Faut-il se réjouir de l’avènement du confort dans la mode ?

Quand le confort devient une priorité

bySarah Ben Romdane

Avec la montée en puissance des mouvements unisexe et anti-mode, les règles qui géraient l’industrie sont aujourd’hui bien caduques, et alors que le monde de la mode apparaissait le plus souvent comme inaccessible, il semble que nous assistions à sa démocratisation. Concrètement, cela signifie la mise au rebut de ces stilettos tout fins et des coupes corsettantes en faveur du confort et de la portabilité.

 

L’année dernière, les sacs-banane sont devenus un basique. L’objet, qui a longtemps symbolisé le “bon père de famille en vacances” est devenu un accessoire de mode convoité, et Chanel en a même fait un best-seller. Mais il n’y a pas que ça : les enfants des classes supérieures, ces mêmes classes qui, jusqu’à il y a peu, se moquaient des survêts et des baskets, vont désormais dans leurs écoles privées en tracksuits Kappa et sneakers Air Max, les cultes du jour. Les toboggans de piscine sont devenus très tendance, les Crocs se sont taillé la route jusqu’aux podiums de Balenciaga et de Christopher Kane. Et là, en 2018, les shorts de vélo sont devenus ce qui se fait de plus cool.

 

Pendant longtemps, les vêtements ont été autant de miroirs qui reflétaient nos appartenances de classe. Mais maintenant, les lignes se sont floutées, grâce à l’avènement du streetwear dans la mode.

 

Ce que cette tendance révèle au sujet de la culture contemporaine, c’est que les gens recherchent l’authenticité et le concret. Cette génération s’émancipe des constructions sociales et culturelles qui ont dicté les comportements humains au cours des derniers siècles. Par exemple, les hommes et les femmes se sentent maintenant assez courageux pour porter des trainings au travail sans crainte d’être accusés d’avoir l’air “débraillé” ou de vivre une crise de la quarantaine. Cela révèle également combien la flexibilité a eu un impact sur l’essence du travail: les jeunes professionnels sont aujourd’hui des indépendants qui partagent des espaces de co-working. Fondamentalement, le confort se traduit par la liberté.

 

Mais le confort révèle-t-il plus que cela? Probablement. La raison pour laquelle les gens ont finalement besoin de se sentir bien dans leurs vêtements est aussi parce que la vie quotidienne est si stressante. Les jeunes professionnels pourraient travailler dans des environnements agréables, mais la plupart d’entre eux sont soumis à de longs déplacements à cause de la montée des prix qui accompagne l’embourgeoisement des quartiers modestes.

 

Le confort ne doit pas être pris pour acquis, c’est une lentille à travers laquelle les sociétés et leurs transformations sociales peuvent être observées. Et ce que je vois n’est pas si rassurant.

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