui essaient de faire la différence. Des arabes qui écrivent des romans, qui réalisent des films, des arabes qui inventent des choses, des acteurs et des comédiens, des arabes qui lancent des œuvres de charité, qui font de la musique ou écrivent des chansons. Des arabes authentiques et qui vous font comprendre que vous aussi vous pouvez faire ce dont vous avez envie. Ha, et puis aussi, soutenir les arabes qui créent des mèmes, certains sont à se tordre de rire !