Ce film de Haifaa Al Mansour est une ode à l’amour de soi

La réalisatrice saoudienne nous parle de Nappily Ever After et de sa place à Hollywood

bySarah Ben Romdane

Il y a quelque chose de fondamentalement féministe dans les films de la  réalisatrice saoudienne Haifaa Al Mansour. Qu’ils soient tournés à Riyad, à Atlanta ou au 19ème siècle en Angleterre, les audacieux personnages féminins de la réalisatrice partagent une passion et une détermination indescriptible qui transcendent toutes les notions de genre ou d’ethnicité.

 

En 2012, la réalisatrice saoudienne Haifaa Al Mansour a réalisé son premier long métrage, salué par la critique mais controversé, Wadjda. À cette époque, Wadjda n’était pas seulement le premier film d’Al Mansour, mais le premier film réalisé par une femme en Arabie saoudite. Afin de respecter les règles strictes concernant les femmes dans les espaces publics, le tournage était presque impossible – Al Mansour se rappelle avoir dû se cacher dans une camionnette et communiquer avec son personnel à l’aide de talkie-walkies.

 

Mais six ans plus tard, Al Mansour s’est forgée une solide réputation dans l’industrie, tant dans son pays qu’à l’international. Elle a récemment réalisé un biopic de Mary Shelley et a été choisie pour réaliser The Perfect Candidate, un film sur une femme médecin qui se porte candidate aux élections municipales et le premier film soutenu par le conseil national du film nouvellement créé en Arabie saoudite alors que le pays vit une vague de réformes sans précédent.

 

Le 21 septembre est sorti son premier film Netflix Nappily Ever After, une rom-com sur l’amour de soi, basée sur le livre best seller de Trisha R Thomas. Le personnage principal, Violet (interprété par Sanaa Lathan) apparaît comme une femme à succès, qui voit sa vie parfaite se briser soudainement après avoir rompu avec son petit ami. Le film explore son parcours et suit sa relation avec ses cheveux, alors qu’elle essaie de tout reconstruire, de se trouver et de s’accepter, en se rasant la tête après des années passées à se lisser les cheveux.

 

 

Bien que le film soit léger, il aborde néanmoins avec subtilité un sujet fondamental qui touche d’innombrables femmes qui se sentent obligées de se conformer aux normes de beauté occidentales pour se sentir belles.

 

MILLE a rencontré Al Mansour pour savoir ce qui l’a motivée à réaliser Nappily Ever After, sa place à Hollywood et le changement social en Arabie saoudite.

 

Vous avez grandi dans un pays où les cinémas ont été interdits jusque très récemment. Comment avez-vous découvert le cinéma et quels sont vos premiers souvenirs de cinéma?

J’ai grandi dans une petite ville avec 11 frères et sœurs. Mon père devait nous calmer et j’ai donc commencé à regarder beaucoup de films. Je me souviens avoir regardé Blanche-Neige et ça m’a fasciné. Il n’y avait presque rien à faire dans ma ville; je m’ennuyais. Regarder des films m’a donné l’impression d’appartenir au monde.



En grandissant, j’ai commencé à faire des courts métrages amateurs avec mes frères et sœurs. C’était l’endroit et le moment où je me sentais vraiment capable d’être ce que je suis.

 

 

Qu’est-ce qui vous pousse à faire des films et à raconter des histoires?

Je n’ai pas vraiment de mission. Je suis passionné par les films, en faire me rend heureuse. Mais je ne veux pas être invisible, ça c’est important pour moi. Grâce au cinéma, je peux partager tout ce que je veux au monde entier. Je veux que les gens connectent à mes films et y réagissent. Je veux aussi montrer des personnages féminins forts. Je suis très attachée aux femmes qui prennent contrôle de leur destin, qui l’emportent quoi qu’il arrive.

 

Avec Wadjda, vous avez raconté l’histoire d’une saoudienne. Dans Nappily Ever After, vous racontez l’histoire d’une femme afro-américaine. Comment vous êtes-vous identifié avec elle?

Ce film est une grande déclaration sur l’ethnicité. Les cheveux n’étaient qu’une métaphore, à travers laquelle on raconte une histoire d’acceptation. En tant que femme saoudienne, je m’identifie totalement à elle. En Arabie saoudite, il faut avoir de beaux cheveux longs et soyeux. C’est tout ce que vous voyez dans les publicités. Nous devons tous apprendre à être nous-mêmes et à construire une âme.

 

Pourquoi pensez-vous que parler de la représentation est important aujourd’hui?

Tout simplement parce que le monde devient de plus en plus divers. Les standards ne peuvent plus être universels. C’est formidable que les gens le reconnaissent enfin et fassent la promotion de la diversité. Alors que les hommes blancs d’âge moyen dominaient l’industrie, il n’y a jamais eu autant d’opportunités pour les femmes à Hollywood qu’aujourd’hui.

 

C’est donc le bon moment pour être à Hollywood quand on est une réalisatrice saoudienne?

Oui, je me sens très chanceuse de pouvoir faire mon entrée  à Hollywood à cette époque où les gens recherchent des voix diverses. Il y a beaucoup de bons sujets et de personnages intéressants. Les femmes cinéastes peuvent maintenant mener des projets et des budgets énormes, ce qui n’a jamais été le cas auparavant. Mais nous n’y sommes pas encore complètement; la route est longue.

 

Avez-vous peur d’être essentialisée?


Je reçois un grand nombre de scripts, et ils ne concernent pas seulement les filles musulmanes qui brisent les frontières. Je n’aime pas être mise dans une boîte et je ne me restreindrai pas. Il est vrai que les gens ont tendance à vous associer à des histoires particulières, mais la réalité est qu’il est important pour moi de raconter ces histoires.

 

Beaucoup de choses ont changé dans votre pays depuis le début de votre carrière. Que pensez-vous des récentes réformes progressistes?

L’Arabie saoudite traverse de beaux moments. Les femmes peuvent maintenant conduire et l’art est célébré. Encourager la liberté dans les arts et la culture est fondamentale et cela aura une grande influence sur la société. Je suis super excitée.

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