06 Apr

Les Iles de Gorée : de si belles vues pour tant de peine

L’architecture et la tragique histoire de l’île sénégalaise

Written By Sarah Ben Romdane

“Je suis une femme à moitié blanche qui vit dans une époque où un mouvement comme Black Lives Matter mène ses revendications. Il est donc clair pour moi que je dois m’efforcer de mieux comprendre l’histoire du colonialisme et de l’esclavage. C’est en cherchant des informations sur ces sujets que j’ai découvert les Iles de Gorée. Y aller, c’était une partie de ma quête personnelle pour me faire une idée de l’époque dans laquelle nous vivons”, explique Katherine Li Johnson, qui a commencé à prendre des photos en mai 2017.

 

 

Katherine a racheté un Contax TVS à un ami quand elle était à Bangkok pour un voyage à moto en solitaire à travers le Cambodge. Un été, en Tunisie, là où elle vit actuellement, on lui a volé son iPhone et elle a décidé de ne pas le remplacer, notamment parce qu’elle en avait assez d’être connectée au monde. Cela fait maintenant neuf mois qu’elle vit sans téléphone, mais elle a pris une bonne quantité de photos et a beaucoup écrit durant ses nombreux voyages.

 

 

Sur les 28 maisons des Iles de Gorée, qui jadis abritaient chacune 250 esclaves répartis selon l’âge et le sexe, la “Maison des Esclaves” est la seule à avoir été conservée. Katherine voulait vraiment la prendre en photo. “Ce qu’elle représente m’émeut, mais aussi, on dirait bizarrement qu’elle pourrait figurer dans un film de Wes Anderson. Marcher à travers ce bâtiment, c’est douloureux, et je ne peux même pas imaginer l’effet qu’elle a pu avoir auprès des nombreux Afro-Américains qui l’ont visitée. Pendant la traite des esclaves de l’Atlantique, on y stockait des hommes et des femmes d’Afrique de l’Ouest avant de les envoyer aux Amériques.”

 

 

Tout le reste, elle l’a photographié spontanément, sans que les gens réagissent vraiment à ce qu’elle était en train de faire. «Le stand de restauration rapide m’a fait rire, parce qu’il ressemble à tous ceux que l’on voit dans toutes les villes du monde, c’est juste de la nourriture pour gens pressés, qui n’ont pas le temps de s’asseoir et d’attendre, et qui hurlent “Donne-moi un sandwich au thon !” »

 

 

Ce voyage a rappelé à Katherine ceux qu’elle a faits durant son enfance à Hong Kong et à Macao : Macao et les Iles de Gorée étaient toutes deux des colonies portugaises, et cette influence reste très visible dans les deux endroits.

 

 

Elle se souvient d’une drôle d’anecdote quand un Sénégalais lui a dit qu’elle devait lui servir une bière pour lui montrer son respect. Elle lui a demandé en plaisantant : “Comment dites-vous “patriarcat” en français ?” Et il lui a répondu “Tradition”…