Aidha Badr nous parle d’art apolitique

L'artiste koweïtienne défiant les stéréotypes

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«C’est ma responsabilité, en tant qu’artiste, de créer un paysage visuel», déclare Aidha Badr. À 23 ans, la Koweïtienne s’est frayé un chemin en s’affirmant comme l’une des étoiles montantes de la scène créative florissante du Koweït.

L’artiste, qui a passé une grande partie de son enfance à parcourir les rues de Brooklyn, est réputée pour ses portraits éclaboussés de rouge, qui représentent le plus souvent des femmes. Dans le climat politique actuel, avec le mouvement #MeToo plus présent que jamais, les spectateurs conçoivent souvent son travail comme fondamentalement féministe.

«C’est la responsabilité du public de l’évaluer comme il le souhaite», ajoute-t-elle, en réponse à la question de savoir si elle considère son art comme une déclaration féministe. « Je ne crois pas que mon art représente aucune de mes opinions politiques, même si on m’a dit qu’elles tombaient sous le parapluie de l’art féministe à cause du regard incontournable des femmes que je peins ». Ajoutant que ses « peintures servent d’oraison sur la légitimité de l’existence d’une femme, synthétisant l’autorité féminine bienveillante ici et au-delà. « 

Mais elle ne nie à aucun moment que son travail puisse porter un message politique, quelles que soient ses intentions. Selon Badr, si son travail était une affirmation directe féministe, il serait semi-autobiographique. «Mon travail concerne mon individualité féminine et mes propres relations interpersonnelles avec les femmes de ma vie», explique-t-elle. « Mon art est plus une impression que l’apogée du féminisme. »

Le monde arabe étant saturé d’artistes engagés, l’approche apolitique de Badr est une bouffée d’air frais. Plus important encore, il est moins risqué que son mérite artistique soit égaré dans des récits à forte connotation politique, comme c’est souvent le cas.

Pour elle, l’art c’est la beauté. Et objectivement, ses peintures sont belles. Mais c’est sa touche personnelle, parfois même comique, qui la distingue. Dans une pièce illustrant l’idée religieuse du ciel, Badr a imaginé deux femmes jouant à UNO, et dans une autre de la même série, elle les a peintes en train de se détendre en faisant une machine.

Parfois, elle intègre des messages personnels dans son travail, et même s’ils provoquent un flot d’émotions, c’est rarement romantique. Au cœur de son travail se trouve sa capacité à intégrer le quotidien à ses mondes imaginaires, en le rendant familier.

« Je veux que mes peintures donnent un sentiment de chaleur et de connexion tendre. » Avec les environnements qu’elle crée, il est difficile pour tout spectateur de ne pas être englouti.

 

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