Le problème avec les attitudes sexistes d’arabes de DJ Khaled

Tous les hommes ne sont pas des “rois”…

byAmina Kaabi

La semaine dernière, l’interview que DJ Khaled a donnée au Breakfast Club a refait surface. “Les règles ne sont pas les mêmes pour les hommes”, “Toute femme devrait faire l’éloge de l’homme, le ROI”, y déclarait-il. Ses commentaires ont rapidement fait le tour des médias sociaux, tout le monde dénonçant le producteur palestino-américain pour le manque de respect flagrant qu’il a montré envers son épouse et les femmes en général.

 

Cette nouvelle diffusion d’un enregistrement qui remonte à 2015 n’a même pas incité Khaled à faire le point sur ce qu’il avait dit et sur les changements qui auraient pu modifier son point de vue au fil des ans. Le fait est que, très probablement, ses vues misogynes n’auront pas évolué, et tandis que la plupart des gens, depuis ses fans de base jusqu’à ses amis célèbres, ont affirmé avoir été choqués et déçus de ses propos, moi, en tant qu’Arabe, j’ai eu une réaction complètement différente.

 

La déception est toujours là bien sûr, mais je mentirais si je disais que j’ai été choquée. J’ai entendu des variantes de ces déclarations tout au long de ma vie, et même quand ils ne le disent pas de manière explicite, je reconnais cette même attitude à travers les actions d’amis, de membres de ma famille, de figures religieuses et même d’étrangers.

 

Khaled, comme beaucoup d’hommes arabes, s’est en fait autoproclamé “roi”. Les hommes comme lui établissent les règles au sein de leurs familles et ne prennent en considération que leurs seules contributions, en tant que fournisseurs de richesses matérielles. “Si vous entretenez votre femme, alors elle devrait chanter vos louanges, et de son côté, l’homme devrait louer sa reine”, mais bon … Sa façon de louer est plutôt du genre “Le dîner était… Tu aimes la maison dans laquelle tu vis ? Tu aimes tous ces vêtements que je t’achète ?” Ce sont les mots de Khaled, mais comme beaucoup de femmes de la région le savent, n’importe quel Arabe lambda aurait pu les dire à sa place.

 

L’enquête de l’Observatoire International des Nations Unies sur l’égalité entre les êtres humains et les sexes, la plus importante du genre, nous a dressé un portrait de cet homme arabe moyen. Il s’agissait de comprendre la masculinité telle que la voient les hommes, et des données en provenance d’Egypte, du Liban, du Maroc et du pays natal de Khaled, la Palestine ont été analysées à cette fin. Et tout comme les commentaires de Khaled n’étaient pas choquants, les résultats du sondage ne l’ont pas été non plus.

 

Hommes et femmes ont rapporté que les hommes prennent toutes les décisions qui concernent le ménage. 66 à 90% des hommes entendent contrôler les libertés de leurs épouses, vaguement définies comme “ce qu’elles portent et où elles vont, jusqu’à la fréquence de leurs rapports sexuels”. Les femmes sont censées s’occuper des tâches ménagères, et seulement un dixième à un tiers des hommes affirment avoir “effectué une tâche en principe réservée aux femmes à la maison”.

 

Un argument commun à l’appui de ces positions est que cette répartition des rôles selon les genres est liée à la culture, comme si ces liens culturels évacuaient leurs effets néfastes – alors qu’en fait, l’enquête a montré qu’elle a un impact considérable sur la santé mentale, 35 à 52% des femmes et 26 à 38% des hommes présentant des symptômes de dépression.

 

Beaucoup d’Américains ont considéré que les propos de Khaled étaient plats, puérils et surtout misogynes. Il a été la risée de tous quasiment toute la semaine, et il le méritait. La rediffusion de son interview au moment où le mouvement #METOO connaît son apogée a rendu ses déclarations désobligeantes carrément archaïques. Mais pour le monde arabe, nous en sommes encore au point où ce genre de commentaires justifient rarement des réactions dans la vie quotidienne, et encore moins la possibilité d’un mouvement de grande envergure, d’une ampleur comparable à celui qui se déroule actuellement aux États-Unis.

 

Cela ne veut pas dire que des efforts n’ont pas été faits parce que, de fait, il y en a eu. Les militants arabes travaillent depuis longtemps pour que les droits des femmes arabes soient mis au premier plan. Des progrès ont été réalisés : les femmes saoudiennes ont maintenant le droit de conduire et les Tunisiennes sont descendues dans la rue pour réclamer l’égalité dans les droits de succession.

 

Mais le chemin à parcourir est encore long avant que nous n’entendions plus des commentaires comme ceux de Khaled de la bouche de nos amis, des membres de notre famille ou de parfaits inconnus. Pourquoi ? Parce que aujourd’hui même (et l’étude susmentionnée l’a confimé), les femmes arabes sont tout aussi susceptibles que les hommes de croire à ce genre de propos et de faire preuve des mêmes attitudes sexistes que les hommes arabes.

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