Les start-ups dans le monde arabe

Une autre sorte de révolution est en train de se produire…

byAmina Kaabi

Alors que la Silicon Valley prospère depuis un certain temps déjà et est devenue l’épicentre des plus grandes entreprises technologiques, le monde arabe et son climat politique en dents de scie semble généralement peu apte à générer un mouvement similaire. Pourtant, contre toute attente, le printemps arabe a vu le développement de Flat6Labs, l’accélérateur de start-up qui est maintenant considéré comme l’un des plus importants de la région,  sur une idée originale de l’investisseur égyptien Ahmed Alfi.

 

Alfi est rentré en Egypte quelques années avant la révolution de 2011 qui a abouti à l’éviction de Hosni Mubarak. Il s’est concentré sur l’entrepreneuriat au Moyen-Orient et a depuis pris son essor, avec des résultats qui ont surpassé toutes les espérances.

 

Au fil des années, Flat6Labs a ouvert des bureaux à Djeddah, à Abu Dhabi, à Beyrouth, au Bahreïn et à Tunis, investissant dans des compagnies high-tech locales diversifiées. Leur procédure est simple : les start-ups soumettent leurs idées, et si leur demande est acceptée, elles reçoivent un investissement initial de 10 000 à 20 000 dollars contre une prise de participation égalitaire dans leur entreprise.

 

En plus de l’argent liquide, la start-up se voit également proposer de travailler dans les bureaux mis à disposition par Flat6Labs, où elle développe son produit par cycles de trois mois – après quoi elle se voit décerner une sorte de “diplôme” qui lui permet de passer à d’autres opportunités d’investissement.

 

Flat6Labs a des bureaux au cœur de Tunis, et MILLE a décidé de leur rendre visite.

 

Les bureaux eux-mêmes sont impressionnants : un espace ouvert joliment décoré où les équipes s’installent à de grandes tables où chacun reste scotché à son laptop. La plupart des entreprises basées dans le bureau de Tunis étaient actives depuis quelques années avant de se joindre à Flat6Labs l’an dernier. Après avoir discuté avec quelques personnes, leur passion pour leur travail est une évidence, ce qui somme toute est indispensable quand on travaille pour une start-up dont l’avenir est toujours imprévisible.

 

Désireux de discuter de leur travail, chacun m’a fourni une démo rapide de son entreprise – qui varie du service de livraison de nourriture, au magazine pour enfants, ou à un système de gestion des données adapté aux agences immobilières. Nous avons parlé des défis qu’ils rencontrent, et quand il s’agit du marché tunisien, presque toutes les entreprises se sont plaintes du manque de confiance du public envers les start-ups. Mais malgré cela, c’est en train de changer, et la scène des start-up est vraiment florissante.

 

Il convient de noter que cette aversion au risque n’est pas un problème persistant dans le reste du monde arabe, chaque marché ayant son propre lot de problèmes : aux Emirats Arabes Unis, par exemple, les nouvelles start-up doivent entrer dans un marché sur-saturé, et au Bahreïn, les opportunités d’investissement sont vastes, mais le défi consiste à trouver un accès aux talents. Le seul problème auquel tous sont confrontés, c’est de définir les besoins propres à la région et de créer un produit évolutif.

 

Dans l’ensemble, il semble que l’avenir des start-up de la région soit porteur d’espoir. Flat6Labs a vu la croissance inattendue d’entreprises comme Collectionair, un marché pour vendre, acheter, prêter et emprunter de l’art  à des prix abordables à travers le monde – ou encore celle de l’application Instabug, basée au Caire, une application de feedback qui reçoit des rapports de bugs (ou bogues) par certaines des plus grandes entreprises du monde, comme Paypal, SoundCloud, et Yahoo pour n’en nommer que quelques-unes.

 

Il semblerait donc que, malgré l’existence de problèmes et l’instabilité politique, le monde arabe soit en réalité en train de s’éveiller sur le plan de la technologie.

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