La créatrice saoudienne qui utilise la mode comme plaidoyer

Shahd AlShehail parle de mode durable et de l'avenir de l'Arabie saoudite

bySarah Ben Romdane

«J’ai grandi avec ma tante Naeema, qui a toujours eu une approche unique et très raffinée de la mode. Je me souviens qu’elle avait une énorme collection de tissus du monde entier, qu’elle avait amassée au cours de ses différents voyages. Elle a été la première à me montrer à quel point la mode peut être une expression d’identité et de personnalité », a déclaré Shahd AlShehail, une entrepreneuse saoudienne de 32 ans, sur la manière dont elle a développé sa forte passion pour l’artisanat et le détail. Avec sa marque Abadia, Al Shehail cherche à créer un débat autour de la mode, la durabilité et l’identité saoudienne.

 

 

Faisant partie d’une nouvelle génération de créateurs saoudiens dotés d’une forte conscience de soi,  AlShehail est convaincue qu’il est possible d’apporter des changements dans le royaume tout en préservant le patrimoine. «Que nous le reconnaissions ou non, nous sommes touchés par ceux qui nous ont précédés», dit-elle en évoquant à quel point elle est profondément attachée à la culture. Préoccupée par le coût humain et environnemental énorme de la mode, AlShehail s’est donnée pour mission d’infuser une nouvelle façon de comprendre la mode et d’aborder le shopping dans la région. Elle a donc décidé de revenir à ses racines et de mettre en valeur le caractère intemporel de l’artisanat local. Fabriquées à la main en Arabie saoudite, ses créations contemporaines se caractérisent par des manches longues et des pantalons à jambes larges. «Le vêtement a vraiment le pouvoir de raconter qui nous sommes et d’où nous venons», explique-t-elle.

 

 

En mettant la durabilité à l’avant-plan, la jeune entrepreneuse utilise la mode pour faire des déclarations politiques audacieuses. En plus de sa marque avant-gardiste, elle a lancé Project JUST il y a cinq ans, son ONG défiant les pratiques d’exploitation de la mode. De retour en 2013, AlShehail a été envoyée en Inde, lors de l’effondrement tragique du Rana Plaza, en tant que boursière international chez Acumen, un organisme à but non lucratif axé sur la lutte contre la pauvreté. «Je devais apporter de la dignité aux gens, alors que quelque chose comme le t-shirt je portais pouvait être cause de pauvreté ou de mort ailleurs dans le monde. Cela n’avait pas de sens », dit-elle.

 

 

Mais depuis qu’elle s’est consacrée à la recherche d’alternatives durables à la fast fashion, ainsi qu’à son héritage et à ses valeurs, AlShehail est convaincue que sa vision et son message résonneront dans le cœur de la jeunesse saoudienne. Après avoir récemment ré-imaginé la farwa (un manteau surdimensionné porté par les hommes pour survivre aux hivers froids du désert) en un manteau de luxe contemporain pour femmes, les créations de AlShehail définissent avec attention l’identité saoudienne moderne, en la reliant à son passé.

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