A la rencontre de l’artiste libanais qui balaie les stéréotypes de genre

Khansa brise les règles par amour des rêves

byFeride Yalav-Heckeroth

En 2014, Khansa, dont le vrai nom est Moe Khansa, est monté sur scène lors d’une convention TED à l’Université Américaine de Beyrouth. Il a demandé au public d’écrire la première chose qui leur venait en tête quand ils pensaient à la danse du ventre. Il a ensuite montré ces feuilles une par une, avec des mots comme « sexy », « femme », « séduction », ou « gay », griffonnés au marqueur rouge.

 

 

Les lumières s’atténuent, la musique commence. Davantage de feuilles de papier flottent sur la scène, comme une neige impénétrable. Khansa commence à danser, l’entièreté de son corps épousant d’une manière extraordinaire chaque variation de musique. Le public vit alors quelque chose qui lui était à la fois familier et inconnu, une danse du ventre traditionnelle, mais exécutée par un homme.

 

“La danse du ventre, c’est la première manière de bouger que mon corps a connue, dit Khansa. Ma mère était la reine des pistes de danse, et chacun prenait place pour la voir danser et appréciait la grâce qu’elle y mettait. Je regardais. J’apprenais. Et maintenant, c’est un langage essentiel que j’essaie d’utiliser en contexte, dans mon travail.

 

Trois ans après cette performance TED, le danseur, chanteur et artiste vient de réaliser, en collaboration avec Mohamad Zahzah, son premier clip vidéo, une sorte d’introduction à son monde : Khayef est une adaptation de « Khayef Akoul Eli fi Qalbi », la chanson du fameux artiste-compositeur égyptien Mohammad Abdul Wahab. C’est l’histoire personnelle d’un garçon qui danse devant sa famille, centrée sur les thèmes de l’identité et la célébration de la diversité.

 

 

C’est à l’université, bien avant qu’il ne monte sur scène, que son professeur de chant, Leila Dabaghi, a aidé Khansa à trouver son centre d’intérêt : « Mon professeur m’a appris que la danse et la musique sont compatibles. La compréhension de la relation sensorielle entre le corps en mouvement, le son et le rythme a fait évoluer mon premier rapport à la composition musicale vers un niveau différent de la théorie et la pratique. »

 

 

Mais outre le domaine du physique, la danse et la musique ont à voir avec la création de rêves, selon Khansa. Des rêves dans lesquels les spectateurs peuvent entrer durant la performance et ressentir inévitablement quelque chose, de bon ou de mauvais. « Quand je danse, j’ai tendance à créer mon propre univers, et c’est avec joie que j’invite le public à en faire partie, dit-il. J’ai toujours voulu partager des rêves dans lesquels les gens savourent l’expérience auditive, rient, pleurent, visitent une transe ou simplement aiment ce qu’ils regardent. »

 

Quoi que ce soit que vous portiez en vous, vous finissez par le ressentir ou le rêver en regardant Khansa, son impact est aussi indéniablement audacieux que sincère. « Je ne sais pas ce que le futur me réserve, mais je sais que je ne cesserai pas de vivre mes rêves, de les partager et de dire ce que j’ai à dire, affirme-t-il, mais pour le moment, il y a tellement de choses dont nous devons parler dans le monde arabe, et une fois qu’on aura fait ça, qu’on aura franchi ce seuil, on pourra sans doute prendre un peu de temps pour tournoyer et trouver une autre dimension, en suivant les étapes de nos plus grandes inspirations. »

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