Le guide ultime des films féministes du Moyen-Orient les plus importants

Habibi Collective créent une liste de rôles féminins badass

bySarah Ben Romdane

Le cinéma, comme la société, est encore dominé par les hommes. Grâce aux réseaux sociaux, les femmes créent des espaces de soutien qui défient les structures patriarcales qui règnent dans l’industrie en célébrant l’art féminin. L’Irlandaise-Iraquienne Roisin Tapponi, fondatrice du Habibi Collective, le compte Instagram qui célèbre des films féministes cultes en fait partie.

 

Tapponi a passé son enfance à regarder avec obsession des films toute seule, assise par terre, dos contre le radiateur, avec un plaid “parce que le Wi-Fi ne captait pas dans ma chambre” dit-elle, jusqu’en 2015, lorsqu’elle a finalement réalisé qu’elle n’avait quasiment pas regardé de films avec des rôles principaux féminins.

 

C’est comme ça qu’est né Habibi Collective, son projet d’archives visuelles, et compte Instagram qui célèbre les films féministes du Moyen-Orient. “Moyen-orientale est un terme occidentale”, dit-elle avant d’ajouter, “tant d’artistes aujourd’hui sont à la fois occidentaux et orientaux, et la pluralité de cette coexistence, croisement et double-présence est quelque chose que j’ai toujours eu envie d’explorer”. Malgré l’appellation “Habibi”, le travail de Tapponi dépasse les frontières. Elle est intrinsèquement fascinée par la mondialisation et ses effets sur les gens et la culture, elle observe le rôle que les films jouent dans un monde complexe et “comment les artistes répondent au sentiment de déracinement”, explique-t-elle.

 

Mais ce qui, manifestement, passionne le plus Tapponi, c’est la manière avec laquelle le cinéma interroge le regard féminin. Elle a naturellement senti que c’était son devoir de «brosser l’histoire à contre-courant», en mettant en lumière l’histoire cinématographique de la région. Il y a beaucoup d’actrices incroyables au Moyen-Orient, comme Soad Hosny par exemple. Mais si je me souviens bien, elle est apparue dans au moins 80 films entre 1959 et 1991 et aucun de ceux là n’était dirigée par une femme », dit-elle. Moufida Tlatli, la première femme arabe à avoir réalisé un long métrage dans le monde arabe, et la première réalisatrice qu’elle a partagée sur la page Instagram de Habibi Collective, a été la première réalisatrice qu’elle a regardée.

 

MILLE a rencontré Tapponi pour qu’elle nous révèle les 5 films féministes les plus importants du monde arabe.

 

The Silences Of The Palace – (1994), Moufida Tlatli

 

“Un beau film par l’un des plus grandes cinéastes du Moyen-Orient. Ce film expose la servitude sexuelle et sociale des femmes dans un palais pendant le protectorat français dans les années 1960 en Tunisie. Je pense que ce film est important car il donne une voix critique aux femmes qui, au cours de l’histoire du Moyen-Orient, ont été avortées et réduites au silence par leurs maris. Comme Les Filles de Mai Zetterling (1958), qui suit trois actrices suédoises réécrivant la pièce classique d’Aristophane Lysistrata, et les très amusantes Daisies de Věra Chytilová (1966), qui place le cinéma tchèque au cœur de la nouvelle vague,  permettant aux femmes de remettre en question leur propre rôle tout en étant un très beau film en même temps. De plus, la bande son frappe et elle met en vedette la super talentueuse Ghalya Lacroix, qui a également écrit La vie d’Adèle!”

 

Persepolis – (2007), Marjane Satrapi

 

«C’est le premier film du Moyen-Orient dont je me souviens qu’il a été adopté par la culture de la jeunesse occidentale ou du moins par celle de la ville où je vivais. Je pense que Persepolis est important car ce n’est pas l’histoire d’une fille amoureuse du punk qui veut échapper à son pays, mais plutôt l’histoire d’une fille qui souhaite ardemment que son pays bien-aimé revienne à ses jours plus libéraux avant la guerre Iran / Irak. J’aime aussi le croisement entre cinéma et art graphique (et musique punk), Satrapi étant également une artiste graphique de premier plan. Cette fusion des cultures et des médiums est importante car elle contribue à ce qu’une de mes idoles, Laura Mulvey, a tenté d’établir en 1977 en s’efforçant de créer un langage cinématographique spécifique à la femme avec «Riddles of the Sphinx», et Pina Bausch (une autre de mes grandes idoles pour qui j’ai fait un véritable autel dans ma chambre) a également essayé de le montrer dans son film de danse de 1990 «Die Klage der Kaiserin». C’est comme ça que le cinéma est un moyen pour une femme d’expérimenter à travers une pluralité de lentilles artistiques, et qu’il trouve désormais sa place dans le courant dominant. « 

 

Scheherazade’s Diary – (2013), Zeina Daccache

 

«Ackerman était l’une des seules femmes cinéastes que je connaissais. La théâtralité de sa performance ouvre un discours entre le théâtre et le cinéma, plus développé dans Le journal de Scheherazade de Zeina Daccache, où Daccache enregistre le processus de répétition des prisonnières Arabed. Ce documentaire étonnant examine le quotidien de la vie carcérale féminine au Moyen-Orient et explique comment le théâtre pour femmes détenues peut être utilisé comme force productive».

 

Measures of Distance – (1988), Mona Hatoum

 

«Un court métrage révolutionnaire de l’artiste et sculptrice Mona Hatoum. L’audio révèle une conversation entre Mona et sa mère ; sa mère parlant ouvertement de sexualité et des objections de son mari aux images  intimes qu’Hatoum a prises de sa mère qui prenait une douche. Ce que le spectateur reçoit, c’est une fenêtre sur le lien mère-fille extrêmement étroit, tout en abordant les sujets du déplacement, de la désorientation et de l’exil. Comme l’a écrit Hatoum dans Mona Hatoum 1997, «Dans cet ouvrage, je tentais d’opposer à l’identité fixe qui est généralement impliquée dans le stéréotype de la femme arabe comme passive, la mère comme être non sexuel. Le travail est construit visuellement de manière à ce que chaque image parle de proximité littérale et de distance implicite. »

 

Tell Me The Story of All These Things – (2016), Rehana Zaman

 

“Plusieurs fils narratifs rassemblent des conversations intimes entre l’artiste et ses deux sœurs, tandis que le travail expérimental de Zaman défie les structures de pouvoir à travers une approche sensorielle. Il s’agit d’activer l’action féminine à travers des pratiques d’images en mouvement et de célébrer le plaisir féminin à travers une conversation honnête entre trois femmes.”

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