19 Feb

tRASHY CLOTHING, la marque de sportswear palestinienne en guerre contre le racisme

Défier les stéréotypes au moyen du sportswear

Written By Sarah Ben Romdane

Shukri Lawrence, un Palestinien originaire de Jérusalem-Est, affirme que c’est dans les clips musicaux qu’il a découvert l’art lorsqu’il était enfant. Durant son adolescence, Lawrence passait des heures à télécharger des vidéos musicales sur QuickTime et à les regarder en boucle sur son odinateur.

 

“Je suis influencé par les artistes non conventionnels. J’aime M.I.A., Brooke Candy, Grimes… Il s’agit surtout d’artistes qui ne se vendent pas trop”, explique Lawrence, dont le principal objectif créatif, que ce soit à travers la création de vêtements ou la réalisation de vidéoclips, est de mettre en valeur le “vrai” Moyen-Orient.

 

tRASHY CLOTHING palestinien

 

La marque streetwear de Lawrence, tRASHY CLOTHING n’était au départ qu’un projet artistique en ligne, sans qu’il ait l’intention d’en faire un e-commerce. Mais dès qu’il a commencé à partager des photos de ses créations, les gens ont immédiatement voulu les acheter, ce qui a poussé Lawrence à changer de stratégie et à lancer sa marque en juillet 2017, avec un concept bien défini : “Amener la mode du Tiers-Monde sur Instagram”.

 

Et si vous vous sentez mal à l’aise à propos du terme clivant “mode du Tiers-Monde”, ne vous en faites pas trop, c’est l’effet recherché. L’objectif audacieux de Lawrence est en effet de sensibiliser aux questions humanitaires en utilisant les blogueurs de mode et les influenceurs. “Ma stratégie, reconnaît-il, est un peu sinueuse, car j’utilise l’obsession toute superficielle que les gens entretiennent avec Instagram pour un but qui les dépasse. Je veux que les gens privilégiés considèrent que ce qui est “trash” est en réalité “in”. Mais en fin de compte, l’essentiel, c’est que je donne une partie des bénéfices réalisés sur chaque achat pour des camps de réfugiés syriens et palestiniens en Jordanie.”

 

tRASHY CLOTHING palestinien

 

Sa dernière collection, “Les années 2000”, s’inspire des marchés de la vieille ville de Jérusalem. “J’ai grandi dans les années 2000 et j’ai voulu faire revivre ces influences qui me viennent de mon enfance à travers ce que l’on trouve dans les marchés de la Vieille Ville. Là-bas, on peut dénicher des contrefaçons de marque de cette époque-là et d’autres trucs vraiment incroyables, parmi les plus fous qui aient jamais existé ! Aujourd’hui, petit à petit, les gens se mettent à s’habiller tous de la même façon et je déteste ça. Pour moi, les années 2000 étaient si colorées, tellement spéciales et différentes, et je rêve de les ramener au goût du jour.”

 

Au départ, Lawrence a lancé son label tout seul, mais à partir de cette année, ses meilleurs amis, Reem Kawasmi et Luai Al-Shuabi, ont rejoint l’équipe de tRASHY et l’aident à consolider la marque.

 

Même si ça n’en est encore qu’à l’état embryonnaire, Shukri et ses amis sont les précurseurs d’un mouvement inédit. “Il y a beaucoup d’artistes créatifs et de talents cachés à Jérusalem, mais pas de reconnaissance”, affirme-t-il, avant d’ajouter que la création d’une plateforme pour regrouper les artistes locaux est son plus grand objectif.

 

palestinien tRASHY CLOTHING

 

Lawrence et ses amis ont récemment collaboré avec le magazine i-D au sujet de la Semaine de la paix et ils se sont vus décerner le titre de “zeitgeist (détenteurs de l’esprit du temps) de la semaine” dans la catégorie “culture jeunes”. Ca a marqué pour eux le début d’une nouvelle ère : “Je suis tellement reconnaissant envers @vlowers et @dyevintage, parce qu’ils ont permis de garder en vie @wifirider (le personnage Instagram de Lawrence) en postant des photos de manière très régulière. Nous nous inspirons les uns les autres et je pense que chaque artiste doit appartenir à une communauté comme celle-ci pour survivre”, dit-il.

 

En parlant avec Lawrence, il apparaît clairement que son but n’est pas seulement de publier des photos de lui-même et de collectionner des followers sur Instagram, ou même de gagner en crédibilité sur la scène streetwear. Il est Palestinien, ouvertement gay, il se bat pour des causes humanitaires et utilise son audience sur les réseaux sociaux comme un outil : tout cela constitue en soi un acte militant. La vraie mission qu’il s’est donnée, c’est de lutter contre toute stigmatisation envers ce qui est arabe. Etre Arabe, Palestinien et en être fier, c’est une de ces revendications qui parfois peuvent effrayer les gens. Je veux que le fait d’être arabe soit perçu comme quelque chose de normal, en parlant de nous autant que je peux le faire.”