Comment Mohamed Salah change l’image de l’Islam

“S’il marque encore plus de but, je me converti à l’Islam”

bySarah Ben Romdane

En à peine quelques mois, Mohamed Salah, joueur de foot de 26 ans, est devenu un phénomène international. Il a marqué 43 buts en 49 matchs en une seule saison, amenant ainsi son équipe (Liverpool FC) à la finale de la Champion’s league. Adulé par les fans de football britannique, le buteur ouvertement musulman semble être un facteur de changement pour l’image de sa communauté, dans une Angleterre post-Brexit.

 

Il y a deux ans, le Royaume-Uni a décidé de quitter l’Union Européenne lors d’un référendum historique, qui a engendré une vague  d’attaques islamophobes dans le pays. Tandis que l’administration britannique renforce ses politiques migratoires, il semble au contraire que le football anglais prend un tournant progressiste grâce à la popularité croissante de Mohamed Salah, qui donne un nouveau souffle au débat autour des musulmans dans la société.

 

 

Lorsqu’il marque un but, Mohamed Salah remercie Allah d’un geste de tradition musulmane, une marque de gratitude pour le talent qu’il lui a donné. Les fans de Liverpool, qui ont la réputation d’être particulièrement impliqués, chantent “S’il marque encore quelques buts, je me converti à l’Islam”. Le succès de Mohamed Salah bat en brèche le discours que les média tiennent d’ordinaire sur les musulmans, qui se sentent généralement discriminés et stigmatisés, en particulier lorsque leur appartenance religieuse est trop apparente. Le paradoxe de nos sociétés c’est qu’elles célèbrent la diversité, mais seulement lorsqu’elle est invisible. Les soeurs Hadid par exemple, sont adorés, mais c’est probablement parce que leur mode de vie n’est pas forcément représentatif de leur héritage palestinien et musulman. Pendant longtemps, les musulmans ont ressentis le besoin de s’assimiler, de se fondre dans la masse pour pouvoir s’intégrer. Mais avec ses 16 millions de followers, Mohamed Salah qui affiche son appartenance religieuse et culturelle,  remet en question le status quo.

 

La popularité de Salah dépasse les frontières. À New York, une fresque à son effigie a été peinte à Times Square. En France, où la laïcité est sacrée et où l’identité est un débat qui fait grincer des dents, il fait la couverture de l’Equipe, le fameux média sportif. En Égypte, Mohamed Salah est devenu l’idole d’une jeunesse désenchantée. En Avril dernier, plus d’un million d’électeurs ont rendu leurs bulletins nuls en essayant de l’élire à la présidence.

 

Si nous devons nous réjouir que Salah fasse évoluer la perception que l’on peut avoir des Arabes et des Musulmans, je me demande tout de même si sa célébrité encore récente traduit une évolution concrète des moeurs britanniques, à une époque où l’Islamophobie gagne la sphère politique.

 

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