09 Mar

Marrakech accueille un nouveau musée d’art contemporain

La ville rouge va bien et célèbre son emplacement dans le monde de l'art

Written By Samira Larouci

Le Maroc, et Marrakech en particulier, a longtemps été considéré comme une plaque tournante essentielle pour les artisans et les commerçants du désert, venus de toute l’Afrique pour rencontrer du monde et échanger des marchandises. Mais pour ce qui est de l’art contemporain ? Pas vraiment… jusqu’à il y a peu.

 

Le 24 février, en effet, c’était le jour de l’ouverture internationale très attendue du Musée d’Art Contemporain Africain Al Maaden (MACAAL), un dédale de 900 mètres carrés consacré à l’art contemporain, et la première institution sans but lucratif de ce type en Afrique du Nord.

 

Courtesy of Museum of African Contemporary Art Al Maaden

 

“Ce qui compte le plus, c’est de rendre l’art accessible à tous”, a fièrement déclaré Othman Lazraq, le président du musée, lors de la séance consacrée à la presse pour présenter cet espace tentaculaire, quoique étonnamment intimiste. Les collections du MACAAL se composent d’œuvres rassemblées par le père d’Othman, le promoteur immobilier marocain et collectionneur d’art Alami Lazraq. “Il collectionne les oeuvres d’art depuis plus de 40 ans”, a ajouté Othman, avant de souligner que les œuvres les plus contemporaines, comme la vidéo, les installations et la photographie, étaient sa propre contribution, étant lui-même collectionneur débutant.

 

Credit Saad Alami

 

Suite à l’annonce de l’annulation de la septième Biennale de Marrakech, tout le monde attendait avec impatience de voir ce qui était prévu pour la remplacer. Vint alors la première édition à Marrakech du “1-54 Contemporary African Art Fair”, ce Salon d’art itinérant, d’abord lancé à Londres, puis déployé à New York et maintenant installé à Marrakech, à l’hôtel ‘La Mamounia’. L’inauguration du Salon s’est déroulée la veille du lancement international du MACAAL – une stratégie opportune et bien planifiée. La ville rouge prend ainsi des allures de “micro-Art Basel”, en beaucoup plus détendu, mais tout aussi bourdonnant.

 

Credit Saad Alami

 

Mais la signification d’institutions comme le MACAAL et les salons consacrés à l’art, comme le “1-54”, dépasse, et de loin, le milieu artistique. La simple idée de réunir des artistes de tout le continent et de leur permettre de collaborer est révolutionnaire en elle-même. “Les artistes africains se rencontrent souvent à Paris, Berlin, Londres ou New-York, mais très rarement, ou même jamais, sur le continent, même si, d’un point de vue géographique, ils sont très proches les uns des autres”, explique Othman. Il ajoute encore “Même sur le plan pratique, cela coûte moins cher de prendre un billet aller-retour de l’Afrique vers l’Europe que de voler entre les pays du continent. Nous voulons pulvériser les frontières entre les états et apporter une touche de lumière et d’espoir dans les messages que nous diffusons. L’Afrique en a besoin. Le Maroc, aussi.”

 

Credit Saad Alami

 

L’architecture du MACAAL imite l’allure labyrinthique, les recoins étroits et les espaces sombres de la médina, toute en sinuosités. Cette impression est encore renforcée par une installation sonore due à l’artiste italienne Anna Raimondo, qui fait entendre les bruits quotidiens de Marrakech. Le musée peut ainsi se fondre aisément dans son environnement. Lui-même se partage entre deux espaces d’exposition.

 

Au rez-de-chaussée, on peut admirer une représentation incroyable de la vie africaine intitulée Africa Is No Island (L’Afrique n’est pas une île). Cette exposition est axée sur la photographie et présente les œuvres de 40 photographes, connus ou moins connus, issus de tout le continent. À l’étage, est exposée une partie de la collection familiale, forte de 2000 oeuvres, et qui offre aux visiteurs l’opportunité de découvrir des installations, des peintures et des sculptures. En fait partie une installation immersive remarquable intitulée Un dîner en ville, réalisée en 2018 par Zbel Manifesto collective, où une salle à manger en forme d’utérus est remplie, du sol au plafond, de rebuts du quotidien en provenance de toute l’Afrique. On obtient de la sorte un regard saisissant sur la réalité des déchets et des problèmes environnementaux que vit le continent. Le tout s’accompagne, en fond sonore, de la voix inquiétante de Maria Callas.

 

Credit Saad Alami

 

“Je veux offrir aux gens un espace qui soit neutre. Au Maroc, nous avons des espaces commerciaux, d’autres élitistes, mais nous avons à tout prix voulu que l’accès à notre musée soit gratuit, et nous mettons à la disposition de notre public une navette gratuite vers la ville”, explique Othman, avant de préciser que les chauffeurs de taxi locaux ont été parmi les premiers à avoir un aperçu du nouvel espace. Il s’agit d’une initiative en forme de statut que la famille a mise en place pour se connecter à une communauté plus large. “Tous les vendredis, nous partageons du couscous avec différents locaux de la région, afin que nous puissions amener à la culture des gens qui n’auraient jamais pu y avoir accès.”

 

macaal.org