05 Apr

Vous n’êtes pas un expat, vous êtes un immigré

Désolée de vous décevoir...

Written By Amina Kaabi

Vous, vous n’êtes pas un ‘expat’, vous êtes un immigré non-assimilé, soit blanc, soit riche, soit les deux. Je sais que cela pourrait être perçu comme une déclaration présomptueuse, mais laissez-moi le temps de m’expliquer.

 

Pour commencer, l’un des facteurs de différenciation entre un expatrié et un immigré a toujours été celui du choix. Les expatriés sont perçus comme différents des immigrés ordinaires, ils sont considérés comme des cosmopolites qui ont choisi de migrer, tout simplement parce qu’ils le voulaient.

 

Mais cette logique suppose que les immigrés, eux, n’ont jamais eu le choix. Et ça, c’est totalement faux.

 

Tout d’abord, c’est toujours une question de choix, tout ceux qui sont concernés ont pris la décision d’émigrer. Ainsi, l’argument selon lequel un ‘expat’ serait différent, ou ‘meilleur’ parce qu’il aurait fait le choix de partir vivre ailleurs est invalide. Quand un avocat d’entreprise décide d’emménager à Hong Kong pour poursuivre sa carrière, sa décision n’est pas différente de celle d’un parent peu instruit qui émigre en Amérique pour travailler comme concierge, afin de subvenir aux besoins de ses enfants.

 

La seule vraie différence entre les exemples ci-dessus réside dans le niveau d’éducation, les compétences et, en fin de compte, le type d’emploi exercé dans le pays d’immigration des uns et des autres. Mais à la base, la raison pour laquelle on décide de s’en aller est sans aucun doute la même. Au final, l’avocat et le concierge sont tous deux des travailleurs migrants, l’un ayant un meilleur salaire que l’autre.

 

La vraie différence entre un expat et un immigré réside dans la perception que le public en a, un point c’est tout. Nous avons créé cette catégorie de migrants pour différencier les personnes en fonction de leur richesse et de leur classe sociale. L’existence du terme ‘expat’, en elle-même, valide son contenu en termes de préjugés sociaux – et, si pas son existence, alors certainement l’usage qu’on en fait.

 

Le terme ‘expat’ traîne avec lui une vision de ces ‘citoyens du monde’, capables de vivre n’importe où et partout, se mêlant aux cultures locales à l’échelle mondiale. Mais quiconque se rapproche de ces communautés de migrants peut vous dire que la réalité est très différente.

Ils ont tendance à ne pas se soucier de la diversité, ils s’accrochent à leurs environnements homogènes, vivent dans leurs bulles internationales, font partie de communautés fermées, et leurs enfants fréquentent de coûteuses écoles internationales, chacune de ces étapes les séparant chaque fois davantage de la culture locale.

 

Dans tout autre contexte, ce manque flagrant d’intégration serait vivement déconseillé.

 

Mais c’est là que l’origine ethnique joue un grand rôle. C’est la raison pour laquelle les Européens ou les Américains blancs sont rarement qualifiés d’immigrés. Ils sont la plupart du temps considérés comme des expatriés, en particulier lorsqu’ils émigrent de pays développés vers des pays en développement. Leur identité reste la plupart du temps fixe, tandis que la catégorisation d’une personne non-blanche variera en fonction de l’environnement dans lequel elle pénètre et de sa classe sociale.

 

Prenez Dubaï, par exemple, une ville qui repose sur l’immigration, et où la plupart des gens se voient délivrer des visas à long terme uniquement pour le travail ou en raison de la famille, et où l’on peut donc légitimement supposer que tout le monde est, soit un travailleur immigré, soit un conjoint ou un parent.

 

Cependant, au lieu de classer tout le monde en tant que tel, il y a un énorme fossé entre les différentes communautés qui y habitent. D’un côté, on a les expats autoproclamés, généralement des blancs, des travailleurs occidentaux migrants et de riches Arabes ou Asiatiques faisant partie des classes aisées. De l’autre, on trouve des “travailleurs immigrés” ou des “ouvriers”, pratiquement tous originaires d’Asie du Sud.

 

Cette dernière communauté, tout comme c’est le cas dans le monde entier pour les migrants non-occidentaux et non-blancs, est considérée comme inférieure en raison de sa classe sociale et de son ethnie, et aussi parce qu’elle est fortement concentrée dans les quartiers pauvres, comme Deira, où elle a créé sa propre sous-culture et sa propre économie – et ceux qui en font partie sont continuellement montrés du doigt en raison de leur manque d’intégration.

 

La communauté des expatriés, pour sa part, alors qu’elle s’est créé une bulle très similaire, est considérée comme supérieure. Alors pouvons-nous tous nous metre d’accord sur le fait que tous ces gens sont des immigrés, ou alors que tous sont des expatriés? Parce que dans les faits, les “expats” sont bien des migrants non assimilés à qui personne ne reproche de ne pas vouloir s’intégrer.

 

Donc, non, vous, vous n’êtes pas un expat, vous êtes un immigré non-assimilé, soit blanc, soit riche, soit les deux.