Pourquoi les arabes maltraitent-ils les travailleurs migrants ?

Regard sur les origines impérialistes du système migratoire

byAmina Kaabi

Les moeurs modernes réduisent notre capacité de concentration comme peau de chagrin et vous en avez donc surement assez d’entendre parler des commentaires discriminatoires de Sondos Alqattan, pour être honnête, moi aussi. Il semble tout de même important de s’appesantir sur le problème que représente le système de kafala, un système utilisé pour contrôler les travailleurs migrants, qui exercent principalement dans le domaine de la construction  ou en tant qu’employés de maison et ce au Bahrain, en Irak, en Jordanie, au Koweït, à Oman, au Qatar, en Arabie Saoudite et aux Emirats Arabes Unis.

Lorsqu’on se penche sur le statut des travailleurs migrants dans les pays du golfe, on réalise que nombreuses critiques ont été apportées à ce système. Cette problématique est loin d’être nouvelle. La Kafala a d’abord été mise en place par les compagnies pétrolières pendant les années 1950.

Le boom pétrolier des années 1970 a engendré une vague migratoire d’envergure qui marquera l’un des plus grands pics de croissance démographique jamais connus. Dès lors, l’idée de parrainage de visa a été particulièrement étudiée dans cette région du monde. Mais ces dernières années, ce système a été une source d’inquiétude pour tous, et en particulier pour les organisations de défense des droits humains.

Sous ce système de Kafala (et avec les variables qu’il implique d’un pays à l’autre), les migrants sont intrinsèquement liés à leur employeurs. Les parrains, qui peuvent être tant des personnes que des institutions, déterminent le statut légal de ces migrants. Les états n’autorisent pas les employés à changer de travail ou à quitter le pays sans l’autorisation préalable de leurs employeurs.

Il y a deux ans, le Qatar a été pointé du doigt quant au traitement qui y est réservé aux travailleurs migrants qui participaient à la construction du stade international Khalifa en vue de la Coupe du monde 2022. Amnesty International a publié un rapport dénonçant les violations des droits humains fondamentaux commises par l’État. L’ONG a interrogé plus de 200 travailleurs pour mettre en lumière les pratiques d’exploitation utilisées au Qatar.

Le rapport a ensuite mis en lumière la tromperie mise en oeuvre lorsqu’il s’agissait de  recruter des employés. Certaines agences encouragent les migrants à contracter des prêts couvrant leurs frais de recrutement avant que les travailleurs ne finissent par réaliser que leurs salaires sont bien inférieurs à ce qui était initialement convenu. Ces ouvriers se retrouvent ainsi prisonniers de l’endettement et, par extension, du système de kafala.

Pour être tout à fait honnête, des mesures pour réformer ce système ont été prises par certains états. Plus récemment, le Koweït a apporté des modifications à la kafala suite à un embargo temporaire décrété par le président philippin dans le cadre d’une enquête sur les morts subies par des employés de maison exerçant dans le pays du golfe.

Il reste encore à savoir si les promoteurs respectent ou non ces nouvelles lois. Les propos d’Alqattan sont bien la preuve qu’une attitude discriminatoire envers les migrants est monnaie courante dans la région. Outre certaines marques de beauté qui ont mis fin à leurs relations avec elle, l’influenceuse a largement conservé le soutien de ses abonnés et a fermement défendu ses positions.

Il est clair que la discrimination à l’égard de la main-d’œuvre d’origine sud-asiatique dans les pays du CCG, ainsi que la crise des travailleurs domestiques  mineurs en Afrique du Nord, sont des pratiques devenues communes.

Il existe un certain nombre de théories sur l’origine de cette attitude envers les travailleurs et sur la manière dont le système a évolué pour devenir un facteur facilitateur de la ségrégation. Ce rapport de l’Institut international de la migration affirme que, dans le cas du golfe, l’idée de séparer les migrants des locaux est en fait liée aux pratiques coloniales mises en place par les compagnies pétrolières étrangères juste après la découverte du pétrole dans la région.

Le rapport porte un regard historique sur les populations de migrants dans le golfe et nous fait remonter jusque dans les années 1930, à l’époque où des compagnies britanniques et Américaines ont commencé à embaucher des migrants non qualifiés  pour accomplir certaines tâches. Ces compagnies pétrolières ont fini par installer des comptoirs de recrutement en Inde et en Asie du Sud en général. Les politiques d’hébergement reléguaient les migrants à vivre dans des bidonvilles et des tentes tandis que les Américains, les Anglais et les Arabes (qui occupaient des fonctions de cadres supérieurs ou moyens) habitaient des lieux bien plus confortables.

La distinction était donc claire et la ségrégation des ouvriers migrants s’est enracinée dans les sociétés du golfe. En persévérant dans les pratiques ségrégationnistes à travers le système de kafala, les arabes ne font que perpétuer l’impérialisme britannique qui leur a été imposé.

Si les abus ne concernent pas tous les kafeel (parrains), le nombre d’institutions qui bafouent les plus fondamentaux des droits humains laisse à penser qu’il est temps de complètement repenser le système.

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