Revendiquer mon identité arabe est ma plus grande forme de résistance

Twist final : Il n’y a pas différents niveaux d’ « arabité »

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« Mais Sarah, tu n’es pas vraiment arabe toi de toute façon ». C’est une phrase que j’ai souvent entendue en grandissant à Paris et à Londres post-attentats du 11/9. Je me suis rendu compte à quel point les blancs associent le fait d’être Arabe souvent qu’avec la pauvreté, le conservatisme, le sous-développement et la violence.

Je mentirais si je niais le fait d’avoir le « privilège » de passer pour une sud-européenne (On me demande souvent si je suis espagnole ou italienne). Pourtant, ça n’a jamais été très agréable. Je me suis souvent sentie encore plus ignorée, écartée, et parfois incomprise, uniquement pour cette raison.

Je suis née à Paris d’un père tunisien et d’une mère syrienne, et j’ai grandi à Londres. Mon identité a donc évidemment été très fluide. Certaines personnes disent même que s’aligner avec un groupe spécifique ne serait pas pertinent.

Mais avant tout, je suis arabe. Les deux côtés de ma famille tunisienne et syrienne sont issus d’une ascendance partiellement ottomane. En plus, je suis arabe grâce à l’identité que j’ai hérité de mon grand-père tunisien, qui s’est battu avec le mouvement national (et a été exilé). Mon grand-père syrien lui, était un diplomate patriote. Je suis arabe parce que c’est l’histoire, la culture, et la langue dans lesquelles je me reconnais. Je suis arabe car c’est comme ça que l’histoire de ma famille continuera d’exister.

Certains se demandent peut-être pourquoi je revendique ardemment mon identité arabe en 2019, à une époque où la région MENA est ravagée et fragmentée par les guerres et les révolutions. A une époque où la xénophobie contre les Arabes s’est généralisée.

Il y a quelques jours, j’ai reçu un message sur Instagram d’une jeune Tunisienne que je n’ai jamais rencontrée. Elle m’a dit : « Tu n’es pas arabe, tu es tunisienne ».

Ce message m’a contrarié pour plusieurs raisons. Je ne devrais pas être exclue de l’identité arabe juste parce que je n’ai pas d’ancêtre de la péninsule arabique. Accepter cela reviendrait à accepter une définition monolithique et restreinte de l’identité arabe. L’idée même d’être Arabe a toujours été assez vaste pour inclure tous ceux qui décident d’adopter son expérience unificatrice.

L’arabisation de la région n’était même pas forcément liée à l’Islam.  Dans les années 1860, une réforme connue sous le nom de Nahda (« renaissance » en français) a soutenu la redéfinition de l’identité arabe en une identité laïque et inclusive sur le plan ethnique et religieux. Même si cela peut surprendre, la population de Bagdad, par exemple, était à 40% juive jusqu’à l’institution d’Israël.

Je choisis de m’identifier comme Arabe parce que c’est une identité très diverse, et c’est cette même « arabité » intrinsèquement plurielle que je veux honorer. On peut se sentir Arabe sans devoir abandonner ou renoncer à autre chose. Il y a des Arabes à la peau claire, à la peau foncée, des Arabes berbères ou nord-africains, des Arabes du Proche et Moyen-Orient, des Arabes de gauche, de droite, des Arabes musulmans, juifs, chrétiens et athées. Tous sont égaux.

Entendre une personne de mon propre milieu me dire que je ne suis pas assez arabe, c’est pire que de l’entendre de la bouche de mes amis blancs. Ceci montre à quel point le colonialisme européen a réussi, de manière effrontée, à manipuler le concept d’identité.

A travers ses mots, j’ai compris comment le colonialisme a appris aux arabes à se battre les uns contre les autres en mettant en place des « niveaux d’Arabité » entre les différents pays. En d’autres mots, le colonialisme leur a appris à désapprouver l’existence de leur identité, qui est à la fois complexe, réelle et puissante.

Je pense personnellement que choisir de s’identifier pleinement comme Arabe est un acte de représailles.  Ce n’est pas juste politique, c’est révolutionnaire.

La vie est une négociation constante de nous-mêmes. Dans notre monde globalisé, nous sommes tous nuancés et nous devons tous concilier plusieurs identités. Mais le fait d’accepter qui je suis, reflète mon ardente résistance à la division causée par le colonialisme et le capitalisme moderne.

Je choisis d’être Arabe avant tout parce que je décide de m’opposer au joug impérialiste occidental qui a fragmenté nos nations afin de diviser pour mieux régner. Je choisis d’être Arabe car je veux défier le populisme et me débarrasser de ceux qui nous punissent pour être qui nous sommes.

Selon les mots de  E. E. Cummings, « Pour rester soi-même dans un monde qui s’évertue jour et nuit à vous rendre comme n’importe qui, il faut gagner la plus rude bataille qu’un humain puisse livrer, et cette bataille n’a pas de fin. ».

Illustration de @kahena.z

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