Les influenceurs ont-ils une responsabilité sociale ?

On a demandé aux it-girls de la région ce qu’elles en pensent

byAmina Kaabi

Depuis le récent incident de Sondos Alqattan, le débat sur la responsabilité sociale des influenceurs a fait couler bien de l’encre dans toute la région.

 

La question de savoir si ceux qui ont un très grand nombre d’abonnés sur les réseaux sociaux devraient ou non maintenir un certain degré de conscience par rapport à ce qu’ils postent n’a rien de neuf. À l’échelle internationale, beaucoup ont reçu des réactions violentes après avoir fait quelconque commentaire offensant – en plus des marques, qui elles aussi, sont plus sévères avec les influenceurs problématiques.

 

Janvier a vu la chute de Miroslava Duma après avoir posté un message en provenance de son amie et designer Ulyana Sergeenko d’origine kazakh et dans lequel on pouvait lire le mot en N. Le commentaire de la rédactrice russe, icône de la mode, n’a pas manqué d’en outrager plus d’un et tout le monde, de Naomi Campbell à des créateurs de renommée, exprimant en public leur colère et indignation face à ses commentaires offensifs.

 

Le scandale aura coûté à Miroslava Duma sa réputation et son travail. Elle même a fini par abandonner son poste à Buro 24/7, le média digital qu’elle a co-fondé en 2011, et a même vendu les actions qu’elle y avait.

 

Le monde arabe n’a jamais connu, depuis l’aube des réseaux sociaux, un incident pareil. C’est peut-être parce que les influenceurs régionaux n’ont jamais cherché à faire de vagues, ou alors parce que la culture du call-out ne s’était toujours pas installée chez nous ?

 

En tous cas, les récents commentaires discriminatoires de Sondos Alqattan envers les travailleurs migrants philippins ont été un point de non-retour dans l’idée que la région se fait des influenceurs et un test envers leur degré de responsabilité sociale que le monde arabe délègue à ceux qui le représentent.

 

Sondos Alqattan est restée fidèle à ses commentaires et a posté une déclaration qui n’avait rien d’une excuse et qui a engendré une vague de critiques supplémentaires menant les marques à rompre leurs liens avec elle.

 

Cependant, il est intéressant de remarquer que ses 2,3 millions d’abonnés ne semble pas avoir bronché, et que, étonnamment, la bloggeuse semble avoir encore davantage de likes sur ses photos les plus récentes, ce qui questionne la position du monde arabe sur la migration ouvrière dans le GCC.

 

Si la réponse à cette question soit une quête complexe, nous avons décidé de nous demander si les influenceurs devaient ou non utiliser leurs plateformes pour le bien commun. Nous avons donc demandé à certains des plus connus de la région de nous dire comment ils se positionnent par rapport à la question:

 

Comment avez vous réagi à la vidéo de Sondos ?

 

Najla Gün:

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J’étais tellement en colère, j’étais choqué par son assurance. Je suis perturbé par ses explications et par le fait qu’elle se sente en droit à la maltraitance d’êtres humains.

 

Diala Makki

Ce qui m’a mise très en colère c’est de voir (à l’heure où l’on se bat pour l’égalité des genres, les droits de l’homme, le droit des femmes, l’égalité des salaires et d’autres grandes causes) une femme musulmane voilée originaire du golfe s’opposer aux droits les plus élémentaires d’un être humain.

 

Enjy Kiwan:

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Il est évident que je respecte le droit qu’a chacun d’avoir sa propre opinion, cependant lorsqu’il s’agit de quelque chose d’aussi indiscutable qu’un droit humain, voir des gens qui se sentent si à l’aise en exprimant de telles opinions, me rend triste surtout parce que tellement de jeunes filles la suivent et s’inspirent d’elle.

 

Did you publicly voice an opinion about it?

 

Najla: Oui, j’ai posté sur mes story Instagram et sur Twitter, avec la vidéo où elle tient ces propos pour que les gens puissent voir qu’il ne s’agissait pas d’une déformation médiatique de sa parole mais des choses qu’elle a vraiment dit.

 

Diala: Je n’ai jamais tenu de propos péjoratifs en public à propos d’aucun influenceur, mais en tant que journaliste je crois avoir la responsabilité, face à la société, de pointer ce qui est juste et ce qui ne l’est pas. Ma réaction a été immédiate.

