Le blackface est raciste, et ne fera pas l’objet d’un débat

Le plus grand symbole du racisme anti-noir doit être aboli

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L’histoire du blackface est uniquement raciste. Aujourd’hui cette pratique offensive perdure encore, et est entièrement symptomatique du racisme incessant imprégné dans toutes les sociétés.

La prévalence du blackface témoigne du besoin absolu, mais aussi mondial, de mouvements sociaux antiracistes, à l’instar de Black Lives Matters.

Suite aux nombreuses manifestations au lendemain du meurtre de George Floyd, d’innombrables non-Américains ont pris le temps de réfléchir à l’anti-négritude de leur propre société. Des manifestations de solidarité avec le #BLM se sont déroulées dans plus de 20 pays, dont la Palestine, la Syrie et la Tunisie.

Mais la solidarité exprimée par les Arabes de toute la région ne s’est pas faite sans l’un des tropes racistes du monde arabe : le blackface. Cette pratique raciste est un classique de la télévision arabe. C’est une platitude de la culture populaire, et un acte totalement raciste qui n’est en aucun cas sujet à débat. 

Cette tradition raciste a vu le jour au début des années 1830 aux États-Unis, lorsque des artistes blancs ont utilisé du goudron ou du cirage pour noircir leur visage, afin d’imiter et mimer les esclaves africains. Et au fil des années, le blackface s’est développé. Les interprètes blancs exagéraient les traits africains, les visages blancs étaient peints en noir, les lèvres étaient agrandies et peintes en rouge, tout en représentant les Africains esclaves comme des paresseux et des ignorants. Ils rattachaient également le caractère africain au crime. Ce spectacle a ensuite été appelé « Minstrel show » et a été diffusé à la radio, à la télévision et au théâtre pendant des décennies pour que tout le monde puisse le suivre, faisant du blackface un pilier de pratiquement tous les stéréotypes que vous avez entendus sur les Noirs.

Si les minstrel shows ont en fin de compte disparu, ce n’est pas le cas du blackface.  Il continue d’être utilisé comme un moyen de déshumaniser les Noirs. Dans le monde arabe, tout comme au début du minstrel show, cette pratique offensive est courante.

Le blackface est très répandu en Égypte, un pays qui abrite une importante minorité noire nubienne. Pourtant, les Noirs sont rarement visibles à la télévision égyptienne. Et quand ils le sont, on leur donne des rôles qui ne servent que des stéréotypes discriminatoires. Sur une émission diffusée sur la chaîne MBC, l’humoriste égyptienne Shaima Saif a revêtu un visage noir dans une émission de canulars pour représenter une femme soudanaise. Le personnage de Saif a ensuite cherché à agiter les autres passagers et à leur voler leur téléphone. Un autre exemple est la série égyptienne connue Azmi et Aashgan, qui mettait en scène un personnage au blackface pour jouer le rôle d’un voleur.

Mais l’Égypte n’est pas la seule coupable. Cette même année, sur l’émission koweïtienne Block Ghashmarah, deux personnages ont fait un blackface pour représenter le peuple soudanais et perpétuer les stéréotypes. La chanteuse libanaise Myriam Fares, l’une des plus grandes pop stars de la région, en est également coupable. Après avoir passé des années avec des tresses box braids, elle a ensuite peint sa peau en noir dans le clip de Goumi.  

Le blackface est un outil raciste dans le monde arabe, tout comme aux Etats-Unis. « Le racisme est un phénomène mondial. Dans certains pays, il est condamné, dans d’autres, il est nié », a écrit le journaliste Brian Whitaker. Dans le monde arabe, le racisme se heurte au déni. Et cela a probablement un rapport avec le manque de connaissances, entre autres, sur la traite arabe des esclaves dans la région.

Ces dernières semaines nous ont fourni beaucoup trop d’exemples du manqué de considération accordée à cet événement ancien de 1300 ans. S’il l’avait été, nous aurions peut-être vu beaucoup moins de célébrités et d’influenceurs arabes poser avec un corps peint en noir pour exprimer leur mépris face au racisme, en solidarité avec le #BLM.

L’actrice marocaine Maryam Hussein, qui n’est pas noire, fait partie de ceux qui ont fait un blackface pour ses 644 000 abonnés sur Instagram. Pour elle, c’était une forme de solidarité. La publication, désormais supprimée, était accompagné d’un hadith du prophète Mahomet en légende : « Il n’y a pas de supériorité d’un Arabe sur un non-Arabe, ni d’un non-Arabe sur un Arabe. Le Blanc n’est pas supérieur au Noir, et le Noir n’est pas supérieur au Blanc, sauf par piété. Les humains viennent d’Adam, et Adam vient de la terre ».

Après avoir été critiquée pour cette publication, Hussein a répondu : « Je n’aime ni les histoires ni l’histoire. Je suis une personne qui vit dans le temps présent. Le passé est le passé ».

Sans tenir compte de l’anti-négritude dans les sociétés arabes, la chanteuse libanaise Tania Saleh a également fait un blackface sur sa publication, en écrivant “J’aurais aimé être noire aujourd’hui, plus que jamais ».

Face à la connotation historique du visage noir, Saleh a continué à se défendre. Au moment où l’on écrit cet article, la publication de Saleh est toujours sur son compte.

Une autre influenceuse non-noire du Moyen-Orient a utilisé snapchat pour expliquer ce qu’est un blackface, avec la moitié de son visage peinte en noir. Plusieurs autres ont posé avec un visage noir, tout en faisant des déclarations vaguement antiracistes.

Lorsque l’on voit leur aisance illicite avec l’acte du blackface, et leurs défenses insensibles, on remarque que ces femmes ont toutes un point commun. Un arabe raciste se défendra toujours en se détachant du racisme américain ou européen.  Et souvent, il se détache aussi, et de manière inconsidérée, du racisme arabe. 

Mais, comme le souligne l’écrivaine Susan Abulhawa, la traite des esclaves arabes n’a peut-être pas été une caractéristique importante des économies arabes, mais elle reste une partie troublante de notre histoire. Aujourd’hui, elle n’est toujours pas reconnue. Et elle sous-tend la rhétorique et les pratiques racistes de notre région, comme le blackface. Il serait négligent (et raciste) de notre part de penser qu’une si longue histoire d’asservissement des hommes et des femmes noirs ne laisserait aucune trace raciste.

Afin de démanteler le racisme dans notre région, la première étape nécessiterait une analyse approfondie de notre histoire, qui comprend la traite arabe rarement discutée et qui a indéniablement laissé des traces. Le colonialisme et l’impérialisme occidental, ainsi que le processus de mondialisation plus récent qui guide notre approche actuelle de l’activisme antiraciste, devraient être analysés.

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