Pourquoi la mode est-elle devenue si ennuyeuse ?

Tout doucement, on finit par devenir des addicts au "achète-le-pour-le-‘gram"…

byBin Boyer

Quand on pense aux merveilles de la mode, on ne peut que ressentir une profonde nostalgie : nous en revenons constamment à ces moments d’archives emblématiques des années 80, comme l’époque de Mugler ou la naissance du grunge dans les années 90, avec Marc Jacobs dans toute sa gloire. Mais pourquoi ne sommes-nous pas inspirés par ce qui est juste en face de nous maintenant ? Peut-on retrouver un seul moment iconique dans ce qui a été posté sur Instagram ou Youtube ces dernières années, un de ceux qui seraient capables de révolutionner le futur de la mode ? Clairement, non.

 

Ce n’est peut-être d’ailleurs pas un hasard que le dernier show de Alexander McQueen était aussi le premier à être accessible en streaming. Une étape pivot dans l’histoire de la mode.

 

C’est certes un cliché, mais si la mode est si ennuyeuse en ce moment, la faute en est à Internet, ou plutôt à sa culture homogène qui s’en est prise à la définition de l’esthétique pour la standardiser.  Il est de fait plus dur d’inventer quelque chose de tout à fait neuf que de simplement suivre les tendances les plus photographiées sur les réseaux sociaux.

 

Par ailleurs, très souvent sur Instagram, les moments partagés ont été spécialement organisés et créés juste pour la photo. Les défilés de mode se veulent grandioses mais ne se focalisent que sur leur performance et sur les célébrités présentes au lieu de mettre en avant les vêtements eux-mêmes.

 

De plus, la récupération de la jeunesse underground d’aujourd’hui et l’exploitation répétitive et généralisée de la culture jeune est amplifiée sur les réseaux sociaux par un milieu qui lui reste principalement commercial. Le consommateur moderne ne fait que constamment jouer à se déguiser en fonction des designers qui ont le vent poupe.  Même si le client mode aujourd’hui est bien plus informé, il reste à la merci de tendances venues d’un bureau de marketing.

 

Quand nous examinons à la loupe la mode actuelle, les vêtements ne sont plus flatteurs. Peu importe,  les muses et les idoles derrière les marques en seront l’image et en feront la promotion. Que sont donc devenus ces temps, quand un gamin des rues sympa était repéré sur son skateboard et arraché à l’obscurité : il y avait là quelque chose de surnaturel… Les modèles se présentaient alors comme ils pouvaient, innocents, indifférents à l’industrie, impertinents. Les jours merveilleux de ces it-girls nature sont terminés. On vit à une époque où chaque personne peut devenir la muse d’une marque uniquement sur base de sa compréhension d’une cool-attitude préfabriquée et de son nombre de followers, ou de son nom de famille.

 

A moins qu’on ne trouve un peu d’espoir du côté de Raf Simons et de sa Julia Nobis. Un voile de mystère les couvre. Nous en avons cruellement manqué dans le domaine de la mode depuis des années.

 

Prenez, par exemple, la manière dont Justin Bibeber s’est emparé des tee-shirts à l’effigie de Marilyn Manson.  Quelques-uns l’ont vu, en ont eu envie, l’ont acheté et sont déjà passés à autre chose. C’est que, peut-être, le modèle « tu-le-vois-tu-l’achètes-tout-de-suite » nous a donné un meilleur sens du contrôle – ou alors, il a fait de nous des addicts et nous a tous transformés en junkies, du genre « acheteurs-compulsifs-pour-photos-instagram ». Ou alors, songez encore à l’allure vieillotte des hoodies de chez Vetements, qui renaissent à chaque saison et qui pourtant ne semblent jamais cesser de satisfaire la demande.

 

Notre culture a perdu son respect et sa vénération pour le style, le design et la mode. La chose la plus excitante qui puisse encore arriver à cette dernière, c’est la réapparition du minimalisme et du look discret. La création de modèles architecturaux garde aussi tout son poids, comme l’usage intéressant de la technologie dans la création de nouveaux matériaux, dans le domaine de l’impression en 3D, avec Adidas recyclant des tissus et les modèles extra-terrestres d’Iris Van Herpen.

 

La folie douce de la mode, avant, c’était magique, c’était tout un monde de fantasmes. Mais nous, on continue à vivre dans une réalité sombre, et notre dépendance à ces fantasmes s’est intensifiée pour devenir un obsession. Or, nous sommes entrain d’idolâtrer le banal! Nous sommes vraiment dans la « matrix »…

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