5 photographes arabes pour l’inclusivité

Rencontrez les arabes qui changent la donne

bySarah Ben Romdane

Que ce soit en matière d’art, de média ou de mode, devant ou derrière l’objectif, l’industrie de la création a toujours été majoritairement blanche. Le talent et la perspective des minorités et des personnes de couleurs, ont rarement été exposés au grand public, et lorsqu’elles le sont, il se peut que ce soit dans le cadre d’une stratégie marketing.

 

Mais cet été, deux étapes très importantes ont été franchies et ont changé la donne en prenant d’assaut l’industrie de la création.

 

Virgil Abloh, le premier créateur noir a avoir été nommé directeur artistique de Louis Vuitton (et l’un des premiers créateurs de couleur à avoir dirigé une maison de mode d’envergure) a écrit l’histoire avec son premier défilé à thème arc-en-ciel, en faisant participer des modèles  et des artistes majoritairement noirs. À seulement 23 ans, Tyler Mitchell a été le premier photographe à shooter la couverture du Vogue américain depuis 126 ans. Tandis que le débat sur l’intégration et l’inclusivité n’a jamais été aussi important, la réalité est que ces moments qui participent à fracturer le plafond de verre arrivent avec bien du retard.

 

Dans le monde arabe également, l’intégration est un problème majeur, puisque les voix des personnes de couleurs et des communautés underground ne sont toujours pas assez entendues. Pour plusieurs jeunes créatifs, internet et les réseaux sociaux sont devenus de nouveaux espaces d’expression permettant de réparer les mauvaises représentations et de questionner les histoires préconçues en mettant en lumière sur ceux que l’on voit rarement.

 

Nous avons rencontré cinq jeunes photographes arabes qui célèbrent la diversité dans leur travail afin de mieux comprendre ce que l’inclusivité signifie pour eux et pourquoi c’est si important.

 

Malak Kabbani

 

“Si l’on est pas inclusif, c’est qu’on est soi même mis à l’écart parce qu’il y a toujours plus que les apparences. À chaque fois que je fais une séance photo, je pense “ Okay, c’est une nouvelle personne, quelle est son histoire?” Il faut être ouvert à tout.”

 

 

Jameela Elfaki

 

“En grandissant j’avais vraiment envie de voir plus de diversité et d’inclusivité, c’est donc important pour moi d’un point de vue personnel. En tant que créatifs et photographes, nous avons le devoir de préparer le terrain pour les générations à venir et d’être un exemple de changement positif dans l’industrie de la mode et de l’édition. Des images fortes et puissantes parlent à tout le monde. J’utilise la photographie comme moyen de partager mon regard avec d’autres, c’est un moyen de s’exprimer par la création et de s’émanciper.

 

 

Samy Rizcallah

 

“Je fais des photos pour capturer ce qui m’entoure. Comme j’ai grandi à Paris avec des parents tunisiens et libanais, il me semble évident de vouloir représenter des gens qui comme moi ont des origines diverses, parce que ce sont eux que je connais et avec qui je vis au jour le jour. Les personnes que je choisis ne sont pas ceux que vous verrez dans un magasine de mode traditionnel; je capture des gens de toutes les couleurs et avec des corps différents dans des lieux atypiques pour défier l’image de carte postale que certains peuvent avoir de Paris, et pour leur montrer un Paris plus vrai, un Paris de diversité.”

 

 

Malak El Sawi

 

“L’inclusivité dans l’art et dans la photographie est très importante pour moi, en particulier parce que je suis arabe, j’ai l’impression qu’on a du retard à rattraper lorsqu’il s’agit de représenter le Moyen-Orient de manière pertinente et de défier les stéréotypes orientalistes. Souvent, je fais de mon travail une arme de résistance aux idéaux traditionnels obsolètes, en capturant ou en créant des images de gens qui peuvent parfois se sentir sous représentés. J’aime photographier des hommes qui expriment une certaine féminité ou de la douceur ou des femmes qui prennent le contrôle de leurs corps et j’aime montrer que le style et la mode existent dans chacun d’entre nous et ne sont pas exclusives à une certaine élite. Dans une société post-printemps arabe comme celle de mon Égypte natale, il est encore plus important de militer pour l’unité. Si les choses changent, nous avons encore du chemin à parcourir avant d’arriver à une véritable coexistence.

 

 

Oumayma Ben Tanfous

 

Je n’ai jamais vraiment pensé représenter l’inclusivité, c’est venu naturellement pour moi. J’ai grandi entre Tunis et la banlieue de Montréal, et là bas, la plupart de mes amis étaient des immigrés de première génération. Adolescente sans modèle identitaire dans les médias de masse, j’ai dû travailler dur pour m’accepter et je ne me suis jamais vraiment sentie appartenir ou que ce soit. Jusqu’à présent, mes œuvres sont décalées par rapport à ce qu’on a l’habitude de voir dans les médias. C’est aussi pour cela que je fais beaucoup de casting de rue. Je suis en constante quête de quelque chose de réel, de crue, quelque chose qui me rappellerait la jeune adolescente que j’étais il n’y a pas si longtemps.”

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