On démêle le racisme dans les média arabes

Il est temps d’admettre que les arabes peuvent être racistes

byAmina Kaabi

Il est vrai qu’en tant qu’Arabes, nous sommes souvent victimes de discriminations dues à notre apparence. C’est aussi vrai que la colonisation a laissé une trace et que nous avons encore du chemin à parcourir pour décoloniser nos mentalités et surtout nos standards de beauté.

 

Dans notre monde post 11 Septembre, l’islamophobie est en perpétuelle croissance et les arabes (musulmans ou non) ont été affectés par la rhétorique antimusulmane. Mais les épreuves que nous surmonttons ne nous dispensent apparemment pas d’être raciste ; et il est bel et bien temps que nous admettions que nous le sommes.

 

Les Tunisiens qui ne sont pas noirs se considèrent comme hurr (libre) par opposition à leurs concitoyens noirs. Le mot abid leur vient à la bouche le plus naturellement du monde en référence à ces derniers, comme si abid ne signifiait pas littéralement esclave.

 

Au delà de la langue, nous vivons une véritable ère Jim Crow, à la sauce tunisienne: dans le Sud du pays, les étudiants noirs subissent une ségrégation raciale, même les enfant noirs prennent un bus différents des autres.

 

Dans les pays du golfe, une forme d’esclavage moderne s’est installée. Une rapide recherche sur Google vous révèlera racisme sans vergogne dans cette région. Des dizaines d’histoires sont publiées et reportent la maltraitance domestique envers les employés de maison noirs. Beaucoup d’entre eux sont attaqués par leurs employeurs et sont achetés et revendus, avec la couverture légale de la “Kafala” qui autorise la confiscation des passeports et qui rend donc les employés africains dépendants de leur employeur, rappelant un peu la manière dont les esclaves africains étaient jadis liés à leurs maîtres.

 

Peut-être que le la forme la plus visible et indéniable de racisme est arrivée avec la publication de vidéos documentant une enchère d’esclaves en Libye. Les migrants noirs (dont la plupart ont atterris là-bas en y transitant pour l’Europe) y sont vendus à 400$ pour travailler dans des fermes.

 

Si l’on jette un coup d’œil à notre historique cinématographique, on constatera que le racisme y est encore plus présent avec des portraits péjoratifs de personnes noirs qui sont devenus coutumiers. La couleur de peau est devenu objet d’humour récurrent, avec une pratique éhontée de la blackface (une pratique née aux Etats-Unis dans les années 1830 et rendue populaire à travers les minstrel show).

 

La pratique avait spécifiquement pour but de perpétuer les stéréotypes racistes, offrant un portrait des noirs comme étant, primitifs, paresseux, voyous et au bout du compte les empêchant d’être perçus comme des êtres humains complexes, aussi divers et vairés que le reste du monde.

 

Tandis que ces spectacles se déroulaient exclusivement en Amérique du Nord le racisme lui, est internationale. Même si ce phénomène a pris fin dans les grands medias après le mouvement de lutte pour les droits civils dans les années 1960, le racisme se manifeste toujours de la même manière dans les média arabes contemporains.

 

Ce dernier Ramadan, une chaîne télévisée du Koweït a diffusé une séries dans laquelle un épisode était entièrement consacré au portrait négatif qu’il était fait des Soudanais qui étaient joués par des arabes non-noirs qui s’était coloré le visage en noir, façon blackface.

 

De la même façon, l’un des protagonistes de la série égyptienne à succès Azmi and Ashgan s’est ouvertement adonné à la blackface pour jouer le rôle d’un voleur.

 

Comme si ça ne suffisait pas, le huitième épisode du feuilleton mettant en scène les complaintes de l’un des personnages, non pas à propos de l’infidélité de son époux, mais au sujet de son désir envers des femmes noires. Elle emploie le fameux « N-word » en référence à ces femmes, et la foule de personnages lui donne la réplique en offrant prière et conseils pour résoudre le “problème” dont souffre son mari.

 

Pour les téléspectateurs fidèles de chaînes égyptiennes, ça n’a rien de surprenant. Le cinéma égyptien en particulier a un long historique de racisme dans les portraits qu’il offre de personnages noirs qui s’exprime notamment à travers les blackface. La communauté nubienne d’Egypte est toujours restée en marge et a été ouvertement discriminé dans les médias par leur cantonnement à des rôles de domestiques ou de criminels. Il va sans dire que l’attribution d’un rôle à un acteur noir est extrêmement rare.

 

Comme si jouer des rôles subalternes ne suffisait pas, les personnes noires sont constamment la cible d’humour raciste. En 1988, le film Saedy Fel Gamaa El Amricia, le personnage principal se moque d’une prostituée noire, lui demandant “pourquoi tu éteins la lumière? Tu étais déjà noire à la naissance”.

 

Dans un autre film, Ali Spicy, le protagoniste affirme “Ce ne sont pas des femmes, ce sont des animaux”, voulant ainsi décrire les femmes noires présentes dans la même scène.

 

Lorsqu’on creuse un peu, on réalise que les exemples de racisme arabe sont en fait infinis. Le plus troublant c’est que l’on reste encore silencieux par rapport à ce problème. L’absence de révolte face à ce phénomène est en soi une marque de racisme de notre part.

 

Dans un monde où les discriminations contre nous sont innombrables, il est ironique que nous infligions la même violence à autrui. Il est temps, non seulement d’admettre notre racisme mais d’éradiquer ces attitudes pour mettre fin à toutes les conséquences négatives que notre racisme a sur les autres.

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