Nous avons demandé à 7 jeunes musulmans pourquoi ils ne boivent pas

… Et ce n’est pas pour des raisons religieuses

by

Si vous ne le saviez pas encore, être sobre aujourd’hui, c’est cool. C’est un phénomène mondial, qui ne concerne pas que les musulmans les plus pieux.

J’ai grandi dans une famille musulmane plutôt libérale, où boire était autorisé. Quand je repense à mes années universitaires, je me rappelle des superbes moments passés avec mes amis, où on se saoulait sans honte. Mais avec du recul, je ne ressens pas de nostalgie pour cette période de ma vie.

Vous m’imaginez peut-être comme une maman trouble-fête, mais j’ai 25 ans, je n’ai pas d’enfants et je me considère comme une personne plutôt fun. Sans l’avoir envisagé, je suis devenue une de ces personnes que l’on appelle « sober curious ».

Boire en général, est de moins en moins attirant. Selon une étude de la NHS, la proportion de personnes entre 16 et 24 ans qui n’a jamais bu d’alcool est passée de 18% en 2005 à 29% en 2015. Et ceux qui boivent, on diminuait le rythme.

Le « bien-être » est le nouveau mot à la mode ces dernières années. Alors que se reposer et se décontracter rimait avec une sortie au bar, aujourd’hui les milléniaux préfèrent prendre soin d’eux-mêmes, ce qui se traduit par une meilleure alimentation, du sport et plus de sommeil.

Que ce soit pour mener une vie plus saine, ou pour surmonter un problème avec l’alcool, de nombreuses raisons justifient son abandon. J’ai demandé à sept jeunes musulmans de me raconter pourquoi ils ont arrêté de boire, et comment ce choix à changer leur vie.

Tala, 25 ans, Jordanienne
« Tout d’abord, je n’apprécie plus autant l’alcool qu’avant, et depuis que je suis rentrée chez moi en Jordanie après l’obtention de mon diplôme, je me suis retrouvée à boire de moins en moins sans m’en rendre compte. Mais la principale raison est liée à ma santé. J’avais difficilement perdu 25 kilos ces deux dernières années, et je me suis rendu compte que l’alcool ralentissait ma perte de poids. J’ai commencé à apprécier ce mode de vie sain et je n’avais pas envie de tout gâcher en prenant un verre, surtout que vers la fin je ne buvais presque plus. Ça n’en valait plus la peine. J’ai remarqué une réelle différence au niveau de mon énergie (surtout le matin), et ça m’a permis d’avoir un meilleur contrôle sur moi-même, comme par exemple avec les cigarettes, les Juul etc. Je ne me considère pas comme « sobre » parce que je n’ai jamais vraiment essayé d’arrêter, c’est venu plutôt naturellement. »

Lamia, 27 ans, Algérienne
« J’ai décidé d’arrêter l’alcool pour une simple raison. L’alcool commençait à avoir un impact sur mes émotions et mon comportement, et je dirais même sur mon hygiène journalière. En 2019, tout est parti en vrille. Du lundi au dimanche, je buvais au moins une bouteille par jour. Et du mercredi au dimanche, je sortais en boîte de nuit et je buvais de l’alcool fort. En plus de ça, j’adore la cuisine, et chaque plat préparé était accompagné de vin. Boire m’a rendu exécrable.

Pour mes 27 ans, je suis partie en vacances avec mon ex petit ami. La veille de mon anniversaire, j’ai tellement bu que je suis tombée très malade. Je suis rentrée à Paris dans un état lamentable, et j’ai décidé d’arrêter de boire pendant une semaine. Je dormais mieux, ma mémoire était meilleure, j’étais plus positive et plus gentille avec les personnes qui m’entourent et avec moi-même. »

Ines, 30 ans, Tunisienne
« L’alcool et moi avons divorcé il y a 10 ans déjà. A chaque fois que je commande une eau pétillante au bar, j’ai le droit à « Tu ne bois pas ? », « Pourquoi pas ? », « Trop bizarre », « Tu devrais boire un verre ». Mais je dis toujours non. Je veux contrôler mes actes et mes propos. Etre sobre, c’est une forme de pouvoir pour moi, et aujourd’hui je suis maître de mes choix. Cette légèreté et ce détachement qu’offre l’alcool ne m’intéressent pas. Je veux vivre pleinement les moments, et surtout, je veux m’en rappeler. Je ne juge pas les personnes qui boivent, mais je ne veux pas leur ressembler ».

Salma, 24, Syrienne
« J’ai réfléchi à devenir sobre durant de longues années. Je buvais beaucoup pour occuper ma personnalité addictive. Je vivais des choses horribles, j’ai vécu une rupture très violente et j’utilisais l’alcool comme une béquille jusqu’à récemment, lorsque j’ai décidé d’arrêter de boire à chaque fois que j’étais triste ou en colère. Même si j’ai un meilleur contrôle sur ma consommation, l’idéal pour moi serait de complètement arrêter de boire. Ma santé mentale n’a jamais été aussi stable, c’est magnifique et je suis reconnaissante du travail que j’y ai consacré.

Jusqu’à présent je me suis sentie un peu déprimée, et je me suis dit que c’était le bon moment pour arrêter de boire, car si je peux le faire pendant mes jours difficiles, alors ça sera facile le reste du temps. Arrêter de boire c’est un processus, comme une guérison ». 

Salima, 26 ans, Marocaine
« Je ne suis pas musulmane, j’ai commencé à boire quand j’avais 16 ans et je n’ai arrêté qu’il y a quelques semaines. Ma relation avec l’alcool était compliquée, je l’utilisais comme un médicament auto-prescrit pour soigner mon anxiété, mais je me retrouvais toujours dans des situations embarrassantes avec mes amis, à faire des choses folles et à me disputer.

La plupart du temps je ne m’en rappelais pas bien sûr, mais mes amis me racontaient et je buvais à cause de la culpabilité et de la honte. Je suis excitée à l’idée d’arrêter mais j’ai aussi peur car l’alcool est socialement accepté en Italie, où je vis, et fait partie de la culture. J’ai déjà essayé d’arrêter mais j’ai toujours rechuté. Je vais en thérapie maintenant, et ça m’a beaucoup aidé, j’espère que cette fois-ci, je me libérerai enfin de cette cage de l’addiction. »

Khadija, 26 ans, Libanaise
« Mes raisons pour rester sobres sont assez simples. Mon corps ne peut tout simplement pas digérer l’alcool efficacement. C’est comme un poison que mon corps rejette immédiatement. Cette maladie génétique, m’arrange très bien d’ailleurs. L’alcool a des effets secondaires pas très flatteurs, comme la prise de poids et les rides, que la narcissiste en moi aimerait éviter. Donc même si je n’étais pas intolérante, je pense que je resterais à l’écart de l’alcool. »  

Sekou, 27 ans , Guinéen et Ivoirien
« J’ai essayé l’alcool quand j’étais plus jeune. Même si l’Islam l’interdit, c’est plutôt son goût qui m’a poussé à ne pas boire. Je déteste ça, et l’odeur aussi ! Avec le temps, j’ai aussi appris que c’était extrêmement dangereux pour notre santé. Les campagnes de sensibilisation aux dangers de l’alcool en France ont eu un réel impact sur moi en grandissant. Est-ce que vous saviez qu’on peut avoir une cirrhose ou une inflammation du pancréas à 25 ans ? Ma santé c’est ce qu’il y a de plus précieux à mes yeux. Je déteste aussi la sensation de perdre le contrôle. »

Partagez cet article