NorBlack NorWhite refuse de porter une étiquette ethnique

Cette marque de streetwear défie les représentations de la diaspora

bySarah Ben Romdane

Qu’il s’agisse de turbans chez Gucci, de Bindis chez Chanel ou de nez percés chez Jean Paul Gauthier, il semble évident de dire que la culture indienne a beaucoup inspiré la mode au cours des dernières décennies. Mais dans une industrie de la mode dominée par les Blancs, ces motifs sont généralement récupérés et appropriés.

 

Fondée par les créatrices indiennes Mriga Kapadiya et Amrit Kumar, établie à Mumbai mais originaire de Toronto, la marque de vêtements NorBlack NorWhite a pour objectif d’explorer et de défier farouchement les notions de colonialisme, de représentation et d’appropriation par le biais du style, du textile et de la mode. «C’est un clin d’œil au fameux clip « Black Or White » de Michael Jackson», déclarent-elles avant d’ajouter, «nous sommes ici pour représenter la diaspora et célébrer l’idée d’être confiant sans être d’ici ou de la bas».

 

 

 

Bien que ni Kapadiya ni Kumar n’aient étudié la mode, elles ont toutes deux développé une grande et singulière appréciation du style depuis leur enfance. «Tout a commencé avec nos mamans et leur goût prononcé pour les saris et les châles», disent-elles, faisant référence à la façon dont l’ADN de NorBlack NorWhite est intrinsèquement connecté à leur pays natal. Et bien qu’elles n’avaient au départ pas l’intention de créer une marque, NorBlack NorWhite est né d’un voyage spontané qu’elles ont fait à Kutch (la plus grande région d’Inde) pour en apprendre davantage sur l’artisanat. «C’est le fruit de notre excitation et motivation», disent-elles.

 

En parlant aux fondateurs, il est évident que leur label est un projet personnel. Comme elles le notent, «nous avons tellement de choses ici devant nous; pourquoi ne pas travailler avec cela et créer des histoires pertinentes en résonance avec notre propre parcours? » Et bien qu’elles veuillent rendre hommage à l’Inde, NorBlack NorWhite est avant tout une histoire sur les immigrants de la deuxième génération, célébrant les expériences des enfants de ceux qui ont déménagé quelque part venant d’ailleurs. « C’est une exploration de cette zone grise », poursuivent-elles.

 

 

 

Kapadiya et Kumar, qui ont grandi à Toronto dans les années 1990 en regardant des clips R&B, ont été fortement influencées par la culture hip-hop. En utilisant NorBlack NorWhite pour faire des déclarations politiques audacieuses, le résultat est une fusion subtile de vêtements traditionnels indiens et de streetwear rétro, qui leur a valu la validation de Frida Gianinni, ancienne directrice artistique de Gucci, ainsi qu’une collaboration avec Fila.

 

L’idée d’un collectif est au cœur de la marque. Leurs tissus sont en provenance de tous le pays. Ils sont ensuite traités par leur équipe d’artisans locaux qui fabriquent chaque pièce à la main, puis portés par des modèles locaux de leur communauté. «Les compétences, les histoires et les métiers autochtones disparaissent de jour en jour. Si nous ne créons pas d’espace pour cela, le monde entier deviendra une grande bulle plastique monoculturelle et c’est déprimant», affirment-elles, expliquant comment elles espèrent inciter les enfants de la diaspora à reprendre en main leur identité et à raconter leurs histoires comme ils le souhaitent.

 

 

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