Ce que les jeunes musulmans pensent du Ramadan à Paris

Les difficultés du jeûne en Occident

bySarah Ben Romdane

Ramadan est un mois sacré, un temps où les musulmans s’unissent, jeûnent, et prennent du recul sur leur vie ; mais dans le monde musulman ce mois est aussi une véritable célébration. Familles et amis se rassemblent tous les soirs pour l‘Iftar et se rencontrent de nouveau pour le Suhoor au petit matin.

 

Seulement, en Occident, Ramadan est différent et peut même s’avérer être une expérience marginalisante, en particulier pour les plus jeunes. Cette année, les musulmans  de France doivent attendre jusque 22 heures pour rompre leur jeûne. Si dans les années 1980 le pourcentage de musulmans observant le jeûne Ramadanesque s’élevait à 59%, aujourd’hui, ils ne sont pas moins de 73% à jeûner. Il n’en demeure pas moins que l’islamophobie croissante a conduit une foule de jeunes à se sentir exister en marge de la communauté.

 

MILLE a rencontré six jeunes musulmans à Paris pour savoir quelle est la chose la plus dure pendant le jeûne du mois de Ramadan.

 

Ibticem Larbi, 21, Designer graphique et étudiante en illustration

 

 

« Le plus difficile c’est d’être seule. Même si ma famille jeûne aussi, je passe la majorité de mon temps dehors et personne ne peut empatir avec ce que je suis en train de faire. »

 

Malick Tandjigora, 23, Etudiant en beaux arts

 

 

« Ce que je trouve le plus difficile, c’est d’avoir à ralentir mon rythme et à devoir gérer l’ennui. Habituellement, je suis  très souvent à l’extérieur alors que pendant Ramadan, je passe plus de temps à la maison, en famille. C’est un vrai défi que de se contrôler. Je sais jamais si je prefère bien manger durant l‘Iftar, me coucher et avoir faim le lendemain ou alors, rester éveillé jusqu’au Suhoor, manger mais me sentir fatigué au matin venu. Je prefère rester éveillé pour pouvoir prier à l’aube. »

 

Manon Magner, 20, Etudiante en Illustration

 

 

« Mon expérience est très personnelle et singulière, en tant que convertie. Ma famille n’a pas accepté ma conversion à l’Islam et c’est très oppressant. Parfois, ils essaient même de me forcer à manger. Je me sens seule, dans ma propre maison. Heureusement, j’ai une amie musulmane qui m’invite chez elle est sa mère me donne des doggy bags »

 

Khalil Llotfi, 23, Etudiant en Management

 

 

« Ramadan me rend nostalgique des plats préparés par grand-mère et des parties de cartes nocturnes avec mes cousins. Ici, je romps mon jeûne avec des amis dans des restaurants ou des kebabs, mais ce n’est pas la même chose »

 

Leila Nour Johnson, 27, Créatrice de Mode

 

 

« Le plus dur pendant Ramadan c’est de pratiquer les rituels seule, vu que ma famille n’est pas là. Je trouve aussi difficile de ne pas sortir et de ne pas être dans un environnement social. C’est une expérience solitaire, mais je ne trouve pas que la solitude soit négative: faire Ramadan est un choix et le résultat d’un rapport  personnel entre ma foi et moi-même. »

 

Sekou Camara, 26, Etudiant en Communication

 

 

« Le défi pour moi, c’est de rester occupé. Quand je suis occupé j’oublie que j’ai faim et soif. Croyez moi, si vous ne travaillez pas, Ramadan devient très dur. Hier, j’ai pris des photos tout l’après-midi, et ça s’est bien passé. Faire de l’exercice et lire des livres en revanche, sont deux choses que j’ai du mal à faire en jeûnant »

 

Photographie Sarah Ben Romdane

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