Ce podcast célèbre l’identité franco-arabe

Latay est un safe space pour les enfants de la diaspora

bySarah Ben Romdane

Avec des émissions consacrées à pratiquement toutes les choses qui pourraient vous intéresser, les podcasts sont devenus extrêmement populaires ces dernières années, créant des « safe spaces » nécessaires pour les communautés marginalisées dont les voix sont rarement entendues dans les médias mainstream. «Se rassembler avec des gens qui vous ressemblent, qui vous comprennent et qui parlent de choses dont vous ne parlez jamais est extrêmement libérateur», nous dit Lyna Malandro, franco-algérienne âgée de 20 ans, fondatrice de Latay (qui signifie thé en Afrique du Nord), le nouveau podcast décodant ce que signifie être un jeune immigré arabe de deuxième génération en France.

 

Avec une voix sincère mais comique, Malandro et son équipe explorent leurs expériences ayant grandis dans une confusion culturelle et célèbrent les nombreuses personnes qui, comme eux, ont été amenées à se sentir «différenciées».

 

 

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A tout ceux qui n’ont pas eu de cadeaux aujourd’hui, l’Atay a pensé à vous ! Dans ce nouvel épisode, on discute de l’art, la culture et de sa perception dans nos communautés et notamment avec la famille. On revient sur les premières fois au musée, sur l’importance d’avoir assez confiance en soi pour porter ses projets, même quand nos proches ne croient pas en nous. Le troisième épisode de l’Atay est disponible sur Soundcloud, Apple Podcast, Spotify et Mixcloud, tout les liens sont à retrouver dans nos stories et sur le site (lien dans la bio). Ps : a tout ceux qui se demanderaient, voilà la tenue que portait Kawter le jour de l’enregistrement….

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Nous avons rencontré Malandro pour savoir comment elle reprenait le contrôle de la narrative de la diaspora et pourquoi une plateforme comme Latay était si importante pour elle.

 

Quand est-ce que tu as décidé de créer ce podcast ?

Après avoir créé ma plateforme VraiesMeufs où j’ai exploré un côté de mon identité (mon genre), je voulais créer un projet qui explore un tout autre côté de moi: ma double culture. Mais je n’ai pas planifié la façon dont tout cela s’est passé. Kawter, qui fait partie de l’équipe, a dû produire une vidéo pour pouvoir postuler à une école. Elle a rassemblé de nombreux Nord-Africains pour discuter de thèmes liés à notre communauté. Nous avons passé des heures à bavarder comme si nous nous connaissions tous depuis des années. À la fin de la journée, nous étions tous frustrés de nous quitter. C’était la veille du Ramadan, donc Théophile, qui fait également partie de l’équipe, a dit que ce serait cool si nous nous retrouvions après l’Aid. Pendant l’été, je repensais à ce moment et c’est comme ça que j’ai décidé de créer le podcast.

 

Alors pourquoi l’as-tu appelé Latay ?

Latay est un mot dialectal nord-africain qui signifie thé. Je rêvais que nous prenions tous le thé et puis quand je me suis réveillée, j’ai commencé à penser que l’heure du thé était un si beau moment de partage, qui ne concerne pas seulement les Arabes, mais bien d’autres nationalités. À la maison, c’est toujours à l’heure du thé que nous avons les meilleures conversations. J’ai aussi aimé l’image de « serving the tea », que l’heure du thé soit «l’heure du commérage».

 

 

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Latay ? @ibtissamoussar for @cheyma

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Quels sont les principaux sujets que Latay explore ?

Nous prenons généralement deux ou trois mots clés et ensuite on part en freestyle à partir de là. Nous parlons de partir en vacances au bled, de notre relation avec la langue arabe, avec notre famille, avec l’art, avec nos sentiments. Nous voudrions aborder davantage la question de la représentation dans l’espace public et parler du racisme, de la colonisation et de l’orientalisme. Avec les attaques terroristes de ces dernières années, l’Islam était omniprésent dans les infos, il était question des Arabes, des Nord-Africains, de l’immigration… Nous étions tellement saturés par le flux d’informations, mais ce n’était jamais des gens qui nous ressemblaient qui parlaient pour nous. Nous croyons que notre voix en tant que jeunes nord-africains français a un poids et que nous avons le droit de nous exprimer. Nous voulons que les personnes de toutes les diasporas soient en relation avec ce que nous vivons. Il y a un énorme vide à combler.

 

Quelles sont les difficultés auxquelles tu as été confrontée en grandissant ?

Quand j’étais enfant, je pensais que tout le monde venait de deux pays. Je ne comprenais pas que certains étaient français ou algériens! J’ai toujours été très fière des deux côtés jusqu’à mon adolescence. J’ai toujours habité dans le 93 (banlieue parisienne) mais je suis allé dans un lycée parisien et je me suis inscrite dans une classe un peu élitiste. Pendant toutes ces années, j’ai vécu des choses que je ne pouvais partager avec personne et j’avais l’impression d’être la seule à vivre ces luttes. Par exemple, cela sonnait complètement absurde pour mes camarades de classe de ne pas sortir en soirée. J’avais l’impression de vivre une double vie et que mes parents étaient complètement déconnectés des réalités de la vie d’un adolescent parisien. Je ne me sentais pas bien, ça me suffoquait. Quelques années plus tard, j’ai rencontré des personnes qui vivaient les mêmes questionnements que moi et me suis rendue compte que je n’étais pas seule. Avec les gars de Latay, nous sommes tous très différents, mais nous partageons des expériences similaires, ce qui nous a rapprochés. Je peux aussi citer le mouvement «Beurettocratie» de Lisa Bouteldja, qui m’a vraiment soulagé lorsque j’en ai entendu parler pour la première fois. Le seul problème avec les « safe spaces » est qu’ils deviennent des refuges et que, si vous vous retirez trop, cela peut aussi devenir dangereux.

 

 

Il semble que de plus en plus de jeunes arabes mettent leur identité en avant et la célèbrent. Comment expliquez-vous cela?

Je pense que nous avons tous réalisé que la honte que nous ressentions n’était pas normale. Nous avions presque développé une forme interne de racisme : c’est pourquoi nous nous moquons des accents des immigrés et de ce genre de choses. Nous avons finalement compris que nous avions le droit d’exister, d’être fiers et de faire la différence. Aujourd’hui, il y a tant de façons de se réapproprier nos récits. J’ai été très inspirée par mon amie Neila Romeyssa, ou par Grace Ly, qui luttent contre la stigmatisation des Asiatiques en France ou par le mouvement afro-féministe également, et j’espère contribuer à ces mouvements à ma manière.

 

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