Le vrai problème de la série arabe Jinn sur Netflix

Toutes les séries arabes ne sont pas morales.

by

Il n’y a pas besoin de quitter le monde arabe pour voir des adolescents boire, fumer et avoir des relations intimes. C’est une réalité mondiale, même dans les régions les plus conservatrices. 

Nous ne pouvons pas prétendre, que la première série Netflix arabe n’est pas un reflet de notre société. Bien qu’il s’agisse d’une société élitiste aux quelques privilèges, Jinn essaye de rester fidèle à une réalité du monde arabe. 

Quelques semaines avant sa sortie, le thriller de cinq épisodes a été accueilli à bras ouvert. Jinn a été décrit comme un tournant par les médias arabes, et a été acclamé pour son intrigue et ses jeunes acteurs à l’avenir prometteur. Mais pour certains, la série reste immorale. 

Jinn a suscité une vive polémique en Jordanie et ailleurs, polémique alimentée par les scènes de l’actrice Salma Milhis embrassant un garçon, et par le langage de la série, jugé trop vulgaire. 

Suite aux réactions de l’audience, les autorités saoudiennes ont vite retiré les affiches publicitaires. En Jordanie, l’affaire est montée jusqu’au procureur général d’Amman, qui a demandé à l’unité de cybercriminalité de mener une enquête. 

Jinn reste relativement « correct » par rapport aux normes mondiales. Pourtant, je me suis retrouvée, moi, une fervente auditrice d’absolument tout et sans censure, choquée par la scène où Mira (jouée par Salma Milhis) embrasse son copain. J’ai alors qualifié la série et son personnage de « féministes » lorsque Mira s’est défendue face aux remarques misogynes de son copain possessif. Pourtant, c’est deux actes m’auraient normalement paru plutôt insignifiant. 

Jinn reste tout de même une série différente. C’est l’histoire d’Arabes qui vivent dans une société arabe, que je n’ai pas l’habitude de voir à la télévision. Mira et ses copains viennent d’une école privée, sont conduits dans de belles voitures, organisent des soirées chez eux, et font des sorties scolaires mixtes avec nuitée dans le désert. C’est une réalité, à laquelle toutes les personnes qui n’appartiennent pas à la bulle élitiste de la région, y compris moi-même, ne peuvent s’identifier. 

Outre la dimension paranormale, Jinn est une histoire arabe. Toutes les histoires arabes ne sont pas de moralité exemplaire, surtout si la moralité ne se définit que par rapport à un échange de baisers et de quelques insultes.   

La plus grande erreur de la série est de se focaliser sur des adolescents d’un même profil social aisé, sans tenir compte des nuances de l’experience adolescente arabe, notamment de ceux qui sont forcés d’obéir à des parents conservateurs et strictes. 

Jinn ne serait alors qu’une série sans lien avec la culture arabe, reflétant une société élitiste influencée par son éducation occidentale. L’immoralité mise en avant par certains, n’est donc qu’un témoin d’une occidentalisation, plutôt que d’une série qui dévoile les réalités de la société arabe.

Partagez cet article