Les influenceurs devraient-ils se politiser?

Ou pas?

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Soit on les déteste, soit on les adore. Et si on est vraiment cynique, on est horrifié de les voir partout. Dans la nature, vous les avez probablement croisés : parfaitement manucurés, toujours avec un appareil photo en main.

Il ne faut en aucun cas négliger leur expertise. Quel que soit le domaine, se constituer une audience n’est pas une mince affaire, et il est encore plus difficile de capitaliser dessus. Prenez Huda Kattan par exemple, elle a construit Huda Beauty en grande partie grâce à Instagram et est devenu la marque de cosmétiques la plus prisée du monde, battant à plates coutures des marques historiques comme MAC, et gagnant à grand mérite son titre de magnat. 

Apprende à ignorer les haters fait également partie du travail d’un influenceur. Le plus souvent, c’est en réponse à un tuto ou à une publicité publiée en story Instagram. Mais même si c’est le cas de plusieurs milliers d’influenceurs, tous ne se limitent pas aux pubs.

Si ce n’est certainement pas le cas pour la plupart, les influenceurs d’aujourd’hui se retrouvent dans des eaux chaudes après avoir partagé leurs opinions politiques. Non pas que les commentaires virulents soient une nouveauté, mais au début de l’ère des influenceurs, ça restait rare. Le rôle d’un influenceur était simple, même pas complètement défini. Le monde n’avait pas encore décidé de leur titre, allant de « blogueur » à « créateur de contenu » avant que nous nous décidions à les appeler « influenceurs », un terme assez vague pour englober tant leur capacité à attirer leur public que le côté plus niche de la chose. Et au fil du temps, nous les avons acceptés comme un élément de base de notre tissu social moderne.

Mais le rôle d’un influenceur doit-il s’arrêter à sa spécialité ? Kattan s’est joint aux foules ces dernières semaines pour parler du conflit en cours à Gaza sur les réseaux sociaux, pointant Israël du doigt pour les expulsions forcées de Palestiniens à Sheikh Jarrah.

« Il se passe de telles injustices actuellement en Palestine. J’espère que vous avez tous eu la chance d’acheter votre propre maison, je l’ai fait récemment. Je ne peux pas imaginer que quelqu’un entre dans la maison que j’ai construite, me dise que je dois partir et me la voler », a-t-elle déclaré dans une vidéo.

En publiant cette vidéo, l’influenceuse irakienne s’est sans doute mise en danger d’être accusée d’antisémitisme comme ça a été le cas pour Bella Hadid lorsqu’elle a exprimé sa solidarité avec les Palestiniens. Mais ce faisant, Kattan a réussi à éviter l’autre côté: être pointée du doigt pour s’être tue, ce qui aurait risqué de lui faire perdre des followers, notamment ceux du monde arabe.

Ici dans la région, peu ont pris ce risque. L’influenceuse saoudienne Alaa Balkhy a refusé de rester sur la touche, interrompant son contenu habituel pour délivrer à ses 167 000 abonnés des messages incessants sur la situation en Palestine. Tout comme Maria Alia, qui est d’origine palestinienne, avec ses 419 000 abonnés.

« À ce stade, je ne me soucie vraiment pas du fait que mes messages puissent sembler trop « politiques » pour les marques ou les abonnés », a-t-elle déclaré dans une interview.

L’influenceuse libanaise Lana El Sahely, qui compte 535 000 abonnés, a adopté une approche similaire. Pour El Sahely, plaider des causes est une de ses responsabilités en tant qu’influenceuse.

« J’ai récemment été très active par rapport à la cause palestinienne. Et j’ai immédiatement posté un avertissement qui énonçait que quiconque n’était pas d’accord avec ma position pouvait immédiatement se désabonner. Il n’a jamais été question du nombre d’abonnés pour moi et ce ne sera jamais le cas. Il s’agit d’être fidèle à mes principes »

Mais leurs publics ne voient pas nécessairement au-delà de leurs publications habituelles. « Je ne comprends pas pourquoi les influenceurs sont mis sur un tel piédestal et je ne pense certainement pas que ce soit leur responsabilité », m’a récemment dit un ami. « Même si compte tenu de leur niveau de présence et de l’influence qu’ils ont sur les gens, je ne nierai pas que leur appui peut mettre en lumière certains sujets qui étaient largement dans l’ombre », a-t-elle poursuivi.

La question de savoir si la responsabilité de défendre ou de partager des opinions politiques incombe ou non à aux influenceurs restera probablement à débattre. Mais le vrai danger se situe dans les limites de leur connaissance. Que se passe-t-il lorsqu’un influenceur n’est pas éduqué en la matière ? Avec leur portée et leur influence, cela pourrait-il faire plus de mal que de bien ?

Comme le dit El Sahely : « Nous devons à notre audience de partager des opinions politiques mais dans les limites du respect. Et SEULEMENT si nous avons suffisamment de connaissances en la matière. Il ne faut jamais surfer sur la vague. Nous devons en savoir autant que possible pour pouvoir communiquer les bonnes informations. »

 

 

Image: Lana El Sahely

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