J’ai testé un site de rencontres arabe…

Bon, au suivant !

byOlfa Farhat

Etre une jeune célibataire arabe, autonome ou pas, signifie être constamment mise sous pression par la société et les proches, toujours à l’affût d’un changement dans votre vie amoureuse. Les grandes occasions familiales sont une vraie corvée quand vous êtes seule : les gens n’arrêtent pas de vous demander pourquoi vous mettez si longtemps à vous trouver un mari et vous narguent avec leur “le temps passe” récurrent, qui vous rappelle votre âge et votre futur imminent de “vieille fille” solitaire.

En 2018, rencontrer celui qui nous fera vibrer n’est pas si facile… Si vous êtes de sortie, tout le monde est de toute façon collé à son téléphone en train de surfer sur Instagram, il n’est donc pas surprenant que les applications de rencontres aient fait leur entrée dans le monde arabe pour nous aider, nous les introvertis et les gens décalés, à rencontrer quelqu’un.

J’ai décidé d’essayer. Le choix est vaste : Et3arraf, Hayat et Soudfa, pour n’en nommer que quelques-unes. Aussi conservatrice que puisse être la société arabe, les rencontres numériques ne semblent pas être un tabou. Cependant, contrairement à Tinder et Bumble, ces applications semblent un peu différentes. Elles montrent des familles heureuses, promettent des mariages et des engagements à long terme plutôt que des histoires d’un soir.

Pour être honnête, j’avais déjà un peu essayé d’autres applications de rencontres … Ok peut-être plus qu’un peu, mais seulement quand j’étais à l’étranger et c’était juste pour le fun. Mais cette fois je m’y suis mise sérieusement – à des fins de recherche, bien sûr.

J’ai créé un profil et j’ai prié pour ne pas devenir la proie d’un membre de l’Etat islamique sous couverture. La grande chose à propos de ces applications, c’est qu’elles sont si personnalisables que vous pouvez être vraiment précis sur le type d’homme que vous cherchez, de la préférence d’âge à la religion.

J’ai fait défiler la page principale durant une cinquantaine de minutes, puis j’ai commencé à étudier quelques profils. Le nombre d’hommes promettant fidélité et de longs mariages amoureux m’a réellement surprise. C’est un peu fou comment tous s’empressent de tchatter dans le monde arabe. Être célibataire est aussi stressant pour les hommes que pour les femmes : les hommes sont poussés à réussir et à construire un foyer, pour asseoir leur virilité, et donc parfois, il ne s’agit même pas pour eux de trouver la meilleure partenaire possible, mais une femme qui remplisse les exigences voulues par la société. De fait, c’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles ces applications de rencontres sont si populaires ; le mode d’emploi est facile, nul besoin d’en passer par des ruptures. Si ça marche, c’est cool, sinon, tout ce qu’il vous reste à faire, c’est de faire le mort et de passer à la suivante ou au suivant, ni vu ni connu ! A côté de ça, rencontrer quelqu’un par le biais d’amis communs ressemble à quelque chose qui remonterait à l’âge de pierre…

En quelques minutes, j’avais environ 86 messages non lus. J’ai peiné pour filtrer les profils qui me plaisaient en fonction de leur physique, ce qui a immédiatement réduit la sélection à trois. L’un était égyptien, un autre libanais et le troisième irakien. Intellectuellement, j’aurais pu espérer mieux, mais à part ça, c’était sympa de discuter avec des inconnus qui voulaient en savoir plus sur moi et de discuter ainsi en toute légèreté – les applis de rencontres sont parfaites pour ceux qui adorent se vautrer dans leur canapé. Allez sur Netflix avec votre plateau-repas et papotez sans trop faire attention avec un parfait inconnu qui veut tout savoir sur vous. Mais la vérité, c’est qu’après tout ça, je ne pouvais pas m’empêcher de me demander à quel point ces gens étaient vraiment sérieux.

Les applications de rencontres pourraient effectivement fonctionner, mais seulement si vous êtes assez patient pour survivre à la parlote et aux questions répétitives. Sans oublier que la majorité d’entre elles ont une portée si large que la probabilité que je délaisse ma Tunisie pour l’Irak ou le Liban, juste après avoir parlé à quelqu’un sur une chat-line pendant quelques semaines, est sans doute proche du zéro absolu.

Si on inventait une application de rencontres avec un moteur de recherche plus performant, alors peut-être que je m’y remettrais. Mais pour l’instant, je recommande plutôt de sortir et de rencontrer des gens tridimensionnels, dans la vie réelle…

Photos par @sandinthecitydubai

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