L’architecte égyptien qui résistait à la mondialisation

Hassan Fathy voulait préserver les traditions à tout prix

byLucio Frigo

L’esthétique de Hassan Fathy et les inspirations sociales derrière son travail se cachent tant derrière l’énergie désespérée des hommes assis sur les terrasses de café dans la périphérie du Caire que dans les regards des femmes qui arpentent les médinas de Fès ou de Tripoli.  

 

L’utilisation que fait cet architecte égyptien des techniques traditionnelles et des matériaux locaux fait toujours l’objet d’études académiques dans le monde entier par des jeunes designers en quête d’un nouveau langage architectural. L’architecture de Hassan Fathy est solaire et communautaire tout en restant modeste et basique, à l’image du monde arabe traditionnel qui l’a inspiré.

 

Fathy est tombé amoureux des traditions de l’Egypte antique et de son peuple ; il a consacré sa vie à la poursuite d’une idée : comment exploiter le langage architectural d’un pays dans le but de raviver “la foi d’un peuple dans sa propre culture”.

 

La ville de New Gourna, construite à côté de Louxor entre 1945 et 1948 (là où le gouvernement égyptien a relocalisé plus de 20000 pilleurs de tombes qui ont pillé la vallée des rois pendant plus d’une décennie), est probablement un de ses projets les plus importants. Son œuvre de New Baris, dans le centre du pays a été bâtie pour accueillir 250 familles attirées par la perspective d’un puit nouvellement découvert qui aurait pu irriguer des milliers d’hectares de terres arides. Le choix de matériaux locaux et de faire participer des villageois dans la conception de leur propre maison a permis de rendre ses projets économiquement indépendants de tout import tout en conservant une unicité architecturale et le mode de vie des locaux.

 

 

Les brillantes idées et les superbes designs de l’architecte visionnaire n’ont pas toujours permis l’émergence de véritables communautés. Plusieurs des maisons de New Gourna sont restées vides pendant des années, les habitants n’étant pas disposés à y emménager. Dans sa soif de protéger les locaux de l’influence du monde moderne, Hassan Fathy leur a offert des solutions qui limitaient leur liberté.

 

Certaines de ces solutions, comme les  dômes en torchis peu couteux qui sont disséminés dans New Gourma, ont été considérés comme profanes, tandis que d’autres comme une perte d’espace (certaines des cours très élégantes crées par Fathy sont devenues des étables). Plus représentatif encore, Fathy a refusé d’acheminer l’eau jusqu’à certaines maisons pour que les villageois puissent conserver leurs rituels traditionnels. Cette approche à la fois romantique et paternaliste s’est avérée vouée à l’échec dans notre ère hyper connectée.

 

 

Si vous ouvrez une fenêtre à Beyrouth, Jeddah, Amman, Tunis ou Le Caire, ce que vous verrez sera certainement plus influencé par les “maisons dominos” pensées par Le Corbusier que par l’architecture arabe traditionnelle: une grande densité et des construction souvent inachevées, faites de blocs de ciment qui sont devenues communes dans nos villes, malgré les efforts de Hassan Fathy et d’autres de ces contemporains éclairés comme Ramses Wissa Wassef.

 

L’intution qu’a eu Fathy d’encourager les communautés à construire en s’adaptant à leur réalité par le biais de matériaux locaux et en prêtant attention à l’environnement, constitue une riche source d’inspiration pour les designers contemporains. Issus d’une première vague de mondialisation où la construction requérait des pièces standardisés (produites en grande partie dans les pleines industrielles de l’Occident ou de l’Extrême Orient), une nouvelle vague d’architectes a conquit le monde, parmi eux Francis Kéré et Wang Shu qui, avec des ingénieurs, s’adaptent aux nouvelles technologies (biomatériaux et impressions 3D).   

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