13 Mar

L’avènement du “hijab marketing” ?

Une designer suédoise insulte une blogueuse voilée qui participait à son défilé

Written By Amina Kaabi

Dans ce monde de l’après-11 septembre où l’islamophobie est à son apogée, le nombre croissant de modèles musulmans portant le hijab a pu faire croire que le monde de la mode avait atteint un point où les barrières avaient été brisées.

 

Bien qu’il semble que nous soyons sur la voie de l’inclusivité – songez, par exemple, à la brillante carrière de Halima Aden –, ce qui est certain, c’est que nous en sommes encore loin. Pas plus tard qu’hier, la bloggeuse maroco-suédoise Imane Asry a partagé les images des coulisses d’un défilé de mode auquel elle a participé lors de la Journée internationale de la femme, et où la designer reprochait à la bloggeuse de porter un hijab.

 

Le vlog détaille la journée vécue par Imane, depuis son arrivée à l’endroit où devait se dérouler le défilé jusqu’au spectacle et se termine sur une conversation choquante avec la styliste suédoise Gudrun Sjodens qui, en réponse à son “Bonjour”, lui dit d’un air effronté “Oh wow, ils t’ont fait porter un de ces trucs !”, se référant à son hijab.

 

Asry garde son sang-froid, alors que la créatrice enchaîne les commentaires désobligeants à propos des récentes manifestations en Suède contre le droit des femmes de porter le hijab, juste aux côtés de son habilleuse qui non seulement préparait Asry, mais portait elle-même un hijab coloré.

 

Bien que choquants, les propos du designer sont un exemple type de ce qui se déroule généralement à huis clos. Le vlog d’Imane Asry nous amène à nous poser la question de savoir si l’ajout récent de mannequins de couleur ou musulmans constitue de fait une tentative de promouvoir la diversité ou n’est dû qu’à une stratégie commerciale utilisant la vieille méthode de la poudre aux yeux pour paraître tolérant.

 

Il faut dire que, à part les gens de la mode, l’industrie elle-même a affiché à maintes reprises sa désinvolture en utilisant des symboles religieux ou ethniques comme autant d’accessoires. Ce fut encore tout récemment le cas avec les défilés parisiens de Gucci, Versace ou Valentino, et leurs modèles blancs, affublés d’écharpes curieusement portées à la manière de hijabs ou de turbans – ce qui, à juste titre, a suscité des réactions hostiles de la part des musulmans et des sikhs du monde entier.

 

Dans le cas d’Asry, il est clair que l’équipe de Sjordens l’a engagée et habillée de manière à s’attirer la sympathie des minorités ethniques et religieuses locales, en dépit des vues ouvertement discriminantes du designer. Il s’agit clairement une tentative peu convaincante de paraître inclusif, mais qui vaut la peine de se demander combien de stylistes, de plateformes ou de marques en font tout autant…