L’émergence d’une mode politique

Activisme politique ou simple effet de mode ?

bySarah Ben Romdane

 

Pendant longtemps, la mode a été jugée superficielle et futile, mais elle est indéniablement politique, et l’a toujours été. Même si, tant la mode que les femmes, ont été exclues du dialogue politique, la collection Printemps Eté 2017 de Dior désormais culte (crée par la première directrice artistique de la marque, Maria Grazia Chiuri) affirmait “We should all be feminists” (“Nous devrions tous être féministes”), faisant référence à un essaie de l’auteure Nigérienne Chimamanda Ngozi Adichie et paru en 2014. Le T-Shirt a été porté par la star Américaine du rap, A$AP Rocky dans son clip Wrong), un exemple frappant du puisant caractère politique de la mode, qui peut être un outil d’activisme.

 

La naissance de slogans politiques dans la mode remonte au années 1970 grâce à la grande dame du punk rock, Vivienne Westwood et au manager des Sex Pistols Malcolm McLaren. Le duo a crée une séries de tee-shirts, désormais collector, déconstruits et flanqués du mot “Destroy”, mais affichant aussi des croix gammées et des crucifix inversés.

 

Dans les années 1980, la créatrice Britannique Katherine Hammnet a fait sensation avec ses  t-shirts iconiques “Choose Life” (Choisis la vie) qui dénonçaient la guerre froide. En 1984, lors d’une rencontre avec le Premier Ministre Britannique Margaret Thatcher, elle portait un tee-shirt sur lequel on pouvait lire “58% are Opposed To Pershing”, faisant référence à la présence de missiles nucléaires au Royaume-Uni.

 

En 2005, Vivienne Westwood a lancé son fameux T-shirt “I Am Not a Terrorist, Please Don’t Arrest Me” (“Je ne suis pas un terroriste, s’il vous plaît ne m’arrêtez pas”) dénonçant la politique antiterroriste du  gouvernement qui était en contradiction avec certaines des valeurs démocratiques fondamentales.

 

Bien que Vivienne Westwood ait prouvé son attachement à la cause et ce pendant plusieurs décennies, il semble qu’actuellement il y ait un problème avec la politisation des défilés. En effet, il semble que dans le climat politique actuel, être activiste soit tendance, mais qu’avec des tee-shirts se vendant autour de 500$, cette mode n’est paradoxalement accessible qu’aux plus riches.

 

Vous pourrez peut-être vous procurer une belle imitation du tee-shirt à slogan de votre designer favori, mais ces pièces là auront sûrement été fabriquées dans des usines où les ouvriers ne se voient même pas reconnus leurs droits les plus fondamentaux.

 

Si la mode est intrinsèquement politique, il semble évident que son engagement politique est incohérent, mais grâce aux réseaux sociaux, on commence à voir l’émergence d’une foule de labels indépendants motivés par un engagement sincère envers la cause et le message qu’ils défendent.

 

L’un de ces labels est le collectif Londonien HypePeace, qui a démontré que malgré la stigmatisation subie par les jeunes pour leur désengagement politique, la vérité est que même s’ils se désengagent de la politique traditionnelle, ils n’ont pas cessé de mener leurs campagnes. Le label a réinterprété l’iconique logo triangulaire de Palace Skateboards en le colorant aux couleurs du drapeau palestinien en Rouge, Vert et Noir.  Le T-shirt a immédiatement eu un succès fou. Les profits faits grâce aux tee-shirts sont allés à des organisations caritatives locales qui soutiennent les jeunes palestiniens. Cette marque est loin d’être un de ces projets qui n’est là que pour flatter la vanité.

 

Au bout du compte, le succès de marques comme HypePeace, (et l’attraction des activistes envers  ceux qui, comme Westwood et Hamnett, s’engagent depuis toujours) réside dans le fait que les millenials accordent une grande importance à la vision politique et sociale des marques. Le fait que des marques comme Dior, Vivienne Westwood et Tommy Hilfiger, s’attaquent à des problématiques sociales à travers leurs défilés et leurs campagnes, est le marqueur d’un changement positif dans l’industrie de la mode. Les créateurs utilisent leurs plateformes pour instituer des changements politiques et sociaux mais cela pose aussi la question de savoir si l’activisme n’est pas devenu davantage une stratégie commerciale plutôt que le réel vecteur de réel changement politique ?

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