07 Jun

Sama est la DJette palestinienne à la conquête du monde

Tout droit sortie de Ramallah

Written By Sarah Ben Romdane

 

Lorsque les gens pensent à la Palestine, il est rare qu’ils y imaginent une vie nocturne florissante. Mais en fait, la culture locale est en plein essor et Sama Abdulhadi, une Djette techno âgée de 27 ans et originaire de Ramallah, est le chef de file de ce mouvement.

 

Sama a commencé la musique en apprenant le piano à tout juste quatre ans. « Mon père dit que j’ai commencé à jouer avec ses outils techniques et à créer de la musique à neuf ans », affirme-t-elle. Au moment où « les seuls DJs de Ramallah étaient les DJs de mariage », Sama, alors adolescente, décide d’infiltrer la scène locale embryonnaire et d’interrompre le status quo.

 

« Je suis allée au concert de Satoshi Tomiie à Beirut ; cette soirée a changé ma vie », dit Abdulhadi en se rappelant de la première fois qu’elle a écouté de la musique électronique. « Je me suis sentie libre, donc j’ai décidé de ramener la techno en Palestine pour que mes amis puissent fuir les réalités du quotidien, et s’évader juste le temps d’une nuit », dit elle nostalgiquement.

 

Sama n’a cessé de jouer de la techno depuis. Aujourd’hui, elle est toujours particulièrement excitée à l’idée de performer au Moyen-Orient et à l’étranger, mais regrette qu’on attende d’une Djette palestinienne qu’elle fasse des déclarations politiques. « Quand je joue, je veux juste être vue comme une musicienne », dit elle. « Par contre, je pense que la techno est en soit politique : c’est un moment éphémère et un espace qui nous permet de s’échapper de la réalité, à travers des sonorités qu’on ne peut identifier. Quand on écoute de la techno, on peut juste être soi-même et parler un langage universel ».

 

Alors qu’elle rejette l’étiquette « artiste  politique », elle est convaincue que vie nocturne et conscience politique vont de paire. C’est maintenant commun d’apercevoir des drapeaux « Free Palestine » à ses soirées en Europe. Plus récemment, on lui a demandé de donner des conférences sur la Palestine à des évènements précédant ses sets. Et ce sont les mêmes qui viennent aux conférences poser des questions, qu’elle retrouve faire la fête toute la nuit. « Regarde ce qui s’est passé le week-end dernier à Berlin. Il y’a eu des marches contre des groupes d’extrême droite. Les raveurs se sont soulevés et ont fait la fête pour faire acte de résistance. Finalement, ils ont compté 2,000 manifestants contre 80,000 fêtards. Sortir en boite fait partie de la culture, ça rassemble les gens ».

 

Mais Sama admet ne pas se sentir emballer par la récente mode de musique électronique d’inspiration orientale, qu’elle perçoit comme une forme d’appropriation culturelle. « Trump est peut être anti-immigrants mais il se réjouit d’accueillir Kim Kardashian à la Maison Blanche. La France discrimine sa communauté nord-africaine, mais les Français adorent le couscous et la danse du ventre. Ça ne veut pas dire qu’on assiste à un réel progrès en terme d’égalité de représentation et de visibilité ».

 

Basée à Paris, Sama travaille sur un remix pour le chanteur libanais Bachar Mar. Khalifeh et sur un album collaboratif avec un groupe d’artistes palestiniens, sous l nom de Electrosteen, avant de sortir son propre EP et album. Cet été, elle jouera au Fusion à Berlin, Sziget à Budapestet au Festival les Insolantes à Angoulême.

 

samaahadi.com

photographie par Ruddy Bow