La tendance au bien-être, une appropriation culturelle ?

Décolonisez votre pratique du yoga…

bySarah Ben Romdane

Au cours des dernières années, j’ai remarqué que de plus en plus de millenials bourgeois blancs sortis d’écoles privées postaient des selfies depuis des studios de yoga très “classe” de Londres, New York, Paris ou Dubaï, avec le hashtag #Burner, en référence à Burning Man, un festival hippie embourgeoisé qui a lieu chaque été dans le désert du Nevada.

 

Cela m’a conduit à me demander si la tendance actuelle au bien-être (les revenus de l’industrie du yoga s’élèvent à 10 milliards de dollars par an aux États-Unis) pourrait en fait n’être qu’une forme d’appropriation culturelle… Ne vous méprenez pas cependant : pratiquer le yoga, en soi, ne pose aucun problème, mais le business tout autour, qui s’épanouit dans notre système capitaliste, est plutôt problématique. Faire de l’argent à partir de la spiritualité, voilà qui modifie fondamentalement son sens sacré. Le bien-être est devenu individualiste, et les cours de yoga, les livres de méditation et les herbes médicinales sont maintenant adaptés et vendus au nom du moi intérieur.

 

Et il s’avère que je ne suis pas la seule à me poser la question. Un professeur d’études religieuses de l’Université d’État du Michigan a récemment déclaré que “Le yoga en Occident n’est rien d’autre qu’une continuation de la suprématie blanche et du colonialisme”.

 

En Occident, beaucoup de gens pratiquent le yoga pour se détendre et faire de l’exercice, tout en ignorant complètement son but religieux traditionnel. Mais ce comportement semble assez opportuniste et irresponsable. Beaucoup de gens qui fréquentent les cours de yoga, et même certains enseignants ne savent pas grand-chose des racines et de la philosophie spirituelle du yoga, qui viennent de l’Inde et de l’hindouisme.

 

La façon dont les Occidentaux blancs pratiquent le yoga renforce leurs perspectives ethnocentriques et orientalistes à propos du “reste du monde», généralement décrites comme “exotiques”, quand ce n’est pas “barbares”. Ce “détournement” du yoga, comme l’atteste le professeur Shreena Ghandi, révèle en réalité des comportements impérialistes. Les gens aiment prendre des cours de yoga à Manhattan ou à Shoreditch, mais ne se sont jamais vraiment souciés du bien-être des personnes marginalisées en Inde.

 

La récente marchandisation du yoga, démontrée par l’émergence de studios, d’applications et d’articles de mode sophistiqués, prouve à quel point son essence a été corrompue. Le yoga fait maintenant partie de notre système économique d’exploitation, avec un coût pour les cours à ce point élevé qu’ils en sont pour ainsi dire réservés aux seuls riches.

 

Mais, il est indéniable que l’explosion du yoga et de l’industrie du bien-être est révélatrice du climat politique et social actuel en Occident. La génération du millénaire subit de nos jours de terribles pressions pour essayer d’égaler les réalisations des baby-boomers et doit, de plus, sacrifier plus de la moitié de son salaire juste pour payer son loyer, si bien que le bien-être est devenu une sorte de béquille qui les caractérise – et le yoga, ironiquement, semble en être à la fois la réponse et le symbole.

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