La réalité du confinement lorsqu’on est seul et célibataire

Cinq jeunes témoignent de leur vie en quarantaine

by

La quarantaine n’est facile pour personne, mais pour ceux qui sont seuls, l’isolement est encore plus difficile à vivre. Le fait de n’avoir personne avec qui parler, cuisiner, manger, faire du sport, ou tout simplement avec qui faire quoi que ce soit, devient très démoralisant.

Si certains ont fait le choix de rester à l’écart de leur partenaire, beaucoup vivent cette expérience en étant seuls et célibataires. Nous avons discuté avec cinq jeunes Arabes pour savoir ce qu’ils ressentent.

Youssef, 27 ans, omanais
« Je suis en Arabie Saoudite, et j’apprécie cette pause du travail et des voyages constants. Mais tout ça est assez perturbant parce que j’essaye de comprendre et d’organiser les semaines. Même le sommeil est perturbant. Je n’ai pas non plus l’habitude de ne pas voir de femmes pendant si longtemps. Et en Arabie, c’est encore plus difficile de voir des femmes, et de toute façon, la situation rend les choses plus compliquées. Dans ces moments-là, j’aimerais câliner, embrasser ou tenir la main de quelqu’un. Je pense que je ne sais pas trop comment apprivoiser mes émotions. »

Nadia, 27 ans, franco-tunisienne
« Je n’ai jamais autant dragué que pendant cette quarantaine. Qui c’est, peut-être que le coronavirus mettra un terme à ma vie de célibataire. Mon ex m’a recontacté, et m’a demandé si je voulais faire du sport à l’extérieur avec lui, tout en respectant les distances de sécurité bien sûr. Je chatte aussi avec un type que j’aime bien à l’université, et on a de superbes conversations sur la littérature. J’ai l’impression que cette situation nous force à connaître des gens et à nous connecter lentement avec eux, ce qui est mieux à mon avis. Je pense que le flirt de la quarantaine va  progressivement se développer, et sera plus profond et significatif. »

Selma, 25 ans, franco-algérienne
« Etonnamment, je vais très bien. Je pensais que j’allais devenir folle, parce que je suis une personne hyperactive et je cours tout le temps. Quand je ne fais rien, j’ai tendance à trop réfléchir et à être triste. Je pensais que ça allait être un cauchemar, mais je me rends compte que c’est exactement ce dont j’avais besoin. Je passe un bon moment, j’essaye de rester aussi positive que possible, et mes abonnés sont une grande source de soutien. Ils me remercient et me disent que je les aide à rester positifs. Je fais du sport à la maison et j’aide aussi mes voisins âgés avec leurs courses. Je reste active et je me sens utile. Des fois je me demande si je n’aurais pas dû rejoindre des personnes pour m’isoler en groupe, mais ensuite je me dis que je suis très chanceuse et que je ne devrais pas me plaindre. Mais je ne vais pas mentir, j’ai hâte que tout cela se termine pour retrouver de l’affection romantique. »

Karim, 24 ans, jordanien
« J’ai l’impression d’être dans un film. Parfois je me sens seul et anxieux, et je suis triste d’être loin de ma famille pour une durée indéterminée (je fais mes études à New York). Je n’aime pas les réseaux sociaux, je préfère lire des livres et regarder des films. Mais quelque chose de fou m’est arrivé. Juste avant le confinement, j’ai commencé à chatter avec une fille à l’université, et j’ai senti que nous avions beaucoup de choses en commun. On a commencé à s’envoyer des e-mails, et maintenant j’ai l’impression de vivre une relation épistolaire, même si on ne s’est vu que 3 fois peut-être. On discute beaucoup et tous les jours je me réveille en pensant à l’e-mail que je vais lui écrire. Peut-être que je serai en couple à la fin de ce confinement, mais pour l’instant, le célibat n’a jamais été aussi agréable. »

Lara, 25 ans , libanaise
« Compte tenu des circonstances de l’isolement, j’ai l’impression que nos émotions sont beaucoup plus fortes, surtout lorsqu’il s’agit de rencontres.  Lorsqu’on ne peut pas voir le monde extérieur, et être physiquement dans la même pièce que quelqu’un, on en a encore plus envie. Bien sûr, les rencontres en ligne ont maintenant pris une grande importance. En ce moment je parle à quelqu’un, on ne s’est jamais rencontré mais on a déjà fait des appels vidéo, ce qui est très étrange, mais d’une certaine manière, très excitant, quel que soit le résultat. »

Osama, 26 ans, tunisien
« Bien que je ne refuserais absolument pas un câlin, ou de l’affection sans distanciation sociale en ces temps difficiles, le célibat en confinement est assez décevant. Pendant un bon moment, je pensais que les éclats de notre vie quotidienne frénétique étaient un moyen d’échapper à la vie de célibataire ou au manque de compagnie. Étonnamment, la situation s’est révélée bien plus confortable que ce que j’imaginais. Je ne suis pas fan de cette introspection, mais tout cela m’a permis de guérir de mes expériences passées et d’avoir plus de distance par rapport à celles-ci, ce qui me rendrait potentiellement prêt à accueillir à nouveau quelqu’un dans ma vie, une fois que tout ça sera terminé. »

Partagez cet article