L’artiste syrienne Sara Naim ne croit pas aux frontières

La trentenaire interroge la vie grâce à la photographie abstraite

bySarah Ben Romdane

Sara Naim, artiste anglo-syrienne âgée de 30 ans, a compris qu’elle souhaitait être une artiste très jeune. Ainsi, lorsqu’elle a terminé ses études secondaires, elle a décidé d’étudier la photographie au London College of Communications.

 

Mais depuis la fin de ses études universitaires, la pratique de Naim dépasse de loin le domaine de la photographie classique. À l’aide d’outils de haute technologie, Naim crée des micro-images fascinantes en échantillonnant des cellules provenant du bout de ses doigts, ce qui lui permet d’explorer des sujets plus abstraits et existentiels.

 

Avec ses photos-sculptures psychédéliques et technicolor, Naim interroge le sens et la légitimité des frontières et de la perception.

 

 

Avec deux expositions en cours smultanément en ce moment, à Breda Photo et LVH Art à Londres, on a discuté avec Naim afin de savoir si l’identité signifie quelque chose pour elle et pourquoi les frontières n’existent elles pas vraiment.

 

Tu es une Syrienne qui a grandi à Dubaï, a vécu à Londres et qui travaille maintenant à Paris.  T’es-tu déjà senti confuse quant à ton identité?

Jamais, mais je pense que d’autres l’ont été. A travers les réactions que je reçois après que je dise que je suis Syrienne, je peux dire que souvent, les gens ne me  voient pas comme syrienne car je ne suis pas née et n’est pas vécue en Syrie. L’identité est un sentiment, je ne sais pas si cela peut vraiment être remis en question. Mon sang est syrien et je me sens connectée à son territoire.

 

Pourquoi utilises-tu la technologie dans ta pratique artistique?

L’appareil scientifique est ce que j’utilise pour explorer les concepts qui m’intéressent. Le microscope électronique à balayage, en particulier, est devenu mon support principal, et j’utilise aussi des bugs numériques accidentels et provoqués, qui surviennent lors de son utilisation. Ces interférences décrivent mon intérêt pour l’examen et la distance. Un bug éloigne le spectateur à travers son abstraction, mais met également au jour la structure inhérente aux attentes et aux problèmes de communication d’un fichier numérique. Le va-et-vient entre le micro et le macro est tout aussi dynamique; à mesure que mes images vous rapprochent du sujet, vous perdez la perspective.

 

 

Les frontières sont un concept clé dans ton travail. Pourquoi résonnent-elles autant avec toi?

Parce qu’elles n’existent pas de la même façon que nous avons évolué ou qu’on nous a appris à les comprendre. À une échelle cellulaire, tout l’espace est fusionné, la densité de la matière variant simplement. Les frontières sont un concept intéressant à explorer et à décrire, en raison de la charge qui existe derrière ce terme. En la visualisant comme insaisissable et transférable, elle vise à dévoiler sa structure politique, sociale, émotionnelle et physique. À l’échelle macro, c’est la façon dont les nations sont créées et comment les citoyens sont séparés.

 

Quels autres thèmes sont fondamentaux pour ton travail?

La théorie des formes de Platon m’intéresse beaucoup. Il a dit que les formes non physiques ou les idées sont la manière la plus précise de concevoir  la réalité. Le monde matériel est changeant et donc peu fiable, et derrière ce monde d’apparence peu fiable se cache un monde de permanence et de fiabilité. Il croyait que si nous concevons une forme dans notre esprit, elle doit exister en tant qu’état abstrait parfait, qui ne peut jamais être parfaitement représenté. J’aime ça.

 

 

 

Quelles sont les projets à suivre?

Le mois prochain, je participe à une exposition collective intitulée Experiment | Control à la Blyth Gallery, à l’Imperial College et à Tribe: la Photographie Contemporaine du Monde Arabe au Katzen Art Center de Washington, DC.

Mais mon bébé, c’est L’exotisme des Discours Étrangers, ma prochaine exposition personnelle avec The Third Line Dubai, qui ouvrira le 16 janvier.

 

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