Facebook : est-ce la fin ?

Il est temps de s’interroger sur qui détient et contrôle nos identités

byAmina Kaabi

La plupart d’entre nous utilisent Facebook depuis longtemps : après tout, le géant des médias sociaux existe depuis plus d’une décennie, atteignant plus d’un milliard d’utilisateurs dans le monde entier. Et pendant toutes ces années, nous nous sommes tous habitués à partager nos données personnelles, avec la promesse qu’elles seraient bien gérées.

 

Mais les craintes autour de manipulations frauduleuses de nos identités numériques sont si courantes que l’un des mèmes les plus populaires de 2018 était centré sur la relation des gens avec leur “propre agent du FBI”, censément à l’affût de leur moindre action.

 

 

C’est donc fort compréhensible que, le weekend dernier, lorsque la nouvelle a surgi que Facebook était impliqué dans ce qui pourrait bien être le plus grand scandale en matière de données à ce jour, une campagne #DeleteFacebook ait immédiatement éclaté, avec Brian Acton, le co-fondateur de WhatsApp (application d’ailleurs vendue à Facebook en 2014) qui vient tout juste de rejoindre les masses en colère sur Twitter.

 

 

Dans l’oeil du cyclone, Cambridge Analytica, une firme de données politiques impliquée dans la campagne électorale de Donald Trump en 2016. Samedi dernier, le New York Times a sorti le scoop, après que d’anciens employés aient rapporté que l’entreprise avait obtenu et utilisé les données de plus de 50 millions d’utilisateurs de Facebook sans leur permission, le tout dans le but d’orienter la campagne de Trump.

 

Facebook a ensuite publié une déclaration rejetant toute implication, affirmant qu’il ne s’agit pas d’une violation de données, mais que les utilisateurs ont volontairement donné la permission de vendre leurs informations. Mais la façon dont les données ont ainsi été obtenues est tout sauf éthique : Aleksandr Kogan, un développeur externe, a créé une application appelée This is your digital life (Voici votre vie électronique), dont les utilisateurs ont été payés pour répondre à une série de questions. Les données collectées lors de ce ‘test psychologique’ ont ensuite été vendues à Cambridge Analytica, leur fournissant tout un arsenal d’informations personnelles qu’ils ont ensuite utilisées comme autant d’outils pour influencer les électeurs américains.

 

Facebook a ensuite essuyé des critiques lorsque la Commission Fédérale du Commerce américaine a ouvert une enquête sur son implication dans la violation de données. Le scandale a également entraîné une perte vertigineuse de 50 milliards de dollars sur les actions en son nom et des investiteurs ont intenté des poursuites à son encontre, affirmant que la plate-forme du média social “s’était rendue coupable de fausses déclarations, de nature à tromper les gens sur ses politiques commerciales, opérationnelles et de conformité ».

 

Mais la vraie question est de savoir comment une violation de données aussi importante et aussi controversée affectera la relation de l’utilisateur moyen avec les médias sociaux et dans quelle mesure ceux-ci doivent rendre des comptes au public – ce qui a justement posé problème récemment avec Snapchat et sa mise à jour peu amicale envers ses utilisateurs, aussitôt suivie d’un ouragan médiatique autour d’une annonce jugée offensante postée par l’application qui a demandé à ses utilisateurs s’ils préféraient « gifler Rihanna » ou « cogner sur Chris Brown », en référence à l’incident de 2009 où Brown a admis avoir commis des violences à l’encontre de la chanteuse.

 

Rihanna a rapidement réagi en interpellant Snapchat sur Instagram, avec ces mots : “J’aimerais appeler ça de l’ignorance mais je sais que vous n’êtes pas à ce point stupides. Vous avez dépensé de l’argent pour susciter quelque chose qui ferait intentionnellement honte aux victimes de violence domestique et vous l’avez tourné en dérision.” L’incident a finalement coûté 800 millions de dollars à l’application et a fait chuter sa note de 3,8 à 1,8.

 

Au vu de tout cela, devrions-nous commencer à remettre en question la propriété et le contrôle des données numériques personnelles que nous partageons quotidiennement sur les médias sociaux ? Après les avertissements venus de jeunes intellectuels comme Egveny Morozov (chercheur invité à l’Université de Stanford et l’une des premières voix ayant sensibilisé le public à ces questions), il semble que de plus en plus de gens parmi nous commencent à réaliser que “lorsqu’un service est gratuit, c’est nous qui en sommes le produit”.

 

Et suite à la violation de données survenue chez Facebook, il est probable que l’avenir de certains de nos médias sociaux autrefois tant aimés est à présent incertain. Nous sommes de plus en plus nombreux à comprendre que nous traversons l’une des époques les plus marquantes en termes de propriété et de contrôle de nos données personnelles, et que nos craintes relatives à des utilisations néfastes de notre identité numérique sont de plus en plus justifiées.

 

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