La créatrice de bijoux iranienne derrière les grilles d’Erykah Badu

A la rencontre de la joaillère de Beverly Hills

byBin Boyer

A Los Angeles, la communauté iranienne fait partie du paysage. En attestent ces monuments de décadence que sont les téléréalités shows comme The Shahs of Sunset et la réplique culte de Clueless, quand Cher parle de la mafia perse : « Tu ne peux pas traîner avec eux, sauf si tu roules en BM… ».

 

Lilian Shalom a grandi à l’épicentre de cette culture, bien que sa curiosité l’ait menée dans les coulisses du rock et campée dans le monde de l’art. Ancienne élève de l’Otis Collège de Los Angeles, c’est là qu’elle a opté pour un design géométrique et naturel qui a guidé l’orientation de son œuvre et l’a mise en lumière.

 

Lillian, depuis toujours, est passionnée de musique, de peinture et de bijoux ; dans son œuvre, elle fait fusionner l’urbain et l’organique. Son esthétique, elle l’a trouvée en fouinant dans les antiquités égyptiennes et la poésie persane. Plus récemment, ses réalisations se sont tournées vers le rétro-bohème, fortement mis en valeur par Erykah Badu, qui possède plus de vingt pièces créées par Lillian.

 

MILLE l’a rencontrée, pour lui demander comment le fait d’être autodidacte a enrichi sa jeunesse, et comment elle en est venue à travailler avec Badu – elle, elle nous a parlé de l’importance de l’art déco et de l’art nouveau.

 

 

Erykah Badu jewellery Lilian Shalom

 

Où as-tu grandi ?

A Beverly Hills, mais mes parents sont iraniens, ma mère est de Téhéran et mon père, d’une ville plus petite, Rasht.

 

Quelle a été l’influence de ta culture sur ton éducation ? As-tu l’impression que c’est ta famille qui a servi de support à ton art ?

Mes parents sont à coup sûr davantage impliqués que d’autres dans notre culture, mais peut-être pas autant que le seraient des Américains. Mais en réalité, je n’ai jamais vraiment été influencée par quelqu’un. J’ai eu à penser les choses par moi-même, qu’il s’agisse des livres, des recherches ou du marché aux puces. J’avais l’habitude d’aller en bibliothèque pour écouter des CD de classique.

 

D’où te vient ton inspiration « art nouveau » ?

Je suis en quelque sorte tombée dedans quand j’étais petite. Je ne savais pas ce que c’était, mais je savais que j’aimais beaucoup, et c’est encore plus vrai maintenant. Mais comme designer, je me centre plus sur l’art déco, parce que c’est plus compréhensible pour les masses. La période de l’art nouveau a été très courte, et beaucoup de gens ne savent même pas ce que c’est… Disons que j’en utilise certains éléments, comme la nature et aussi son côté féminin.

 

Erykah Badu jewellery Lilian Shalom

 

Comment es-tu arrivée à la création de bijoux ?

J’ai toujours collectionné les bijoux, surtout les anciens, qui me fascinent, comme leur histoire et leur signification profonde. J’ai commencé à en créer avec une amie après qu’elle m’ait montré comment les fabriquer moi-même.

 

 

Parlons des insectes, pourquoi les retrouve-t-on dans ton travail ?

Eux aussi je les collectionne, et ça m’a inspirée. Et puis, comme je me documentais sur les anciens bijoux, j’ai vu que les Egyptiens les utilisaient souvent pour orner ceux qu’ils fabriquaient, et l’art nouveau à son tour s’en est inspiré. J’ai juste essayé de les voir à ma façon.

 

Erykah Badu jewellery Lilian Shalom

 

Comment es-tu entrée en relation avec Erykah Badu ?

Une de ses amies lui a montré mon instagram, et elle m’a contactée. Je n’avais pas réalisé au départ que c’était elle. Son amie m’a envoyé un mail, me disant que son amie Erykah était intéressée. Je pensais que c’était pour un magasin et je lui ai demandé si on amie tenait une boutique, et alors elle m’a dit que c’était pour Erykah Badu. Là, j’ai répondu que ça allait le faire.

 

Quels sont les projets que tu as conçus avec Erykah ?

Elle a d’abord pris les Galileo, des sortes d’armures pour les doigts au design déco, dans les différents métaux, le noir, l’argent et l’or. Elle les avait vues en photo et a littéralement flashé dessus. En plus de ça, je lui ai montré le reste de mes réalisations et elle a vraiment aimé mon Nietzsche, la pièce avec les scarabées. A partir de là, on a commencé à réfléchir à des bijoux sur mesure, comme les griffes et les grilles que j’ai faites pour elle. C’est ainsi qu’elle est devenue une des plus grandes collectionneuses de mes réalisations.

 

Sur quoi travailles-tu actuellement ?

Je travaille sur une collection plus minimaliste, aussi minimale que je peux être. Plus de formes organiques, qui m’inspirent en ce moment, là où avant c’était plus angulaire, agressif, pointu, affûté. Je vais plus dans l’art nouveau. Fluide, mais en plus minimal.

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