Portraits intimes des travailleurs domestiques de Beyrouth

Aline Deschamps est la photographe qui se bat pour que les travailleurs domestiques soient entendus

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L’impact du coronavirus a été considérable, non seulement sur le plan sanitaire, mais aussi sur le plan économique. Dans de nombreuses villes à travers le monde, le confinement a révélé de profondes fractures sociales.

Associée à la crise économique actuelle, la pandémie a été un revers désastreux pour les travailleurs domestiques libanais. C’est pourquoi la photographe documentaire Aline Deschamps, basée à Beyrouth, a décidé de faire campagne pour que leur voix soit entendue.

Le Liban compte plus de 250 000 travailleurs domestiques asiatiques et africains, qui sont employés dans le cadre du système Kafala, un système d’exploitation qui leur refuse la protection du travail. En étant exclus du droit du travail libanais, leur résidence légale dépend de leurs employeurs.

Selon Amnesty International, beaucoup d’entre eux sont également victimes de violences verbales et physiques, et se voient souvent confisquer leur passeport.

Avec les mesures de quarantaine qui enferment les gens chez eux, les travailleurs domestiques à plein temps ont été contraints de travailler des heures extrêmes et n’ont plus eu le droit à leur jour de repos habituel, de peur de ramener le virus au foyer. Les travailleurs domestiques qui ne sont pas liés à un seul employeur ont été licenciés et privés de salaire et de soins médicaux, en pleine pandémie mondiale.

Ayant toujours été passionnée par la documentation des questions relatives aux droits de l’homme, la photographe Deschamps, 28 ans, s’est installée à Beyrouth le 18 octobre, le tout premier jour de la révolution libanaise. Mais très vite, l’expérience douloureuse de la plupart des travailleurs domestiques a attiré son attention. « Lorsque l’épidémie de Covid-19 a commencé, j’ai pensé que c’était le bon moment pour de documenter la manière dont les plus vulnérables, y compris les travailleurs migrants et domestiques, faisaient face au confinement », dit-elle.

“Je voulais me focaliser sur l’histoire des femmes de Sierra Leone car ce sont elles qui se trouvent dans la situation la plus démunie. Je voulais aussi les faire connaître parce que leur communauté est proportionnellement très petite par rapport aux autres diasporas de Beyrouth, et surtout parce que tout ce groupe de femmes a été victime de trafic d’êtres humains, ce qui n’était pas le cas des autres travailleurs migrants que j’ai rencontrés », dit-elle, se souvenant de la première fois où elle a rencontré ces femmes, qui étaient obligées de rester dans une minuscule pièce avec 15 autres femmes, avec rien d’autre que quelques matelas à partager.

Alors que les employées domestiques se rendent au Liban dans le but d’envoyer de  l’argent à leur famille restée au pays, la crise économique et l’hyperinflation du Liban transforment leurs projets en un rêve lointain. « Des pays comme les Philippines ont entamé le processus de rapatriement de leurs employées de maison, avant même l’épidémie de Corona », explique Deschamps avant d’ajouter : « dans le cas des femmes sierra-léonaises, elles n’ont nulle part où aller. Sans ambassade ou consul au sol, même si elles parviennent à obtenir un billet d’avion, ces femmes seraient bloquées à l’aéroport ».

Après avoir lancé une campagne de collecte de fonds en ligne pour soutenir leur rapatriement, Deschamps fait monter la pression pour aider la campagne #sendthemhome à acquérir une plus grande visibilité. « Nous faisons campagne pour que les autorités se réveillent et soutiennent ces travailleurs migrants dans leur retour volontaire” ajoute-t-elle.

Après avoir passé des mois à documenter leur vie quotidienne, ses photos lentes, paisibles et joyeuses offrent une nouvelle vision des travailleurs domestiques qui contemplent son objectif. Bien qu’elle veille à ne pas effacer la souffrance de leur histoire, Deschamps veut aussi célébrer quelque chose qui leur est si souvent refusé : la joie des Noirs.

Lucie, une des femmes sierra-léonaises, a dit à Deschamps qu’elle aimerait écrire une chanson pour aider à sensibiliser les gens. Deschamps a accepté de tourner le clip, tandis que Lucie a écrit et interprété sa chanson intitulée Bye and Bye. « C’est une lettre d’amour d’adieu à ses enfants qu’elle avait perdu l’espoir de retrouver », dit la photographe avant d’ajouter, « ce genre de projet est très important car il permet de changer la façon dont les travailleurs domestiques et les femmes noires sont perçus dans le pays grâce à leur talent et leur créativité ».

Tournée dans leur maison et dans les rues de leur quartier à Tariq el-Jdide, Bye and Bye exprime un refus d’être rendu invisible. Et grâce à Deschamps, ils se sentent non seulement vus, mais entendus.

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Thewanthdean means « United sisters » or « One sisterhood » in Sierra Leone. That is how this group of domestic workers from Sierra Leone, stranded in Lebanon, chose to name their band to highlight their spirit of resilience and sisterhood. « Bye and Bye » is entirely written and performed by them. It is a song made by domestic workers, for domestic workers. Lucie, the lead-singer of the group, also wrote this song as a love and goodbye letter to their children they have lost hope of reuniting with. Due to the the current political and economic context in Lebanon, these women feel trapped in the country. They are currently over thirty living under the same roof in Tariq el-Jdide district. Most of their neighbors are Palestinians (you can see them spontaneously clapping at the end of the video.) After experiencing diverse types of abuses from their employers, these women are desperately seeking to go back home. To know more about their story, please read our article published in April 2020 : https://www.africasacountry.com/2020/04/fear-and-solidarity In July 2020, all these women are still waiting for repatriation. You can support their voluntary returns by sharing the video and/ or support this fundraising: https://fundrazr.com/relief_domesticworkers_lebanon All links are in the YouTube description of the video. Thank you for your support 💛 // Song written by : Lucy Turray Performed by : Thewantdean Shot, edited and directed by : @alinedeloscampos Director Assistant and creative advisor : @pfargues Recorded by : @carl.ferneine Music production : Liam Toohey Arabic subtitles : @thisislebanon961 Special thanks to everyone who gave time, donation, food, clothes and care to support these women.

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