Basscoutur est le label qui défie la fast fashion

Avec une collaboration Adidas et Reebok, le upcycling pourrait-il être le futur?

bySarah Ben Romdane

Avec des marques de luxe présentant jusqu’à six collections par an et des marques grand public proposant constamment de nouveaux vêtements pour suivre l’évolution des tendances, nous nous sommes tous habitués à sans cesse faire du shopping toutes les saisons, sans réaliser les dommages environnementaux que nous avons fait subir à la planète.

Avoir un style à la pointe c’est peut être important, mais à quel prix ? L’industrie de la mode génère plus d’émissions de gaz à effet de serre que tous les vols internationaux et le transport maritime combinés, la pression exercée pour réduire les coûts et le temps de fabrication a entraîné une augmentation critique des problèmes environnementaux et humanitaires.

Heureusement, de plus en plus de marques soucieuses de développement durable associent style et éthique, et Basscoutur, un label parisien, en fait partie. Créant de nouvelles pièces à partir de vêtements usés et abandonnés, Riadh Trabelsi, fondateur franco-tunisien âgé de 40 ans, s’est engagé à ne concevoir que des collections upcycling.


Le concept derrière Basscoutur a vu le jour en 2008, mais c’est récemment que Trabelsi a décidé de se consacrer entièrement à la marque. «En 2017, j’ai collaboré avec la jeune marque anti-mode Nïuku, réutilisant des pièces recyclées que j’avais dans mon atelier à Tunis», a-t-il déclaré avant d’ajouter: «Le marché japonais a vraiment adoré, tout a été vendu en une journée. C’est comme ça que Basscoutur est vraiment née».

En application de son mantra explicite «RECYCLER, REPENSER, REDÉSIGNER», Trabelsi achète en gros des vêtements et des tissus usagés du monde entier et les déconstruit pour créer de nouvelles pièces.

Nous nous sommes entretenus avec Trabelsi pour découvrir comment la mode pouvait être à la fois responsable et innovante, et comment le upcycling était l’avenir de la mode.

Qu’est ce qui vous a poussé à fonder votre marque, Basscoutur ?
Même si je suis passionné de haute couture et de créateurs comme Vionnet et les soeurs Callot, cette industrie répétitive et polluante m’a amené à chercher l’inspiration dans les rues. Il m’est devenu évident que je devais réutiliser les excès déjà existants. C’est ainsi que l’idée est née. Même si je ne fais rien de nouveau (Jean Paul Gaultier et Margiela l’ont déjà fait auparavant), je veux reconstruire une identité qui soit à l’opposé de l’abondance et de la consommation. Mais aussi en gardant à l’esprit que mes vêtements doivent être portables. “Bass” m’est venu comme cette ligne de basse que nous ressentons, vous savez? “Basscoutur” est une réponse aux excès de la haute couture.

Comment mettez-vous en pratique votre slogan “RECYCLE, RETHINK, REDESIGN” dans votre processus créatif ?
Quoi que je fasse, je dois toujours penser à des alternatives, pour ne pas me prendre au piège. La mode est avant tout un art. Il doit être libre, fou et explosif. Mais l’objectif final est la consommation; “Se termine dans un sac à poussière” comme disait Armani. J’essaie toujours de réfléchir à différentes propositions et techniques de recyclage, tout en restant libre dans mes processus industriels et de distribution.


Que pensez vous de l’industrie de la mode en ce moment ?
Je pense que nous sommes à l’aube d’un énorme changement, car les grandes marques de mode qui pratiquent la mode rapide commencent à promouvoir un message et des principes durables en matière de recyclage. Nous sommes arrivés à un moment où nous ne faisons que constater le fait que l’industrie l’a poussé trop loin. Jusqu’à il y a deux saisons, les grandes maisons brûlaient leur stock! Nous n’avons plus le choix; nous devons repenser notre économie.

Vous avez collaboré avec de grandes marques sportives comme Adidas ou Reebok. Êtes-vous réceptifs à leur message ?
La première collaboration avec Adidas est née de notre travail avec Nïuku. L’idée était d’utiliser des pièces vintage Adidas et de les relooker avec un aspect plus contemporain. Je pense que ce «mouvement» de recyclage est possible avec toutes les marques, car elles ont toutes d’énormes quantités de stock qui n’est pas utilisé. Il n’y a pas de limite. Mais il est vrai que les réalités de fabrication de l’industrie ne sont pas faciles à changer.


Le streetwear est beaucoup plus présent dans la mode depuis quelques années. C’est quoi le confort pour Basscoutur ?
Je pense qu’à l’heure actuelle, la mode flirte avec une robe Galliano période avant Dior, une combinaison des années 1940 de l’armée française et un sweat à capuche de HUBU. C’est ça le confort pour moi, le sentiment de porter un hoodie et une robe de cocktail.

Quelle est la prochaine étape ?
Je présente ma première collection homme-femme en janvier 2019 au programme officiel de la Féderation de la Chambre Syndicale de la Mode et de la Couture de Paris. Je collabore avec le nouveau club de football Red Star pour la préparation d’une deuxième collection de produits upcycling, mettant en lumière la relation entre le football, la mode et le recyclage. J’aurai un atelier au festival de la photographie d’Arles en avril et j’ai l’intention de créer des meubles aussi. Je veux continuer à viser le marché asiatique et montrer mes pièces à Tunis, inchallah!

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