Guérir d’une rupture dont vous ne pouvez pas parler à vos parents

5 jeunes arabes qui souffrent en silence

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Aussi conservateurs ou libéraux que puissent être les parents arabes, la vie amoureuse des jeunes Arabes est encore largement considérée comme un tabou tacite, surtout si l’on n’est pas en couple avec la « bonne » personne.

Parfois, en raison des attentes des parents, tomber amoureux peut étrangement ressembler à une trahison, ce qui nous force à cacher notre partenaire.

Lorsque les parents tentent de choisir qui nous devons aimer, une pression supplémentaire s’ajoute à notre relation. Et quand la relation ne fonctionne pas, nous n’avons pas à qui s’adresser pour pleurer, parce que pendant tout ce temps, il fallait garder la relation secrète.

La plupart des jeunes Arabes grandissent très proches de leurs parents. Mais notre communauté collectiviste accorde la primauté à la loyauté familiale, et nous choisissons donc de garder certaines choses secrètes (et de souffrir en silence), au lieu de confronter leurs préjugés, souvent très archaïques.

Nous avons demandé à cinq jeunes Arabes comment ils se sont remis d’une rupture amoureuse dont ils ne pouvaient pas parler à leurs parents.

Faris, irakien
“Je n’ai jamais parlé d’amour à la maison. Ma première rupture amoureuse a eu lieu après un voyage en Europe à l’âge de 20 ans. J’ai rencontré un homme et nous sommes restés ensemble trois semaines en tout. Après le voyage, je devais lui rendre visite en Espagne. Mais je me suis rendu compte qu’il mentait, il était en fait au Mexique et il a rompu avec moi via e-mail pendant les vacances de Noël. À l’époque, nous n’avions pas internet à la maison, je devais donc aller à l’université tous les jours pour vérifier mes e-mails, et ma mère a remarqué que quelque chose était bizarre. J’étais très froid, mais elle n’en parlait pas avec moi. Personne n’était au courant de mon orientation sexuelle, je devais donc trouver du soutien en ligne, auprès d’étrangers. Même les problèmes de mes parents (mon père nous a quittés) n’étaient pas discutés à la maison, je ne pouvais donc certainement pas parler de mes problèmes, et j’ai mis 6 mois à m’en remettre.”

Salma, tunisienne
“Bien que mes parents soient assez progressistes (et que je sois très proche de mon père), l’amour est quelque chose qu’on ne discute pas. Mais quand j’y pense, l’amour n’est pas un sujet dont j’ai envie de discuter avec eux. Je vis encore avec mes parents, et je partage donc beaucoup de choses avec eux, mais je veux garder ma vie amoureuse pour moi-même. C’est où je me sens autonome et indépendante. Lorsque j’ai vécu une rupture amoureuse, j’étais triste et j’aurais aimé que mon père soit plus ouvert par rapport à ce que je vivais, parce que je voulais parler à un homme, et avoir le point de vue d’un homme, pour que les choses aient peut-être plus de sens pour moi. Mais à la maison, « on gère les choses tout seul ». Ma rupture était douloureuse et triste parce que mon copain n’était pas très « traditionnel », et j’avais l’impression que personne ne pouvait s’identifier à ce que je vivais. Pendant plusieurs semaines, j’ai passé la plupart de mon temps chez une amie, à pleurer et à écouter des chansons Disney. “

Khaled, marocain
“Je pense que l’amour est un sujet qui n’a pas sa place dans la sphère familiale, d’autant plus que mon orientation est différente de celle de mes sœurs hétérosexuelles, qui sont déjà discrètes sur leurs relations. Je ne mens pas et je ne cache pas les choses, ce serait trop toxique, mais je n’en parle pas. Quand mon ex a rompu, j’étais frustré de ne pas leur dire, et ces moments étaient très difficiles. Ils voyaient ma peine mais n’arrivaient pas à saisir pleinement la situation. C’est bizarre de vivre des sentiments si intenses tout en restant silencieux chez moi, où je devais normalement me sentir en sûreté et avoir du soutien. Chez moi c’est le contraire, je marche sur des œufs, et je vis une sorte de double vie. Cela m’a forcé à me renfermer sur moi-même et à me forger une armure. Je ne pense pas que ce soit très sain, et je demande constamment pourquoi est-ce tellement dur de parler d’amour dans notre société ?”

Alicia, libanaise
“Je  ne parle pas de mes relations à la maison parce que nous n’avons pas la même vision, je préfère donc ne pas parler avec eux de ma vie amoureuse. Le conflit de générations rend les choses bizarres, on ne parle pas la même langue. La rupture a été dure parce qu’il fallait que je prétende constamment que tout allait bien, et que j’invente des excuses stupides. Au lieu d’accepter la douleur et de me lâcher, je devais me forcer à arrêter de pleurer et être triste parce que mes parents étaient à côté. Pour m’en remettre, j’ai passé du temps seule, je me suis concentrée sur moi-même, et j’ai lu des livres.”

Sarah, émirienne
“Lorsque j’ai commencé à sortir en cachette avec mon ex-copain, je trouvais ça excitant. Mais c’est très rapidement devenu fatiguant et bizarre, j’avais l’impression d’être une adolescente. Finalement je leur ai dit, et ils étaient déçus et énervés, parce qu’il n’était pas ce qu’ils attendaient pour moi. Alors que je pensais que leur dire rendrait tout plus supportable, c’était en fait le début d’une nouvelle difficulté. Je pensais que ça allait apporter un peu d’intimité et de confiance dans notre relation parent-enfant, mais je pense que ça a apporté plus de tension. J’ai donc arrêté de parler de ma relation et lorsque nous avons rompu, j’ai gardé cela pour moi-même. Garder ma vie cloisonnée semblait être la seule solution viable, mais cela entraînait tellement de stress dans toutes les relations concernées que je me sentais impuissante. Heureusement, certains amis qui ont toujours été là pour moi m’ont apporté leur soutien. Ils m’ont aidé à vivre ces moments et à m’en remettre.”

Illustration par @roshbena

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