La photographie de Neïla Romeyssa est une lettre d’amour à l’Algérie

“La capacité de se rappeler nous aide à grandir et à évoluer”

by

Neïla Romeyssa, 21 ans, a commencé à jouer avec la photographie analogique à l’âge de 8 ans. «J’ai toujours aimé l’idée d’immortaliser un moment», dit-elle, «je pense que la capacité de nous souvenir nous aide à grandir et à évoluer». La série, intitulée Point de départ, est axée sur les habitants et les paysages d’Alger et d’Oran, avec un élément distinctement biographique.

«Le concept de point de départ explore la routine à laquelle j’étais habitué, alors que je vivais encore en Algérie. Il fait référence aux images du soleil et de la mer qui nous fait rêver car on veut pouvoir s’en aller de l’autre côté de la rive, cette envie de partir, ce sentiment indécis de « je fais quoi ? je m’en vais ou je reste ? », explique Romeyssa. A 18 ans, elle a déménagé à Paris pour étudier et a été obsédée par la dissection des sentiments liés au fait de partir de chez soi et du concept de l’exil. «Lorsque vous décidez de finalement partir, c’est ces petites choses de la vie quotidienne qui feront les plus grands souvenirs”, poursuit-elle.

Pour Romeyssa, il est clair que l’important pour elle est le pouvoir fondamental que la photographie à de créer des souvenirs. À travers son filtre, qui est enraciné dans ses expériences personnelles, elle transforme les moments quotidiens banals en quelque chose de cinématographique. Et bien que ses photos soient entièrement spontanées, son objectif reflète un sentiment évident de proximité avec son environnement.

«Je suis devenue tellement nostalgique depuis mon départ et j’ai réalisé que c’était un sentiment que beaucoup de gens ont également ressenti», dit-elle. Car bien que l’on ait l’impression que les jeunes Nord-Africains fantasment sur la France, c’est pour la plupart moins un rêve qu’une nécessité. « Je n’ai jamais voulu partir », admet Romeyssa, « mais le système algérien ne convenait pas à mes aspirations. Nous n’avions pas la liberté que l’on voulait. Et tant que les choses ne changeront pas vraiment, nous serons obligés de continuer à s’en aller », a-t-elle ajouté, se référant aux récentes révoltes de jeunes.

Mais quand ils partent, les Algériens sont souvent confrontés à une dure réalité à l’étranger. Ils sont beaucoup plus susceptibles d’être au chômage et, en raison de la représentation négative des musulmans par les médias, ils sont pour la plupart invisibles dans la culture traditionnelle. «C’est vrai, les jeunes Algériens issus de la deuxième ou de la troisième génération sont plus visibles maintenant, mais c’est très rare que nous soyons inclus. Nous sommes totalement absents du récit de la diaspora », dit-elle. Mais Romeyssa a pour mission de changer cela.

Partagez cet article