La bloggeuse koweïtienne est lynchée pour ses commentaires sur les travailleurs philippins

“Comment peut-on avoir une femme de ménage chez soi sans confisquer son passeport ?”

byAmina Kaabi

La plupart d’entre nous connaissent Sondos Alqattan pour son contenu beauté, avec plus 2,3 millions de followers Instagram qui font confiance à ses conseils à propos du maquillage. Mais le 14 juillet, elle s’est mise dans de mauvais draps tant avec ses fidèles abonnés qu’avec les ONG des droits de l’homme, suite à ses déclarations datant du 14 juillet.

 

Vendredi, en début de soirée, Alqattan s’est exprimée sur les réseaux sociaux en se plaignant des derniers amendements de la législation koweïtienne qui visent à l’amélioration des conditions de travail pour les migrants philippins.

 

“Qu’est ce que c’est que ces contrats de travail ridicules que doivent signer les personnes qui veulent embaucher des domestiques philippins?” s’est exclamée Alqattan dans la vidéo qui a depuis été supprimée.

 

Grâce à la vigilance des internautes, la vidéo a rapidement été sauvegardée et a fait le tour des réseaux sociaux.

 

 

“Comment peut-on avoir une femme de ménage sans garder son passeport?” poursuit Sondos Alqattan avant d’ajouter, “Elles ont un jour de congé par semaine ! Et puis quoi encore? Elles sortent un jour et travaillent pendant les six autres jours de la semaine, elles ont donc quatre jours de congé par mois, et personne ne sait ce qu’elles font lorsque leur passeport est en leur possession”.

 

Les déclarations d’Alqattan arrivent aux suites du meurtre de l’ouvrière philippine Joanna Daniela Demafelis à Koweït City ; une découverte choquante qui a engendré des menaces du président philippin Rodrigo Duterte d’interdire tous les voyages vers le pays du golf.

 

Pour apaiser les relations avec le pays d’Asie du Sud Est, les législateurs koweitiens ont répondu en réformant le système très critiqué de kafala actuellement en vigueur.

 

Les nouvelles lois assurent que les travailleurs migrants du Koweït conservent leur droit de garder leur passeport et leur accorde le droit de refuser tout transfert à de nouveaux employeurs.

 

Avant cette réforme, les contrats des ouvriers non qualifiés pouvaient être annulés à n’importe quel moment, au gré de l’employeur, qui retenait leur passeport et pouvait transférer le visa de travail de leurs employés à n’importe quel moment.

 

Dans les pays du golfe, les travailleurs migrants sont souvent victimes d’abus et les crimes commis à leur encontre sont quotidiens. L’organisation non lucrative Human Rights Watch a décrit le système de kafala comme “l’esclavage des temps modernes” et les commentaires brutaux d’Alqattan montrent bien que l’état d’esprit des employeurs koweïtiens reflète bien les lignes de ce système.

 

 

 

Alqattan a fait face à un retour de bâton de la part de ses followers et a désactivé les commentaires sur ses réseaux sociaux. Cependant, elle a tout de même pris la peine de poster une publicité pour la marque française Phyto Paris, quelques heures à peine après l’incident. Cela a incité de nombreuses personnes à l’échelle internationale à faire pression sur les marques pour qu’elles mettent fin à leurs relations avec la bloggeuse.

 

Le 24 Juillet Alqattan un long post sur Instagram à propos de l’incident.

 

 

Alqattan est restée silencieuse et ne s’est pas exprimée au sujet de l’incident. Les autres influenceurs de la région se sont eux aussi distanciés de l’incident, à l’exception d’une télévision libanaise et de la journaliste Diala Makki qui a rapidement exprimé son dédain à l’égard des commentaires d’Alqattan sur Instagram.

 

Avec l’avènement de la culture du “call out” ou le fait de tenir les personnalités publiques responsables  de leurs dires afin de maintenir un certain politiquement correct, l’incident représente un véritable moment charnière pour les influenceurs régionaux dont la position sociale reste encore à définir.

Partagez cet article