5 jeunes activistes arabes utilisent instagram comme outil de contestation

Une génération qui tente de rendre le monde meilleur

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Nous pouvons tous le confesser, l’attention que l’on reçoit sur les réseaux sociaux procure un certain plaisir.  

Mais une nouvelle génération d’activistes est en train de prouver que Instagram ne se résume pas à des selfies narcissiques. La plateforme est aussi utilisée pour mettre en lumière des sujets souvent ignorés, montrant ainsi au monde entier qu’il est possible d’utiliser les réseaux sociaux pour créer de réels changements dans nos vies.

Ces dernières années, Instagram est devenu un espace sûr pour les communautés marginalisées, leur permettant à leur aise, d’ouvrir des débats importants et d’accroître leur visibilité.

Alors que certains doutent encore de l’efficacité de l’activisme en ligne, le mouvement « Black Lives Matter » prouve le contraire, et témoigne de la puissance des hashtags.

Avec plus d’1 milliard d’utilisateurs dans le monde, les jeunes activistes savent qu’à l’ère du digital, la plateforme est essentielle à leur plaidoyer.

 Qu’ils protestent contre la corruption, appellent à la décolonisation de nos esprits, soutiennent les exilés, ou combattent le harcèlement quotidien, leur activisme revêt plusieurs aspects.

Nous avons rencontré cinq jeunes Arabes pour leur demander comment et pourquoi ils utilisent Instagram comme un outil de contestation.

@lebanoncorruptionfacts

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Lebanon’s consistently poor performance in these rankings is a symptom of government inefficiency and widespread corruption.⠀ ⠀ Indeed, according to the WEF, the 5 most problematic factors for doing business in Lebanon relate to government instability, corruption, inadequate infrastructure, inefficient government bureaucracy and policy instability. Despite “punching above its weight in terms of business sophistication, technological readiness and innovation” (Global Competitiveness Report 2017-18, pg. 178), Lebanon continues to be held back by its government.⠀ ⠀ SOURCE: 2017/2018 Global Competitiveness Report, World Economic Forum (WEF).⠀ ⠀ ‎#لبنان_ينتفض #LebanonRevolution⠀ ⠀

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«Bien que nous ayons tous les trois grandi à l’étranger, nous nous sentons clairement libanais, et nous avons eu le privilège de passer une grande partie de notre enfance dans notre pays lorsque nous visitions nos familles. En 26 ans, nous n’avons été témoins d’aucune amélioration des infrastructures et de la qualité de vie au Liban. Un constat peu étonnant si l’on observe l’incompétence de notre gouvernement, dirigé par un même groupe de personne tout au long de cette période. Nous avons donc décidé de soutenir la révolution en exposant tout ce que nous savons de manière claire, simple et directe : à travers des faits et des chiffres.

Nous pensons qu’avec ce type d’information, les gens pourront voir les réelles intentions des politiciens derrière leur rhétorique bien étudiée. Une rhétorique, qui auparavant a divisé notre pays et a entravé le progrès dès la fin de la guerre civile. En tant que membres de la diaspora libanaise, loin du mouvement social dans notre pays, nous avons choisi de le soutenir ici à Londres en partageant les informations qui auraient déjà dû être partagées avec la société, mais qui malheureusement ne le sont pas. Instagram est une plateforme qui nous a permis de partager notre information de manière claire et directe, mais surtout de manière instantanée.»

@neilaromeyssa, fondatrice de @commun.exil

« J’ai voulu créer une plateforme d’expression et de dialogue instantané, réservée à tous ceux qui, comme moi, ont été affecté par l’expérience de l’immigration. La place que prend l’exil aujourd’hui dans notre conscience collective a beaucoup d’importance pour moi. Je me sentais terriblement triste il y a quelques mois, j’étais déprimée. L’Algérie me manquait trop. Je me sentais abandonnée. J’ai donc commencé à écrire à mes amis et ma famille, et beaucoup m’ont répondu : « je comprends très bien ce que tu ressens ». J’utilise le mot exil et non pas immigration (qui peut être utilisé en référence aux immigrés de la deuxième et troisième générations) pour parler des personnes qui, comme moi, sont parties de chez elles pour s’installer ailleurs. Ma plateforme est là pour nous donner un espace commun, rien que pour nous, et pour donner de l’espoir. »

@taqwabintali, fondatrice de @zarafetgalleries

« Je suis née et j’ai grandi à Paris. En tant que femme voilée, ça n’a jamais été très simple pour moi de trouver une école, un stage ou un travail. J’ai toujours aimé la mode et l’art, mais j’ai toujours senti qu’il y avait un vrai problème de représentation dans ces industries. Je n’ai jamais vraiment eu un lieu de confort, où j’avais la possibilité de rencontrer des personnes, d’avoir des conversations et de partager ma passion. Rapidement, je me suis rendu compte que je n’étais pas la seule à ressentir ça. Avec ma cousine, nous avons créé la plateforme Zarafet Galleries, qui cherche à célébrer la culture modeste/musulmane en France. Nous sommes très actives sur Instagram car notre objectif est d’offrir à notre communauté ce qu’elle n’avait pas, mais aussi de la renforcer. Les retours ont été superbes. Tout le monde nous remercie, et notre communauté nous rappelle combien elle se sentait seule (avant Zarafet) et frustrée face au monde très étroit des médias. Nous sommes tout simplement en train de construire une tribu digitale, et ce que j’adore d’Instagram c’est que l’on peut atteindre énormément de personnes. Aujourd’hui, même des femmes et hommes non-musulmans nous entendent et nous suivent. »

@borderthinking

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Bonjour ! 😊

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« Je suis franco-algérien, j’ai immigré en France avec ma famille en 2000. Mon objectif est d’introduire des théories à travers des textes et des mèmes internet afin de susciter une prise de conscience collective, sans devoir me plier aux exigences académiques. En France, très peu de plateformes adopte l’autoapprentissage et l’exploration d’études postcoloniales ou d’études de genre. A travers mon compte, j’essaye de clarifier des concepts et de partager des listes de lecture afin que mes abonnés puissent comprendre le monde et ses enjeux d’un œil critique. En France, de tels sujets ne sont enseignés qu’en étude supérieur, limitant ainsi leur accès qu’à un certain nombre de personnes privilégiées (généralement occidentales). C’est pour cela que je pense que les réseaux sociaux sont un moyen révolutionnaire et efficace pour diffuser des recherches et changer le monde. »

@baddunes, fondatrice de @laviedunemarocaine

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#TKLM par @cha3bi.popart #laviedunemarocaine

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« Ma plateforme veut combattre les tabous et détruire les stigmates qui entourent le harcèlement sexuel au Maroc. J’invite les femmes à m’écrire anonymement sur ce qu’elles ont vécu et je partage leurs histoires afin de les aider à guérir de ce traumatisme. J’ai reçu une effusion de lettres extrêmement sincères et non filtrées, car rien ne protège les femmes victimes de harcèlement au Maroc. Au bout d’un moment, je recevais plus de 200 messages par jour. J’espère pouvoir créer un mouvement qui mettra fin à la discrimination et à l’harcèlement sexuels. 

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