De jeunes Arabes témoignent de leur expérience sur Tinder

De l’Égypte au Maroc, c’est compliqué

by

Faire des rencontres amoureuses n’est pas facile, surtout lorsqu’on vit dans un pays arabe. Si vous êtes en Égypte, il y a de fortes chances que vous ayez du mal à rencontrer physiquement des femmes ou des hommes. Il est probable que vous rencontriez le même problème dans des pays comme la Libye, et dans d’innombrables pays de la région.

L’inégalité des genres n’est qu’une partie du problème. Le dating est encore considéré comme un tabou par la plupart des familles arabes, que vous viviez dans la région ou à l’étranger.  Il n’y a donc pas de meilleures façons de contourner ces tabous que de mener une double vie sur notre smartphone.

Twitter a transformé la scène du dating dans la région, et surtout pour ceux issus de communautés marginalisées.

Malheureusement, le changement n’est pas toujours une bonne chose. Pour savoir ce que c’est que d’utiliser une application de dating lorsqu’on est arabe, nous avons discuté avec quelques personnes afin d’en savoir plus sur leurs expériences.

Mohammed, 28 ans, Tunisie
C’est la pire chose. Je ne veux pas rentrer dans les détails, c’est juste terrible. Les gens ne comprennent pas l’application. Ils l’utilisent comme Facebook, et non pas comme une application de dating. Parfois, on peut tomber sur un profil avec une photo d’une personne à côté de son copain ou de sa copine. Pourquoi êtes-vous sur Tinder ? Je l’ai essayée pendant un moment, puis je l’ai effacée.  

Bilal, 27 ans, Egypte
J’ai commencé à utiliser Tinder parce que la plupart de mes amis sont des mecs, et tout ce qu’ils font c’est fumer. J’ai donc rejoint le côté obscur. Mais Tinder n’est pas pris sérieusement ici en Egypte, ce n’est pas comme ailleurs. On matche avec des gens et on parle.Il y a des  gens de tout âge et de tout horizon sur Tinder en Egypte. Il y a beaucoup de faux profils, la plupart n’ont pas de photos. Il faut passer par tout ça avant d’atteindre notre cible démographique. Mais mon expérience est différente de celles d’autres Égyptiens. En tant qu’homme noir, c’est dur. Les femmes égyptiennes n’aiment pas les hommes noirs.

Yasmin, 29 ans, France
J’ai commencé à utiliser Tinder parce que c’était l’hiver, et je ne voulais pas sortir pour rencontrer de nouvelles personnes. Je l’utilise principalement pour parler à des personnes que je n’ai pas l’habitude de rencontrer dans la vraie vie, comme de riches hommes blancs. J’avais l’impression qu’on n’allait pas me juger. Les mecs arabes jugent beaucoup. Un mec arabe que j’ai rencontré hors Tinder m’a dit une fois : « on ne peut pas être ensemble parce qu’une fois tu as fumé devant mon ami ».

Ahmed, 22 ans, Emirats Arabes Unis
J’utilise des applications de dating parce qu’il n’y a pas d’« endroits sûrs » où rencontrer des personnes. Ça ne me dérange pas de les utiliser, mais j’aime bien rencontrer des personnes dans la vraie vie. Les gens peuvent être racistes sur certaines applications de dating.

Malik, 23 ans, France
Chaque fois que j’ouvre une application de dating dans un pays occidental, la plupart des mecs qui me contactent sont des hommes blancs qui, en général, fétichisent mon nom et la manière dont je m’habille. Une fois, un homme que j’étais prêt à rencontrer m’a demandé si j’allais porter des baskets Nike ou un survêtement Lacoste comme ‘prévu’. J’ai fini par me rendre compte que la plupart des stéréotypes qui nous affectent en tant que minorité (Nord-africains en France), et la plupart des codes de la rue qui sont généralement méprisés par la société, sont largement fétichisés dans l’environnement du dating, ce que je trouve très agaçant. Ils supposent automatiquement que je viens d’une zone difficile, et créent dans leur esprit une version fantasmée de moi, autour de laquelle ils essayent de construire toute la conversation.

Dana, 28 ans, Danemark
Dans un pays comme le Danemark où les gens ne sont pas très sociables, et aiment sortir et boire, l’application est un très bon moyen de rencontrer des personnes. Une fois que j’ai surmonté ma peur de « et si quelqu’un que je connais me voie sur l’appli, que penseront-ils de moi », je n’en avais vraiment rien à foutre. Un des plus gros challenges est que beaucoup de personnes ne s’intéressent qu’au sexe. En tant que vierge, c’est difficile pour moi de gérer des rendez-vous en dehors de l’appli. Mais si on arrive à être sélectifs, et à accepter le fait qu’il s’agisse d’une application très superficielle, on peut en faire ce qu’on veut.

Partagez cet article