Chers Arabes non-noirs, oui, vous êtes encore privilégiés

Le racisme anti-Noirs est aussi un problème arabe

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Si vous êtes arabe et que vous lisez ceci, il est très probable que vous ayez été confronté au racisme ou à l’islamophobie. Évidemment, il est important que nous, en tant que communauté, continuons de nous battre pour plus de représentation afin que le monde puisse reconnaître la valeur de nos vies, de nos expériences et de nos talents.  Cela dit, il est essentiel d’avouer que, dans la lutte contre le racisme, les arabes non-noirs ont échoué.

C’est vrai, le racisme touche de nombreuses autres communautés. Mais il est important de reconnaître que lorsqu’il s’agit de racisme institutionnel, il sera toujours pire pour les Noirs, où qu’ils soient dans le monde. Il est temps d’y faire face : le racisme anti-Noirs est également un problème arabe et c’est le moment de le résoudre.

J’ai grandi en tant qu’Arabe en France, mais j’ai inévitablement eu accès à la blanchité et aux structures de pouvoir qui l’accompagnent. Bien qu’il ne m’ait jamais semblé juste qu’on me dise des choses bizarres comme « vous ne ressemblez pas aux autres musulmans », j’avais toujours un certain privilège racial.

Partout dans le monde, le fait d’être noir a longtemps été accepté comme faisant partie de  « l’ultime autre race », comme l’explique Robin DiAngelo dans son best-seller White Fragility. Historiquement, les Noirs ont été victimes d’un racisme anti-Noirs incessant, et notre région ne fait pas exception à la règle. La traite arabe des esclaves est une réalité historique que nous avons longtemps évité.

Du VIIe siècle au début du XXe siècle, les Arabes musulmans d’Afrique du Nord ont vendu des millions d’esclaves africains au Moyen-Orient. En 2017, l’agence des Nations unies pour les migrations a révélé que des migrants d’Afrique de l’Ouest étaient vendus sur les marchés d’esclaves libyens. Et au moment où j’écris cet article, le système de travail Kafala continue d’opprimer et de nier les droits des travailleurs migrants africains au Liban et dans le Golfe.

Les Arabes de la région ne sont peut-être pas très familiers avec le concept de violence policière comme les gens le sont aux États-Unis ou en France, mais notre histoire commune d’esclavage a conditionné les Arabes non-noirs à être souvent aveugles face à leur propre discours anti-Noirs et aux infrastructures qui perpétuent le racisme systémique.

Les nombreuses et fréquentes représentations de blackface  (un élément de base très problématique dans la comédie arabe qui devrait être dénoncé et supprimé immédiatement), sont une preuve suffisante pour dire que le racisme anti-Noirs est profondément ancré dans la culture arabe. 

En tant qu’Arabes blancs, il nous incombe maintenant de corriger ces torts en reconnaissant nos privilèges et en s’engageant à les utiliser pour lutter contre le racisme systémique.

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