Des jeunes confinés chez leurs parents témoignent

Les hauts et les bas du confinement en famille

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Depuis l’épidémie du coronavirus, de nombreux jeunes étudiants arabes à l’étranger ont décidé de faire leurs valises, de laisser derrière eux leur indépendance, et de rentrer à la maison. Malgré le risque évident lié aux voyages durant cette crise, ils ont préféré être près de leurs proches, plutôt que d’être coincés tout seuls dans un autre pays.

Pour ceux qui vivent à la maison, la quarantaine veut aussi dire passer plus de temps avec ses parents, ce qui peut être difficile.

Comment se passe le confinement à la maison avec ses parents ? Comment la “quarantaine en famille” bouleverse-t-elle la vie des jeunes Arabes ? Nous avons discuté avec 5 jeunes Arabes pour le savoir.

Rachad, 26 ans , syrien
« A l’approche de mon mois de quarantaine chez mes parents, je peux dire que cette période est une expérience fructueuse et enrichissante, mais pour être honnête, cette expérience est parfois frustrante et agaçante. Je travaille dans le milieu hospitalier et j’appréciais ma vie indépendante, loin du contrôle parental. Mais il y a eu des moments où ma famille et ma maison me manquaient énormément. Maintenant que je suis à la maison 24 heures sur 24,7 jours sur 7, j’apprécie les moments que je passe avec eux, à aider avec les tâches ménagères, à regarder les infos ou tout simplement à profiter de leur compagnie. Une journée type consiste à cuisiner de nouvelles recettes avec ma mère, faire du sport avec elle aussi, et regarder la télé avec ma grand-mère l’après-midi. En tant que jeune adulte, j’aimerais avoir un peu d’intimité et de temps pour moi. Le fait de ne rien avoir à faire peut entraîner des disputes sur de petites choses. Pour passer un peu de temps seul je regarde des séries, je lis des livres ou je demande des nouvelles de mes amis et ma famille. Mais dans les moments d’extrême frustration et de lourdeur familiale, je fais les courses hebdomadaires au supermarché, et j’en profite pour respirer et avoir un peu de temps pour moi, et je me dis qu’en ces temps difficiles, le temps que je passe aux côtés des personnes que j’aime est précieux. »

Sara, 24 ans, libanaise
« Honnêtement, je n’attendais pas ce moment avec impatience. Je me sens plus confortable et indépendante lorsque je sors. Mais j’ai commencé la distanciation sociale bien avant la propagation rapide du virus début mars, je ne voulais pas prendre le risque d’infecter ma famille (surtout mon père qui est plus à risque). Je suis donc restée à la maison, et j’y suis encore. Mais c’est difficile. J’aspire à des jours paisibles. En ce moment, je suis critiquée pour tout ce que je dis ou fais. Mais d’autres journées sont plus intéressantes. Je voulais passer du temps avec mon père et c’est enfin le cas. En tant que parent immigré, il a beaucoup de choses à gérer, comme être à jour avec les factures etc. Il ne consacre pas de temps pour lui-même. Je comprends qu’il soit très occupé, mais tout ce que je voulais c’est qu’il prenne soin de lui-même. C’est la première fois depuis très longtemps que je le vois respirer et ne pas se soucier des factures. C’est la seule chose qui me rend heureuse pendant cette quarantaine. »

Yasmine, 18 ans, marocaine
« C’est assez lourd. Ma mère et moi nous entendions bien, mais plus on passe du temps ensemble, plus ça s’empire. En fait ça l’agace que je sois agacée. J’ai eu de très mauvaises nouvelles concernant mes études après le lycée à cause du virus, ce qui m’a vraiment bouleversée. Mais lorsque je lui en parle, elle s’énerve et dit : « arrête d’en parler, tu peux rien n’y faire de toute façon », ou alors « ça ne sert à rien de s’énerver, ça ne va rien changer ». Mais j’ai juste besoin de parler de ce que je ressens parce que ce n’est pas bien d’intérioriser. Et mon père est une personne désagréable, et avec ma mère on ne s’occupe plus de lui. Je suis reconnaissante pour notre santé, mais j’aurais aimé passer ce confinement différemment. Mes sœurs, qui n’ont pas pu nous rejoindre, me manquent, et j’aurais aimé voir mes grands-parents. »

Youssef, 23 ans, jordanien
« C’était une décision difficile à prendre car j’ai payé une année entière de frais et j’ai un appartement à New York, et j’ai l’impression de rater la vie qu’on me doit. Je suis maintenant de retour chez mes parents, ce qui est bien, mais je ne sais pas ce que l’avenir me réserve. J’essaie juste de vivre cette situation au jour le jour, de profiter de la présence de mes parents et d’espérer que tout ira pour le mieux. »

Maya, 25 ans, tunisienne
« J’ai rendu visite à mes parents pour des vacances et j’ai fini par être coincée avec eux. C’est super parce qu’en Tunisie, je peux manger les plats que j’aime, et les choses me semblent plus faciles ici. Nous sommes là les uns pour les autres et je ne suis jamais vraiment « isolée ». Cependant, j’ai l’impression d’avoir fait un retour à l’adolescence. Parfois je me sens anxieuse et stressée, et j’ai envie de sortir fumer une cigarette le soir. Mais je ne peux pas. Je suis coincée à la maison avec nulle part où aller. Ou alors, parfois j’ai envie d’appeler mes amis et de parler de ce que je ressens sans filtre, mais j’ai toujours l’impression que quelqu’un m’écoute. Dans l’ensemble, je suis reconnaissante de pouvoir passer ces moments avec mes parents.Cette quarantaine est comme une thérapie pour moi. Je redéfinis les valeurs de ma relation, de ma carrière et le sens que je veux donner à ma vie. Et faire cela ici, près d’eux, est à mon avis encore plus puissant.»

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