La designer saoudienne qui crée des vêtements pour la femme super active

Arwa Al Banawi donne le pouvoir aux Banat

bySarah Ben Romdane

“Je n’ai pas choisi la mode, c’est la mode qui m’a choisie”, dit Arwa Al Banawi lorsqu’on lui demande comment elle a développé une passion pour le design. Ce n’était peut-être pas un choix, mais une chose est sûre, la créatrice de 31 ans s’est fait un nom dans l’industrie grâce à la subtilité de ses créations qui mêlent influences traditionnelles et contemporaines.

 

Dernièrement, sa marque a lancé la collection Printemps/Été 2018 Banat (filles) qui rend hommage à l’indépendance de la femme, après l’adoption de la nouvelle loi saoudienne qui autorise les femmes à conduire. MILLE a rencontré Arwa Al Banawi pour découvrir ses inspirations, les causes qu’elles souhaite défendre à travers sa marque et ses projets à venir.

 

 

Comment vous êtes vous retrouvé dans la mode en grandissant à Djeddah ?

Je ne savais pas ce qu’était la mode en grandissant, mais j’étais obsédée par les matières, les tissus et les textiles. Ma mère est artiste et collectionnait les magazines de mode. Mon père lui, portait des costumes sur mesure qu’il faisait faire en Italie tous les étés. Je voyageais avec lui et, assise sur une chaise, je regardais le tailleur travailler.

 

Chez moi, la religion fait partie de nos vies. Ma mère possède plusieurs foulards pour la prière et je me rappelle ouvrir sa commode et instinctivement, je me  drapais dedans. Ma maison est le premier endroit où, naturellement, j’ai développé une passion pour la mode.

 

Avez-vous étudié la mode ?

Mon père m’a dit que si j’étudiais la finance, je pourrais faire ce que je veux après. Pendant mes études, j’ai commencé à tenir un blog de mode à côté, à prendre des cours de dessin, et à lire tous les Vogues sur lesquels j’arrivais à mettre la main. A l’époque, les réseaux sociaux n’existaient pas encore et en Arabie saoudite on ne pouvait pas acheter de magazines de mode. Je demandais à des gens de m’en ramener de l’étranger lorsqu’il partait en voyage parce qu’il fallait consulter les derniers éditoriaux pour savoir ce qui était à la mode. Je me suis éduquée toute seule.

 

Après avoir eu mon diplôme, j’ai commencé à travailler dans la banque à Dubaï mais j’ai arrêté au bout d’un an. Perdre mon grand-père m’a vraiment affecté et m’a donné un besoin urgent de faire ce que j’avais vraiment envie de faire, et c’est comme ça que j’ai lancé ma marque.

 

 

Il semble que votre éducation et votre famille ont joué un grand rôle dans votre vie de designer?

C’est certain. Mon grand-père vivait en Allemagne, et j’ai travaillé en Europe avec ma famille depuis un très jeune âge. J’ai mélangé les deux mondes dans mes créations de façon très naturelles, parce que c’est comme ça que je suis: un mariage de deux cultures.

 

Comment définiriez vous votre marque et quel est sa principale finalité?

Je définis mon label comme du “luxe urbain”, c’est une mode très luxueuse qui flirt avec le streetwear. Fondamentalement, ce que je souhaite c’est que ma marque devienne une ambassadrice de ma culture. Je veux que le monde découvre les richesses de mon pays et la force de ses femmes.

 

Qui sont les Banat (filles) à qui vous faites référence dans votre dernière collection?

En créant des vêtements androgynes, je m’adresse à ce que j’appelle la “suitable woman”. Elle est jeune, elle a confiance en elle, elle est indépendante, ambitieuse, et elle est tout le temps occupée. Le confort est très important, et je veux qu’elles puissent porter la même robe au bureau et en soirée. Je veux rendre la vie des femmes de carrière plus simple.

 

Dans quel direction imaginez vous que l’industrie de la mode ira dans votre pays? Il semble que les choses évoluent vraiment.

La femme moyen-orientale du Golfe a toujours eu du style. Nous avons la chance d’avoir de très bons acheteurs et d’avoir toujours eu une sélection de qualité disponible. Depuis les années 1970, l’Arabie Saoudite a fait l’objet d’un super programme éducatif financé par le gouvernement pour permettre aux étudiants d’aller à l’étranger. On a donc été exposé au monde extérieur depuis bien plus longtemps que ce que les gens pensent. Je n‘ai jamais douté de mon pays, ni de son potentiel, et j’ai l’impression que nous avons toujours un sens de la mode assez développé. Maintenant, heureusement, nous avons le soutien du gouvernement en matière d’art et de mode, et ça incitera d’avantage de créateurs à élargir leur business.

 

 

Vous avez déjà collaboré avec des marques comme Adidas et Levi’s. Qu’est ce qui arrive après?

J’ai décidé de lancer une collection capsule genderless, chaque année, pour Ramadan. Ma boutique en ligne ouvrira aussi cet été. Je travaille également sur deux collaborations qui m’enthousiasment beaucoup: l’une avec un artiste saoudien et l’autre avec une marque. Je me sens très honorée de collaborer avec des gens qui font confiance à ma vision et j’ai hâte de partager tout ça.

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