Ce qu’on ressent lorsqu’on nous dit qu’on n’a pas l’air assez arabe

Désolée, j'ai dû laisser mon chameau à la maison...

by

Quand on me demande «D’où viens-tu ? », je sais que je ne suis pas la seule à ressembler au mème du personnage en sueur, essayant de savoir si on me demande plutôt : où je vis, où je suis née ou plutôt d’où vient ma famille.

Instinctivement, je dis souvent que je viens du Maroc, comme mes parents me l’ont fièrement appris. Les réponses que je reçois ne sont jamais très différentes, et se résument toutes à cette même affirmation : « Mais tu n’as pas l’air…. arabe ».

A cet instant de la discussion, je me permets de préciser quelques faits : non, mon nom n’est pas le choix exotique d’un couple de hippies blancs en vacances à Marrakech dans les années 70. Le Maroc est en fait un pays très riche d’un point de vue ethnique. Ma famille vient de la partie nordique des montagnes du Rif, où la peau pâle et les cheveux roux sont en fait assez habituels. Et oui, mes deux parents sont vraiment marocains. Et non, je ne ressemble pas à la plupart des Marocains que vous voyez dans les médias. Oui, ma sœur a une couleur de peau plus foncée, comme une grande partie de ma famille. Mais surtout… rien de tout cela ne me rend « moins » Arabe.

arab look khalid mezainaMaintenant bien sûr, en tant qu’Arabe qui passe pour une blanche, j’ai pu avoir d’innombrables privilèges, et à aucun moment je n’écarterai ce point de la conversation. Une des choses les plus révélatrices, et en même temps les plus douloureuses, a été de m’asseoir dans un lieu de « blancs », avec des personnes qui ne savent absolument pas que je suis arabe, ou musulmane, et d’entendre ce que certaines personnes pensent réellement de mes deux communautés. C’est souvent dur à entendre, mais c’est aussi ma responsabilité, en tant qu’Arabe non visible, de prendre la parole, de défendre ma communauté, et de rompre chaque cliché et stéréotype nocif qui nous sont soumis, mais qui sont aussi, à huis-clos, soumis à d’autres minorités.

Cela n’arrive pas uniquement dans les pays occidentaux. C’est aussi un problème majeur dans le monde arabe. Notre région, qui compte 22 pays, abrite aussi les points de vue les plus restrictifs et les plus étroits en ce qui concerne le niveau d’« Arabité » des uns et des autres.

Voici certaines choses que l’on m’a dites au cours des années, en tant que Marocaine qui parle le dialecte rifain :

« Tu ne parles pas le vrai arabe »

« Tu n’es pas vraiment arabe, tu es marocaine »

« Mais tu ne ressembles pas à une marocaine »

« Tes parents ont-ils eu d’autres liaisons ? »

« Vous n’êtes pas vraiment religieux »

arab look khalid mezainaEt la liste continue. Ces paroles sont toutes plutôt légères, mais à la longue, lorsqu’on nous répète toujours la même chose, cela peut nous faire douter de notre propre identité et de notre place dans le monde. On a l’impression de perdre son identité. Quand je rentre au Maroc, je reçois aussi une version allégée de ces questions, mais une fois que j’ouvre ma bouche, et que je commence à parler, le silence s’impose dans la salle et on me dit : « Ohhh, tu es une vraie femme rifaine », ce qui semble être une petite, quoique étrange, victoire d’identité.

Tout ceci soulève la question suivante : en tant que région, et communauté, si l’on ne peut pas se soutenir, et apprécier les nombreuses contradictions qui finalement nous unissent plutôt que nous divisent, comment peut-on espérer tout cela des autres ?

Illustrations de Khalid Mezaina

Partagez cet article