 

Enjy: Je ne me suis pas exprimé publiquement parce que je ne me sens pas le droit de critique l’avis d’un tiers. Là,  j’en parle parce qu’on me l’a demandé, si on m’avait demandé d’en parler, je l’aurai fait. Cependant, je ne me sentais pas en droit d’aller sur Instagram et d’en parler.

 

Pensez-vous que le retour de bâton a été juste, modéré ou n’était pas mérité ?

 

Najla: Apparemment, elle n’en a toujours pas senti le contre coup parce qu’elle ne semble toujours pas considérer que ce qu’elle disait était inhumain et ignare.

 

Diala: Le retour de bâton qu’elle a subi était modéré. Ce qui me dérange c’est que les autres influenceurs de la région choisissent de rester silencieux parce que ce sont des influenceurs qui se soutiennent aveuglément les uns les autres pour le bien de leur following et non le bien du plus grand nombre.

 

Enjy: Je crois que le contre coup a été juste parce qu’en ayant autant d’abonnés, les gens doivent se rendre compte qu’il n’est pas possible de parler d’être humains de cette façon, on parle de droits humains et ca ne devrait pas être discutable.

 

Pensez-vous qu’il est de votre responsabilité de personnalité publique d’exprimer vos opinions sur des sujets sociaux sur vos plateformes ?

 

Najla: Absolument, qu’on le veuille ou non. Si vous avez une grande audience, vous avez aussi une responsabilité importante lorsqu’il s’agit d’exprimer vos opinions, pas seulement pour ne pas heurter votre propre image mais aussi les autres influenceurs du Moyen Orient. Ca peut aussi avoir un impact sur les vies d’autres personnes.

 

Diala: Le fait d’avoir une plateforme signifie que l’on peut changer des politiques publiques, on peut faire changer les lois. On a une voix, et nous avons la responsabilité de prendre la parole lorsque quelque chose va de travers. Cela m’affecte beaucoup personnellement, parce que ça fait quelques années que je travaille avec une fondation à Dubaï pour les femmes et les enfants ainsi qu’avec UN Women pour que la voix des moins chanceux d’entre nous soit aussi entendue.

 

Enjy: Oui, je crois que nous avons en effet cette responsabilité de nous exprimer sur des sujets d’ordre social. Il est important de sensibiliser et de lever des fonds pour les catastrophes naturelles, les guerres etc. S’il s’agit d’une action concrète, oui, il en va de ma responsabilité, cependant, j’essaye de rester à l’écart des opinions négatives, ce n’est pas le genre d’influence que je veux avoir sur les gens qui m’admirent.

 

Utilisez-vous votre plateforme pour confronter différents points de vue ?

 

Najla: Oui, tout à fait, je suis passionnée par le féminisme et je n’ai pas peur d’exprimer mon opinion, de parler haut et fort et de pointer du doigts ceux qui vont trop loin.

 

Diala:  Totalement. J’ai couvert le sommet des Nations Unis pour les femmes, j’étais la seule femme moyen-orientale à le couvrir et malheureusement, il y a encore tellement de sujets sur lesquels il faut sensibiliser les foules. Lorsqu’on a une audience de 2 millions de followers, il est naturel qu’on soit responsable face à ceux qui nous suivent. On ne peut pas tenir des propos inhumains et ne pas s’attendre à en subir les conséquences. J’ai posté à propos de Sondos en sachant que ça aurait pu remettre en question mes contrats avec les marques. En tant que journaliste, j’avais le devoir d’en parler.

 

Enjy: J’use de ma plateforme pour confronter des points de vues divergeant mais j’essaye de le faire en légèreté, rien de trop politique, pas de religion. Je parle de relations humaines, de vie quotidienne, d’élever ses enfants. Je me suis rendu compte qu’inclure les relations humaines dans le contenu que je propose enthousiasmait mon publique. C’est aussi une façon pour l’audience de mieux comprendre qui on est.

 

Quelles sont les causes qui vous animent ?

 

Najla: Le féminisme. J’en parle beaucoup, sur toutes mes plateformes.

 

Diala: L’inégalité des genres. C’était l’un des principaux sujets du dernier sommet des Nations Unies. La campagne #METOO est très populaire, et ça fait partie de notre travail en tant que célébrités de garder ce sujet au centre de l’attention et de raconteur des histoires qui feront bouger les choses.

 

Enjy: J’ai envie d’ouvrir mon propre orphelinat en Égypte. Je voudrais rendre le monde meilleur par le biais de la philanthropie. C’est pour cela que je travaille avec l’UNICEF. J’aimerais rendre l’éducation accessible à tous les enfants, et leur donner un avenir meilleur.

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