Devenir réalisatrice de documentaires au Moyen-Orient

La réalisatrice Palestinienne primée Mai Masri partage ses conseils

bySarah Ben Romdane

Lorsqu’elle a commencé à tourner des documentaires dans les années 1980, Mai Masri était la première réalisatrice palestinienne. Aujourd’hui, presque un réalisateur palestinien sur deux est une réalisatrice. “Dans la région, les femmes sont beaucoup mieux représentées dans l’industrie du cinéma qu’en Europe ou aux Etats-Unis” dit-elle.

 

Son premier contact avec la réalisation remonte à 1976, lorsqu’elle s’est rerouvée par hasard dans un cours de cinéma, à l’époque où elle étudiait à Berkeley University. Elle s’est immédiatement rendu compte que la réalisation état le dispositif artistique dont elle avait besoin pour pouvoir s’exprimer. Un medium lui permettant de raconter toutes ces histoires jamais entendues, celles de son peuple.

 

Son travail s’est depuis concentré sur la résistance, la déportation, et plus particulièrement, sur les vies d’enfants palestiniens. Mai Masri s’est d’ailleurs fait connaitre pour sa trilogie documentaire Les enfants du feu, Les enfants de Shatlia et Les frontières entre les rêves et les peurs, qui permet de suivre les vies de jeunes réfugiés palestiniens.

 

Son premier long-métrage est sorti en 2015 et est inspiré d’évènements réels. Le film raconte l’histoire d’une Femme Palestinienne qui accouche dans une prison Israélienne. Il a été acclamé par la critique et récompensé, e a aussi été sélectionné dans la catégorie Meilleur Film en Langue Étrangère à la 89ème cérémonie des Oscars.

 

MILLE a rencontré Mai Masri au Festival Ciné Palestine à Paris pour comprendre l’inspiration qui parcourt son travail, les moments forts de sa carrière et ses conseils à quiconque voudrait réaliser des documentaires.

 

Inspirez vous de votre vie personnelle et de vos expériences

Originaire de Naplouse, Mai Masri a grandi à Beirut, puisque ni elle ni sa famille ne pouvaient retourner en Palestine. Elle se souvient se poser des questions identitaires dès un très jeune âge. “A quatre ou cinq ans, je me sentais déjà comme une marginale à cause de futilités comme mon accent en Arabe”, dit Masri. Malgré cela, elle ressentait un attachement particulier à la terre de ses aïeuls; son père palestinien était très patriote et elle est convaincue que ça a laissé un impact important sur elle. Masri se rappelle ses années en tant qu’étudiante à Beirut comme une expérience enrichissante. “Beirut était et est toujours une ville vibrante. Dans les années 1970, le mouvement Palestinien s’y était basé et j’étais très influencée par l’effervescence politique de l’époque, qui m’a encouragé à me faire le porte voix de la cause de mon pays, de ma nation”

 

La confiance avant tout

Lorsqu’elle était adolescente à Beirut, Masri retrouvait ses souvenirs de Palestine dans  camps de réfugiés. Elle passait beaucoup de temps à Shatila et à Zaatari, elle s’est liée aux gens et a créé de fortes relations avec eux. “C’est là bas que l’identité Palestinienne existait encore” affirme-t-elle. Pour Masri, le plus important lorsqu’on filme des documentaires c’est de gagner la confiance de son sujet. Ses films racontent les histoires de gens qui se sont naturellement ouverts à elle et c’est ce qui les rend si forts et puissants. “Être derrière l’objectif vous donne un statut, et si vous êtes responsable, les gens vous respecteront et accepteront d’interagir”

 

Donner la parole à ceux qui n’en ont pas

“Ces moment de tournage sont les plus importants et les plus mémorables de ma carrière. J’ai tellement appris des histoires que j’ai entendues, c’est ce qui m’a donné un but dans la vie. Faire parler ceux que personne n’écoute me donne le sentiment d’écrire l’histoire ; d’écrire l’histoire qui n’a jamais été écrite”

 

Être une femme n’est pas nécessairement un obstacle

“L’éclosion d’une nouvelle génération de réalisatrices, femmes, dans la région du Moyen Orient et de l’Afrique du Nord est galvanisante, c’est le signe d’un changement sain. Personnellement, être une femme ne m’a pas désavantagé. J’ai l’impression qu’une fois la caméra en main, les gens oublient que vous êtes un homme ou une femme. En revanche, je me rappelle avoir travaillé avec un occidental pour la BBC et ironiquement, il n’a pas apprécié que je le dirige.”

 

Les enfants sont de merveilleux sujets

L’enfance est un thème récurrent dans les films de Masri ; ils y sont des héros. “Travailler avec des enfants me permet d’être si libre. Leur imagination est si vaste et poétique, ca m’a permis de pousser ma créativité et m’a inspiré en tant que cinéaste”

 

Sortez de votre zone de confort

Masri a dirigé son premier long métrage de fiction il y a quatre ans et est maintenant prête à s’affilier à ce genre, et à raconter des histoires autres que moyen-orientales, “Je ne veux pas me répéter” nous dit-elle. “Le passage à la fiction a été un vrai défi, mais j’ai toujours le même but: raconter les histoires humaines de personnes ordinaires qui sont pas visibles à la société. Être documentariste a été une formation rêvée, je peux maintenant revisiter les personnages que j’ai rencontré mais dans un autre format, un nouveau contexte.”

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