La scène underground de heavy metal au Maroc en images

Joseph Ouechen capture la subculture très peu connue d’Afrique du Nord

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Ce n’est pas toujours simple d’avouer que l’on a déjà observé notre propre culture d’un regard colonial. Bien que ce soit difficile de se confronter à la réalité des choses, Joseph Ouechen admet l’avoir fait au début de sa carrière.

Mais sa dernière série prouve qu’il a franchi cette étape. Ouechen s’intéresse aujourd’hui à la culture marocaine uniquement connue par les locaux, et la documente.  

La série, intitulée ‘Moroccan Heavy Metal’, révèle un petit groupe de jeunes Marocains qui défient les normes sociales avec la musique qu’ils écoutent, leurs coupes de cheveux et leurs choix vestimentaires. Bien que le mouvement reste relativement petit, le pays nord-africain connaît un renouveau du heavy metal, plusieurs années après qu’un groupe de fans ait été jugé devant un tribunal marocain pour ‘satanisme’ et ‘mise en danger de la foi musulmane’.

Au lieu de renforcer les clichés sur le Maroc, Ouechen s’est donné comme objectif de « créer une plateforme pour la jeunesse ». Selon lui, la poursuite judiciaire des fans de heavy metal est qu’un exemple parmi d’autres des limites de la liberté d’expression des jeunes.

« Il y a quelques années, je ne pouvais même pas porter de jeans skinny sans que les gens ne me regardent bizarrement, » explique-t-il. Mais grâce à des festivals comme celui de Casablanca, « L’Boulevard », de petits changements se sont opérés.

Le festival attire maintenant des centaines de milliers de personnes sur 6 jours, et accueille des fans de heavy metal, mais aussi d’autres genres comme le rap ou le gnaoua.

Nous avons rencontré le photographe pour parler de sa nouvelle série, et de la façon dont le Maroc change pour le mieux.

Vous vivez à Casablanca. Qu’est-ce qui vous inspire tant dans cette ville ?
C’est une ville folle. J’ai visité beaucoup de villes à travers le monde, et dans les villes européennes par exemple, il y a un certain ordre, alors que Casablanca est chaotique. Il faut tracer son propre chemin dans ce chaos. Si vous êtes un visiteur, vous ne saurez pas comment naviguer dans la ville. Casablanca n’anticipe pas l’arrivée d’étranger, elle chérit ses natifs.

Votre travail met en avant différentes subcultures au Maroc, pourquoi avez-vous décidé de vous concentrer sur celles-ci?
Lorsque j’ai commencé le métier de photographe, je regardais le Maroc à travers un objectif exotique. Après je me suis rendu compte que ça n’avait pas de sens, je suis marocain. Je connais la vie de tous les jours, et les difficultés auxquelles les gens font face. Je ne voulais plus prendre des photos de mosquée ou de quartiers traditionnels. Je voulais faire quelque chose de différent. Je voulais partager une perspective différente qui contrecarre l’exotisme dont souffre le Maroc. Je veux changer la présentation du Maroc en matière d’imagerie. Je veux apporter quelque chose de vrai et de cru, et non pas les clichés. 

Parlons du la scène de heavy metal que vous avez photographié au Boulevard Des Jeunes Musiciens Festival.
Je voulais montrer ce qu’il se passe, une nouvelle image qui s’oppose à ce qu’on a l’habitude de voir. Le festival est devenu une plateforme pour de nombreuses personnes différentes les unes des autres. Avant Boulevard, on ne pouvait pas jouer du metal ou de la musique rap. On avait besoin d’un endroit où les gens se sentent en sécurité, où ils peuvent être eux-mêmes sans être jugés.

Est-ce que la scène heavy metal est importante au Maroc ?
La communauté heavy metal est encore minoritaire. Il y a une année où ils ont accusé les musiciens metal de satanisme, et quelques personnes sont allées en prison. Mais aujourd’hui les gens sont plus détendus par rapport à ça, on peut jouer et écouter ce genre de musique.

Après que quelques personnes soient allées en prison pour « satanisme », la situation s’est améliorée au Maroc. Qu’est-ce qui a changé exactement ?
Notre pays est jeune. La population est jeune. Le Maroc s’ouvre au monde. C’est lent, mais ça change.

josephouechen.com

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